L'opposition syrienne accepte de venir à Genève

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    * De Mistura pense pouvoir rencontrer l'opposition dimanche 
    * Elle réclame l'arrêt des bombardements 
    * Nouvel exode dans les faubourgs ouest de la capitale 
 
 (actualisé avec communiqué de l'Elysée) 
    par Tom Miles 
    GENEVE, 30 janvier (Reuters) - L'organe représentatif de 
l'opposition syrienne a accepté vendredi d'envoyer une 
délégation à Genève pour parler des questions humanitaires, 
après avoir obtenu auprès de l'Onu et du département d'Etat 
américain la garantie que ses exigences seraient satisfaites.  
    Le Haut Conseil des négociations (HCN), mis sur pied le mois 
dernier avec l'appui de l'Arabie saoudite dans l'optique de la 
conférence qui vient de s'ouvrir, avait annoncé jeudi qu'il n'y 
participerait pas faute d'avoir obtenu gain de cause.  
    Le HCN, qui réunit des partis politiques et des groupes 
armés, demande l'arrêt des bombardements des zones civiles, la 
levée du blocus des villes assiégées et la libération de 
prisonniers, conformément à la résolution adoptée le 18 décembre 
par le Conseil de sécurité de l'Onu.  
    "Des garanties ont été obtenues (auprès des Nations unies) 
que la résolution 2.254 serait pleinement appliquée (...) Nous 
irons donc à Genève pour parler des questions humanitaires", a 
déclaré Salim al Mouslat, porte-parole du HCN, à la chaîne de 
télévision Al Arabiya al Hadath. 
    "Le HCN ira à Genève demain pour parler de ces questions 
humanitaires qui ouvriront la voie au processus de négociations 
politiques", a-t-il ajouté. 
    A Paris, l'Elysée a salué la décision du HCN d'envoyer une 
délégation. 
    "Le président de la République salue la décision du Haut 
comité des négociations de l'opposition syrienne de se rendre à 
Genève pour y participer aux pourparlers de paix. Tout doit être 
fait pour donner sa chance à une solution politique", a déclaré 
l'Elysée dans un communiqué. 
         
    RISQUE D'"ÉCHEC COMPLET" 
    La menace de boycott du HCN faisait courir aux négociations 
le risque d'un "échec complet", avait estimé un diplomate 
occidental ayant requis l'anonymat, avant l'ouverture des 
discussions. En l'absence de l'opposition, la conférence aurait 
été, selon lui, une aubaine pour Damas qui pouvait ainsi 
afficher ses bonnes intentions alors que les combats se 
poursuivent.  
    "Ils sont complètement dédouanés. Avec qui vont-ils discuter 
? Pour négocier, il faut un interlocuteur. C'est une formidable 
occasion pour le régime de montrer sa bonne volonté", a-t-il 
poursuivi.  
    L'émissaire de l'Onu pour la Syrie, Staffan de Mistura, a 
rencontré dans la soirée la délégation gouvernementale dirigée 
par Bachar Djaafari, représentant permanent de la République 
arabe syrienne aux Nations unies, qui est arrivé en fin 
d'après-midi à Genève sans faire le moindre commentaire. 
    "Il continuera par la suite ses rencontres avec d'autres 
participants et avec les représentants de la société civile", a 
indiqué l'Onu dans un communiqué, rappelant qu'il s'agit de 
discussions de "proximité", c'est-à-dire séparées.       
    Les miliciens kurdes qui tiennent la majeure partie de 
nord-est de la Syrie et qui, à la différence de beaucoup, ont 
fait la preuve de leurs capacités à repousser les djihadistes de 
l'Etat islamique, ont quant à eux été tenus à l'écart des 
discussions à la demande de la Turquie. 
    Les négociations, dont le dernier cycle remontait à deux 
ans, n'ont jusqu'ici rien changé à la guerre civile qui a fait 
au moins 250.000 morts et dix millions de déplacés ou de 
réfugiés depuis mars 2011.  
    Visiblement lassés par ce statu quo, les deux prédécesseurs 
de Staffan de Mistura, Kofi Annan puis Lakhdar Brahimi, ont 
renoncé à leurs fonctions après l'échec des conférences de paix 
organisées à leur initiative.    
         
    CONTRE-OFFENSIVE À L'OUEST DE DAMAS  
    Depuis les dernières discussions, en 2014, l'EI a changé la 
donne en s'emparant d'une vaste part des territoires syrien et 
irakien. Après l'entrée en lice de la coalition internationale 
formée par les Etats-unis pour combattre le mouvement, la Russie 
est à son tour entrée en septembre dans le jeu syrien pour 
soutenir le régime de Bachar al Assad.  
    Son intervention, qui a considérablement modifié le rapport 
de force, a permis à l'armée et à ses milices supplétives de 
reprendre l'offensive et de regagner un part du terrain perdu, 
notamment dans l'Ouest. Leur effort porte désormais sur les 
faubourgs occidentaux de Damas, toujours aux mains des insurgés, 
et plus précisément sur Daraïa. Craignant une offensive de 
grande envergure, les civils fuient en masse le quartier voisin 
de Mouadamia al Cham.  
    Selon Rami Abdoulrahman, directeur de l'Observatoire syrien 
des droits de l'homme (OSDH), leur objectif est de sécuriser 
l'aéroport militaire de Mezzeh qui se trouve dans le même 
secteur.  
    "Le régime cherche à séparer Mouadamia al Cham de Daraïa 
pour en finir avec les combattants qui s'y trouvent, parce que 
Daraïa est une menace pour l'aéroport militaire de Mezzeh. La 
séparation est maintenant presque complète", a-t-il déclaré. 
    Pour les adversaires d'Assad, ces combats sont bien plus 
préoccupants que la diplomatie.  
    "On ne peut pas négocier si les Nations unies et la 
communauté internationale sont incapables d'obtenir des mesures 
de restauration de la confiance", a estimé Haitham al Maleh, 
membre éminent de l'opposition. 
    "Je pense personnellement que, dans cette situation, les 
négociations sont futiles et ne peuvent rien produire. On ne 
peut pas négocier avec des assassins et des criminels qui 
s'accrochent au pouvoir", a-t-il ajouté.   
 
 (avec Tom Perry à Beyrouth; Jean-Philippe Lefief, Tangi Salaun 
et Eric Faye pour le service français) 
 
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