L'opposition présente son plan à Genève, combats près du Liban

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LA DÉFIANCE RESTE DE MISE À LA CONFÉRENCE DE GENÈVE II SUR LA CRISE SYRIENNE
LA DÉFIANCE RESTE DE MISE À LA CONFÉRENCE DE GENÈVE II SUR LA CRISE SYRIENNE

par Khaled Yacoub Oweis et Erika Solomon

GENEVE/BEYROUTH (Reuters) - Le médiateur international Lakhdar Brahimi tentait mercredi de sauver du naufrage les pourparlers de paix sur la Syrie à Genève, où l'opposition syrienne a présenté un plan qui prévoit la mise en place d'une autorité de transition chargée de superviser un cessez-le-feu et le départ des combattants étrangers.

Sur le terrain, l'armée gouvernementale appuyée par des combattants chiites du Hezbollah a lancé des raids aériens contre la ville stratégique de Yabroud, près de la frontière avec le Liban, apparemment en vue d'une nouvelle offensive dans les monts Kalamoun.

A Homs, dans le centre-ouest du pays, la trêve pourrait être de nouveau prolongée pour permettre aux habitants qui le souhaitent de quitter la Vieille Ville, asssiégée depuis plus d'un an par les gouvernementaux.

Sur les bords du lac Léman, dans le cadre de la difficile conférence de paix Genève II, les délégués de l'opposition au président Bachar al Assad ont présenté à Lakhdar Brahimi et à la délégation gouvernementale un plan pour l'après-guerre.

Ce document confidentiel de cinq pages, que Reuters a pu consulter, n'évoque à aucun moment le sort du président Assad mais des délégués ont expliqué que celui-ci avait été sciemment ignoré pour bien souligner qu'il n'avait plus aucun rôle à jouer.

La délégation gouvernementale a réaffirmé quant à elle que les négociations devaient avant tout porter sur la lutte contre le terrorisme. Elle a jugé "stérile" l'idée de deux négociations parallèles, l'une sur la priorité de l'opposition (un gouvernement de transition), l'autre sur celle des pro-Assad (la lutte antiterroriste).

COMBATS PRÈS DE LA FRONTIÈRE LIBANAISE

Dans son plan, l'opposition syrienne veut qu'"une instance transitoire de gouvernement prépare et supervise un cessez-le-feu total en prenant des mesures immédiates pour mettre fin à la violence armée, protéger les populations civiles et ramener la stabilité dans le pays, en présence d'observateurs des Nations unies".

Elle appelle toutes les parties à "coopérer avec l'instance transitoire de gouvernement pour mettre fin à la violence, grâce notamment au retrait total des troupes, à la neutralisation des armes des différents groupes et à la démobilisation des combattants ou leur intégration dans l'armée ou la fonction publique".

La délégation du gouvernement de Damas n'a pas répondu à ces propositions, a dit un porte-parole de l'opposition, Louay Safi.

Selon le vice-ministre syrien des Affaires étrangères Fayçal Mekdad, toutefois, Damas est prêt à discuter du départ de tous les combattants étrangers du pays, comme l'a proposé l'opposition.

Soucieux de sortir les discussions de l'impasse, Lakhdar Brahimi, médiateur de l'Onu et de la Ligue arabe, a avancé d'une journée, à jeudi, sa rencontre avec des responsables des Etats-Unis et de Russie, la secrétaire d'Etat adjointe américaine Wendy Sherman et Guennadi Gatilov, vice-ministre russe des Affaires étrangères.

Sur le front, près de la frontière libanaise, la presse officielle syrienne rapporte que les soldats gouvernementaux ont pris le contrôle du village d'Al Djaradjir, près de Yabroud. Les rebelles reconnaissent que leurs adversaires ont avancé dans ce secteur mais assurent que les pro-Assad ne contrôlent pas totalement le village.

Les gouvernementaux ont mené mercredi au moins 14 raids aériens sur les positions des insurgés dans les montagnes près de Yabroud, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), une ONG proche de l'opposition.

HÉCATOMBE EN TROIS SEMAINES

Après les affrontements de la nuit en lisière de Yabroud, les combats se sont poursuivis dans la matinée.

Abou Anas, porte-parole de Lioua al Ghouraba, une unité rebelle, a déclaré que les soldats d'Assad et les combattants du Hezbollah tentaient de prendre position dans les collines pour lancer une attaque contre la ville. Il a ajouté qu'il y avait de nombreux blessés à Yabroud. Des dizaines de blessés syriens ont également été évacués vers des hôpitaux au Liban, selon les médias libanais.

Le but de cette offensive des forces d'Assad est le contrôle de la région stratégique des monts Kalamoun.

Avant l'attaque, des émissaires gouvernementaux avaient exhorté les responsables des localités de la région à se rallier. Plusieurs villages ont accepté mais dans la plupart des villes, comme à Yabroud, la proposition a été rejetée, a dit le rebelle Abou Anas.

Selon l'OSDH, 4.959 personnes, dont près d'un tiers de civils, ont été tuées dans les violences en Syrie entre le 22 janvier, date de l'ouverture de Genève II, et le 11 février, quand a débuté la deuxième série de discussions. Il s'agit du bilan le plus lourd en trois semaines de combats depuis le début du soulèvement en mars 2011.

Devant de tels chiffres, l'OSDH demande la suspension des négociations de Genève si un cessez-le-feu n'est pas immédiatement proclamé.

Au siège des Nations unies à New York, le Conseil de sécurité de l'Onu a entamé mardi l'examen d'un projet de résolution réclamant l'acheminement d'une aide humanitaire dans les zones assiégées de Syrie, un texte que la Russie juge "détaché de la réalité" et auquel elle menace d'opposer son veto.

Avec Stephanie Nebehay et Oliver Holmes; Guy Kerivel pour le service français

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