L'opposition taïwanaise gagne la présidentielle, Pékin réagit

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VICTOIRE DE LA CANDIDATE DE L'OPPOSITION À LA PRÉSIDENTIELLE À TAÏWAN
VICTOIRE DE LA CANDIDATE DE L'OPPOSITION À LA PRÉSIDENTIELLE À TAÏWAN

par J.R. Wu et Ben Blanchard

TAIPEI (Reuters) - La dirigeante de l'opposition taïwanaise favorable à l'indépendance de l'île vis-à-vis de la Chine, Tsaï Ing-wen, a été élue samedi à la présidence et s'est engagée à maintenir la paix avec son voisin chinois qui a d'emblée prévenu qu'il s'opposerait à toute action vers l'indépendance.

C'est la première femme élue à la tête de Taïwan.

Le président sortant pro-chinois Ma Ying-jeou, élu une première fois en 2008 pour le Kuomintang, le parti historique de Taïwan, ne pouvait se représenter à l'issue de deux mandats.

Tsaï Ing-Wen, qui dirige le Parti démocratique progressiste (DPP), accède à un poste particulièrement dangereux, avec la Chine et ses centaines de missiles pointés sur l'île, où se sont réfugiés les nationalistes chinois du Kuomintang fuyant les communistes de Mao à l'issue de la guerre civile en 1949.

La présidente Tsaï, qui jusqu'ici s'est montrée ambiguë sur sa politique vis-à-vis de la Chine, s'est engagée à établir des relations "constantes, prévisibles et durables" avec la Chine et à ne pas provoquer Pékin, de façon à assurer le statu quo entre le géant chinois communiste et l'île capitaliste.

La nouvelle présidente, qui est juriste de formation, voit son mandat renforcé par la victoire de son parti aux législatives qui se sont également tenues samedi.

Depuis l'élection de Ma Ying-jeou en 2008, les relations entre Taïwan et la Chine s'étaient réchauffées. En témoignent les nombreux accords commerciaux conclus entre Taïpei et Pékin et la rencontre historique de Ma et du président chinois Xi Jinping en novembre dernier.

"Les deux parties ont la responsabilité de faire leur maximum pour trouver une façon mutuellement acceptable d'interagir avec respect et réciprocité pour faire en sorte qu'il n'y ait aucune provocation et aucune surprise", a ajouté la présidente, qui a remporté environ 56% des suffrages.

"AUSSI DURE QU'UN ROC"

Elle a toutefois ajouté qu'elle défendrait les intérêts et la souveraineté de Taïwan. La Chine n'a jamais officiellement renoncé à l'utilisation de la force pour assurer l'unification avec l'ancienne Formose.

"Notre démocratie, notre identité nationale et l'espace international doivent être pleinement respectés et toute suppression entamerait la stabilité des relations de part et d'autre du détroit", a-t-elle déclaré à propos du bras de mer de 180 km qui sépare l'île du continent.

Dans un communiqué diffusé via l'agence de presse Chine nouvelle, le Bureau chinois des Affaires taïwanaises a déclaré que la Chine ne tolérerait aucun acte émanant de Taïwan visant à l'indépendance.

La détermination de la Chine en ce qui concerne la protection de sa souveraineté et de son intégrité territoriale est "aussi dure qu'un roc", a déclaré le Bureau.

La Chine veut bien avoir des échanges avec quiconque tant qu'il est reconnu que les deux parties de part et d'autre du détroit de Taïwan appartiennent à une seule Chine, a-t-il ajouté.

Si les relations avec Pékin se sont améliorées ces dernières années sous la présidence de Ma, cela n'a pas empêché l'économie de l'île d'entrer en récession l'an dernier.

La popularité du DPP s'est envolée après les manifestations de 2014 contre les accords commerciaux signés par le président Ma avec la Chine, dont nombre de Taïwanais redoutent l'influence et les ambitions. Des centaines d'étudiants avaient occupé le Parlement taïwanais pendant des semaines.

Samedi, devant le siège du DPP, les partisans de Tsaï Ing-wen pleuraient de joie.

"DÉMOCRATIE ROBUSTE"

David Chen, 28 ans, optométriste, a expliqué qu'il voulait voir la nouvelle présidente s'opposer à la Chine.

"Nous ne faisons pas partie de la Chine. Je pense vraiment que nous devrions exister comme deux pays", a-t-il déclaré à Reuters. "Si c'est possible pour Tsaï, je veux qu'elle pousse vers l'indépendance. Les Taïwanais sont de plus en plus nombreux à le vouloir", a-t-il ajouté.

Tsaï va devoir équilibrer les intérêts de l'hyperpuissance chinoise, qui est également le premier partenaire commercial de Taïwan, et de l'allié américain avec le désir d'autonomie des habitants de l'île au régime démocratique.

Les Etats-Unis n'ont pas de relations diplomatiques avec Taïwan mais Washington est l'allié le plus important de l'île et son principal fournisseur d'armes.

Après l'annonce de l'élection de Tsaï Ing-wen, le département d'Etat a déclaré que le résultat du scrutin présidentiel de samedi démontrait que Taïwan était une "démocratie robuste".

Il a fait part de son "intérêt profond" à la poursuite de la paix et de la stabilité entre Taïwan et la Chine.

Tsaï Ing-wen sait qu'elle a le vent de l'Histoire contre elle. Ni Ma, ni ses prédécesseurs n'ont jamais réussi à obtenir une réconciliation durable avec la Chine, qui considère Taïwan comme une simple province rebelle à reprendre par la force si nécessaire.

Au milieu des années 1970, des tirs étaient encore échangés entre les deux parties.

Craignant peut-être d'autoriser les discussions au sujet de la démocratie sur une île dont Pékin dit qu'elle est la propriété, la censure chinoise a rapidement bloqué les recherches avec le mot-clé Tsaï sur Weibo, le moteur de recherche chinois.

(Avec Ben Blanchard, Faith Hung et James Pomfret; Tangi Salaün, Henri-Pierre André et Danielle Rouquié pour le service français)

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