L'opposition maintient la pression sur Pierre Moscovici

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LES ENQUÊTES DANS L?AFFAIRE CAHUZAC
LES ENQUÊTES DANS L?AFFAIRE CAHUZAC

PARIS (Reuters) - L'opposition maintient la pression sur le ministre de l'Economie Pierre Moscovici, qu'elle soupçonne d'avoir cherché à blanchir Jérôme Cahuzac en déclenchant une demande d'entraide internationale intempestive auprès de la Suisse.

Ministre clé du gouvernement de Jean-Marc Ayrault au moment où la récession menace et où il doit négocier avec la Commission européenne le report à 2014 du retour du déficit public français à 3% en 2014, Pierre Moscovici dénonce une "polémique indigne".

Plutôt discret jusqu'ici, il multiplie les interventions dans les médias, affirmant avoir été trompé comme l'ensemble de l'exécutif par l'ancien ministre du Budget qui a avoué mardi avoir depuis 20 ans un compte à l'étranger.

Mais dans les rangs de l'UMP et de l'UDI, ses explications peinent à convaincre en raison de sa connaissance des subtilités du système bancaire suisse.

Conscient du risque, Pierre Moscovici a transmis aux présidents et rapporteurs généraux des commissions des Finances du Parlement les documents échangés entre les administrations fiscales française et suisse.

L'un d'eux, Philippe Marini, président UMP de la commission des Finances du Sénat, a dit à Reuters avoir demandé par lettre au ministre des informations complémentaires, estimant que ces documents ne permettent pas "de se faire une opinion définitive".

"Il a trompé le peuple français", estime pour sa part vendredi dans Le Parisien le député UDI Charles de Courson, spécialiste des questions budgétaires. "Le ministre de l'Economie a utilisé sa demande d'information comme instrument de couverture politique".

"On ne le lâchera pas", a prévenu jeudi le député UMP Claude Goasguen, qui a réclamé sa démission "dans les plus brefs délais".

Edwy Plenel, le fondateur du site Mediapart qui a révélé l'affaire Cahuzac, a également accusé le ministre d'avoir "instrumentalisé l'administration fiscale".

MOSCOVICI MET L'OPPOSITION EN GARDE

Pierre Moscovici a utilisé une procédure très rare, selon l'ex-ministre de la Justice Rachida Dati, pour demander à l'administration suisse s'il existait un compte à l'UBS au nom de l'ex-ministre du Budget ou de l'un de ses ayants droits.

En raison de la prescription, la réponse helvétique - qui a été négative - n'a porté que sur la période 2006-2013, alors que Jérôme Cahuzac était soupçonné de détenir un compte depuis au moins 2000. L'argent placé à partir de 1992 à l'UBS avait été transféré vers une autre banque Suisse, Reyl & Cie, avant 2006.

Des élus UMP s'étonnent qu'une démarche similaire n'ait pas été effectuée auprès de Singapour, où l'ex-ministre du Budget était soupçonné d'avoir transféré son compte secret.

Pour Pierre de Courson, le ministre de l'Economie "connaissait la réponse" de l'administration suisse "avant même d'envoyer sa demande d'information".

"Pierre Moscovici ne peut pas ignorer qu'il est possible d'ouvrir un compte en Suisse sans avoir à dévoiler son identité. Et ce en toute légalité. On peut s'inscrire sous le nom d'une fondation (...) on peut aussi se loger au sein d'un compte maître qui comprend une multitude de comptes", explique-t-il.

Dans sa lettre, Philippe Marini demande également à Pierre Moscovici "pourquoi n'y a-t-il pas eu de démarches auprès de Singapour puisque l'éventualité d'un compte à Singapour apparaissait clairement".

"Deuxièmement, au sujet de la demande d'information auprès de la Suisse, n'aurait-il pas été possible, selon la convention franco-suisse, d'étendre les recherches au-delà de la seule banque UBS ?", ajoute-t-il.

Le ministre, qui s'inscrit en faux contre ces accusations, a mis en garde les leaders de l'opposition, en particulier le président de l'UMP Jean-François Copé, sur le fait qu'ils risquaient eux aussi d'être éclaboussés.

"OPÉRATION DE COM"

"Vont-ils imaginer, l'opposition, qu'ils seront épargnés, eux qui tout de même ont eu leur lot d'affaires, est-ce que c'est à monsieur Copé, et je ne veux pas être plus spécifique, de nous donner des leçons ? Est-ce que c'est aux supporters de l'ancien président de la République de nous donner des leçons ?", a-t-il demandé jeudi soir à Sciences Po.

"Dans cette affaire, l'administration et moi-même avons été, je n'hésite pas à la dire, irréprochables", avait-il assuré auparavant en déplacement à Strasbourg.

La teneur de la réponse suisse a circulé dans la presse, permettant à plusieurs membres de l'équipe gouvernementale de laisser entendre que Jérôme Cahuzac était blanchi.

Le fait que le Journal du dimanche (JDD) ait alors cité comme source l'entourage du ministre du ministre de l'Economie, avec des phrases entre guillemets, pour disculper l'ancien ministre gêne la défense de Pierre Moscovici.

Interrogé mercredi sur ce point par Mediapart, le ministre a dit "avoir été utilisé" en qualifiant l'article du JDD d'"opération de com montée par je ne sais qui", une phrase susceptible de viser l'entourage de Jérôme Cahuzac.

Gérard Bon, édité par Yves Clarisse

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  • cavalair le vendredi 5 avr 2013 à 18:16

    C'est un ramassi de Francs-Macs qui se tiennent les coudes

  • a.duboi1 le vendredi 5 avr 2013 à 17:49

    Moscovici l'a dit: ceux qui me critiquent sont des antisémites!

  • daveb650 le vendredi 5 avr 2013 à 17:04

    Copinage, carrieristes pentouflards,

  • M2280901 le vendredi 5 avr 2013 à 13:54

    Mosouvitechit quel dédain façe aux français !