L'opposition maintient la pression avant la réunion sur l'écotaxe

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RÉUNION À MATIGNON SUR L'ÉCOTAXE
RÉUNION À MATIGNON SUR L'ÉCOTAXE

PARIS (Reuters) - Les ténors de l'opposition ont maintenu la pression mardi matin sur le gouvernement avant une réunion à Matignon consacrée à l'écotaxe, une mesure prévue par la précédente majorité et qui rencontre une opposition grandissante en France, y compris dans les rangs de la majorité.

Jean-Marc Ayrault reçoit à 10h00 les principaux acteurs du dossier - les élus bretons, les ministres et le préfet de région - pour "échanger" sur ce dispositif visant à taxer la circulation de poids lourds afin de financer les infrastructures ferroviaires et fluviales.

Les élus UMP de Bretagne, qui réclament l'abrogation de la taxe, ont annoncé qu'ils boycotteraient la réunion, une décision fustigée mardi par le chef de file du Modem, François Bayrou, qui a renvoyé dos à dos le parti de Jean-François Copé et le Parti socialiste.

"Cette écotaxe a été inventée, mise en place et votée sous le gouvernement précédent, si on avait un peu d'esprit de responsabilité et de modération on dirait les deux majorités sont co-responsables, co-parentes de cette taxe", a estimé l'ex-député du Béarn sur i>TÉLÉ.

"Toutes les sensibilités politiques qui ont contribué à mettre en place cette taxe devraient prendre leurs responsabilités en réfléchissant ensemble aux moyens de remettre à plat, corriger les anomalies et de faire en sorte de rassurer ceux qui s'inquiètent aujourd'hui", a-t-il ajouté.

Au lendemain d'un week-end marqué par une manifestation d'opposants à l'écotaxe dans le Finistère émaillée de violences, l'ancien candidat à l'Élysée a jugé la situation "préoccupante". "C'est une marée qui monte en Bretagne qui à la fois cible la manière de gouverner qui est insupportable d'incohérence et d'absence de cap et cible l'impuissance de la politique", a-t-il dit.

HÉRITAGE

Invité sur RTL, le président de l'UMP Jean-François Copé a écarté toute responsabilité dans la mise en place de cette écotaxe dont le principe a été décidé selon lui "dans un contexte différent".

"On me dit que l'écotaxe a été votée par la droite, oui sauf qu'elle n'était pas en application que c'était un autre contexte", a dit le député-maire de Meaux. "L'héritage a bon dos (...) La seule solution c'est de reporter sine die cette écotaxe (...) dans toute la France".

Un avis partagé par l'ex-ministre UMP de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet qui dénonce une "overdose fiscale". "La fiscalité environnementale c'est une bonne chose, moi je n'ai pas changé d'avis, le problème c'est qu'ils ont créé une overdose fiscale", a-t-elle dit sur Europe 1.

La réunion de mardi matin survient à l'heure où François Hollande affiche une impopularité record et après une série de revirements du gouvernement en matière de fiscalité.

Après avoir évoqué des pistes d'ouverture ce week-end, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a prévenu lundi qu'il était hors de question d'abandonner la mise en oeuvre au 1er janvier prochain de la taxe qui doit rapporter plus d'un milliard d'euros par an.

Il a notamment souligné que l'abandon du projet coûterait 800 millions d'euros à la France sous la forme d'une indemnité pour l'entreprise en charge de collecter la taxe.

"Ce qui est étonnant c'est la construction de cette taxe par l'UMP", a réagi la présidente du FN, Marine Le Pen, sur France Inter. "Il y a un énorme problème démocratique dans la manière dont le gouvernement de Nicolas Sarkozy a cru pouvoir signer une clause de résiliation de 800 millions d'euros si pour finir on ne met pas en oeuvre l'écotaxe."

"Ça veut dire qu'on prend une décision, on met une clause de sortie tellement énorme que si les Français veulent changer cette situation ils ne peuvent pas le faire", a-t-elle ajouté.

La mise en place de l'écotaxe intervient au mauvais moment en Bretagne, dans un contexte de crise économique qui met à mal le secteur agroalimentaire. Près de 75% des Bretons s'y disent opposés, selon un sondage Ifop pour Dimanche Ouest-France.

"Cette taxe tombe à un mauvais moment à la fois pour la Bretagne et la France où il y a un sentiment que le travail l'initiative l'investissement sont pénalisés par trop d'impôts", a dit le commissaire européen au Marché intérieur Michel Barnier sur France Info, précisant que rien n'obligeait au niveau européen la France à imposer une telle taxe.

"C'est une possibilité", a-t-il dit. "C'est une idée juste de faire basculer l'impôt sur la pollution plutôt que sur le travail, cette idée peut être progressive à condition qu'il s'agit bien de remplacer et non pas d'ajouter pour aboutir à ce ras-le-bol fiscal", a-t-il souligné.

Marine Pennetier, édité par Henri-Pierre André

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