L'opposition réservée sur l'armement des rebelles syriens

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L'OPPOSITION RÉSERVÉE SUR L'ARMEMENT DES REBELLES SYRIENS
L'OPPOSITION RÉSERVÉE SUR L'ARMEMENT DES REBELLES SYRIENS

PARIS (Reuters) - L'opposition a mis en garde vendredi contre les risques liés à la livraison d'armes aux rebelles syriens annoncée par les gouvernements français et britannique pour chasser Bachar al Assad du pouvoir après deux ans de guerre civile.

François Hollande a indiqué que Londres et Paris avaient pour objectif de convaincre leurs partenaires européens "avant la fin du mois de mai" de lever l'embargo de l'Union européenne sur la livraison d'armes aux rebelles.

Le chef de l'Etat a également prévenu que la France prendrait ses responsabilités si un ou deux membres des Vingt-Sept s'opposaient à cette mesure, laissant entendre que Paris pourrait agir seul.

Cette décision a suscité des inquiétudes au sein de l'opposition française, qui a émis des réserves et pointé le risque de voir les armes tomber entre les mains de groupes djihadistes armés opérant en Syrie et dans la région.

"A qui livre-t-on des armes ?", s'est interrogé François Bayrou sur Europe 1. "Il y a des gens très bien dans la résistance syrienne et puis il y a des fondamentalistes.

"On a vu en Libye ce que faisaient les livraisons d'armes et le fait que ça se répandait dans toute la région et que nous ayons ensuite à les affronter", a ajouté le leader centriste.

Une inquiétude partagée par l'ancien ministre de la Défense et président du Nouveau Centre Hervé Morin, qui a dénoncé un "jeu d'apprenti-sorcier".

"C'est très hasardeux de décider de livrer des armes dont on sait que dans quelques mois elles s'éparpilleront dans cette région du monde", a-t-il dit sur Radio Classique. Le seul voisin par lequel vous pouvez faire passer ces armes, c'est la Turquie. François Hollande a-t-il demandé aux Turcs l'autorisation de livrer des armes à l'opposition syrienne ?".

APPEL A LA PRUDENCE

A l'UMP, le président du groupe à l'Assemblée nationale Christian Jacob a appelé à la prudence et a mis en garde le gouvernement contre tout isolement de la France.

"Je crois que ça ne peut se faire que dans un cadre de partage de décision avec l'Union européenne", a-t-il estimé. "On connaît tous les risques qu'il peut y avoir de savoir où finissent ces armes."

"Peut-être que le gouvernement a des arguments pour pouvoir rassurer tout le monde sur ce sujet. Mais je pense qu'il ne faut pas se mettre en position d'être en position isolée sur un conflit comme celui-là."

Livrer des missiles sol-air à des rebelles est "extrêmement dangereux", a renchéri Claude Guéant qui a pointé le risque de "tâche d'huile".

"Ces mouvements djihadistes sont complètement perméables, entretiennent entre eux des relations et je vois avec terreur la perspective d'un avion français ou d'un hélicoptère français au Mali abattu par une arme qu'on aurait livrée", a dit l'ancien ministre de l'Intérieur sur BFM TV-RMC.

La situation en Syrie "est une horreur totale mais si nous livrons des armes je crois que ce qui va se passer c'est qu'il y aura encore plus de morts", a-t-il ajouté.

"FOLIE"

Seule voix discordante au sein du principal parti d'opposition, l'ancien ministre des Affaires étrangères Alain Juppé qui a salué sur son blog la décision de Londres et de Paris.

"Je pense qu'elles ont raison et que nous nous déshonorerions en laissant les avions de Bachar al Assad poursuivre les bombardements contre une résistance qui n'a pas les moyens de se défendre", écrit le maire de Bordeaux. "Si nous n'arrivons pas à entraîner nos partenaires européens sur cette voie, il nous reviendra de prendre l'initiative."

Le Front national a pour sa part qualifié l'initiative franco-britannique de "folie".

"En Syrie nous voulons soutenir qui ? Les islamistes, les djihadistes, c'est-à-dire ceux-là mêmes que nous combattons au Mali. C'est ce que j'appelle une diplomatie de Gribouille", a déclaré Florian Philippot, vice-président du FN sur France 2.

"Bachar al Assad n'est pas notre ami. Mais en même temps on ne va pas armer, financer, au moment où en plus on a des dettes et des déficits, des islamistes et des djihadistes qu'on voudrait soi-disant combattre au Mali. Je crois que ça n'a objectivement aucun sens", a-t-il ajouté.

Marine Pennetier et Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse

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