L'opposition fixe un calendrier pour le départ d'Assad

le , mis à jour à 22:45
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 (Ajoute commentaires du département d'Etat §8-12) 
    LONDRES/BEYROUTH, 7 septembre (Reuters) - Le Haut Comité des 
négociations (HCN) représentatif de l'opposition syrienne a 
averti mercredi qu'il s'opposerait à l'accord que Russes et 
Américains s'efforcent de conclure s'il est différent de son 
propre plan, qui passe par la mise à l'écart du président Bachar 
al Assad. 
    Mis sur pied avec l'appui de l'Arabie saoudite et des 
puissances occidentales dans l'optique de négociations de paix 
aujourd'hui dans l'impasse, le HCN a présenté ce plan à Londres. 
    Il propose six mois de négociations en vue de la formation 
d'un organe de transition constitué de représentants de 
l'opposition, de membres du gouvernement et de personnalités de 
la société civile, qui serait chargé d'administrer le pays 
pendant 18 mois, après quoi des élections seraient organisées. 
    "Cette période de transition s'ouvrira avec le départ de 
Bachar al Assad et de sa clique et, bien sûr, de ceux qui ont 
commis des crimes aux dépens du peuple syrien", a expliqué Riad 
Hidjab, principal coordinateur du HCN. 
    "Si les Russes et les Américains s'accordent sur quelque 
chose de très différent de ce à quoi les Syriens aspirent, nous 
ne l'accepterons pas", a-t-il poursuivi. 
    "Il n'est pas question de garder Assad pendant six mois, ni 
même un mois ou un jour durant cette période de transition. Les 
Russes et les Américains le savent. Ils connaissent la position 
du peuple syrien. Il a fait de grands sacrifices et ne renoncera 
pas à cette exigence", a-t-il rappelé. 
    Moscou et Washington, qui ont pris des partis diamétralement 
opposés dans le conflit, seraient sur le point de s'entendre.  
    Le secrétaire d'Etat américain John Kerry et le chef de la 
diplomatie russe Sergueï Lavrov doivent se revoir jeudi et 
vendredi à Genève, selon Moscou, ce que n'a pas confirmé le 
département d'Etat américain.  
    A Washington, le porte-parole du département d'Etat, Mark 
Toner, a précisé que John Kerry et Sergueï Lavrov avaient 
discuté pendant 45 minutes et que le secrétaire d'Etat ne serait 
pas à Genève jeudi.  
    "Nous n'accepterons pas un accord qui ne répond pas à nos 
objectifs fondamentaux", a ajouté le porte-parole.  
    Concernant les perspectives d'un accord, Mark Toner a 
déclaré: "Nous n'en sommes pas encore là", reprenant les termes 
de Barack Obama ce week-end.  
    "Nous n'avons pas été en mesure de parvenir à nous entendre 
clairement sur la manière d'avancer. Je ne peux pas dire qu'il y 
ait un grand espoir de succès, nous continuons simplement à 
travailler", a-t-il dit.  
     
    RENFORTS GOUVERNEMENTAUX À ALEP 
    La "cessation des hostilités" obtenue en février par John 
Kerry et Sergueï Lavrov a tourné court au bout de quelques 
semaines, notamment en raison de l'offensive des forces 
gouvernementales à Alep.  
    Première ville de Syrie avant la guerre, elle est 
aujourd'hui le principal enjeu du conflit, mais aussi des 
négociations russo-américaines, et une trêve dans ce secteur 
pourrait ouvrir la voie à une cessation globale des hostilités. 
  
    Or sur le terrain, les combats semblent au contraire 
s'intensifier. Les forces gouvernementales soutenues par 
l'aviation russe assiègent à nouveau depuis dimanche les 
quartiers Sud et Est aux mains des insurgés. La milice chiite 
irakienne Harakat al Noudjaba, engagée aux côtés de l'armée, a 
dépêché ces deux derniers jours un millier d'hommes 
supplémentaires.    
    Un peu plus au sud, les rebelles ont lancé la semaine 
dernière une offensive dans un secteur stratégique de la 
province de Hama où se trouvent des villes acquises au régime, 
peuplées de chrétiens et d'alaouites, minorité à laquelle 
appartient Bachar al Assad. 
    Les combats y ont fait 100.000 déplacés entre le 28 août le 
5 septembre, selon les Nations unies, qui citent le 
Croissant-Rouge arabe syrien et le gouverneur de la province. 
    A la frontière turque, qu'Ankara dit avoir débarrassée de la 
présence de l'Etat islamique (EI) avec l'appui de l'Armée 
syrienne libre (ASL), 292 habitants de Djarablous ont en 
revanche pu regagner leurs foyers. Les djihadistes en ont été 
chassés dans le cadre de l'opération "Bouclier de l'Euphrate", 
lancée le 24 août par l'armée turque et ses alliés locaux. 
     
    OBJECTIF RAKKA ? 
    Le ministère russe des Affaires étrangères s'est dit 
mercredi vivement préoccupé par leurs mouvements. "Cela remet en 
question la souveraineté et l'intégrité territoriales de la 
République arabe syrienne", juge-t-il dans un communiqué.  
    "Nous appelons Ankara à s'abstenir de toute nouvelle mesure, 
qui ne ferait que déstabiliser un peu plus la situation en 
Syrie", ajoute-t-il. 
    Outre la lutte contre l'EI, l'opération Bouclier de 
l'Euphrate avait pour but d'enrayer la progression des miliciens 
kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), soutenus par 
les Etats-Unis, qui multiplient les victoires dans le nord de la 
Syrie.  
    L'administration turque les assimile aux séparatistes du 
Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), auxquels elle a 
déclaré la guerre. Ankara les a sommés de se replier à l'est de 
l'Euphrate, ce qu'ils n'ont pas fait totalement, a déploré 
mercredi le vice-Premier ministre Nurettin Canikli. Il a par 
ailleurs fait état de 110 morts dans les rangs de l'EI et des 
YPG depuis le début de Bouclier de l'Euphrate.   
    Cité mercredi par le quotidien Hurriyet, le président turc 
Recep Tayyip Erdogan indique que Barack Obama a évoqué l'idée 
d'une action militaire commune à Rakka, capitale du califat 
proclamé par l'EI.  
    "Nous avons dit que, de notre point de vue, ce ne serait pas 
un problème. Unissons nos soldats, tout ce qui est nécessaire 
sera fait (...) Mais, à ce stade, nous devons montrer notre 
présence dans la région. Nous n'avons pas la possibilité de 
faire un pas en arrière. Si nous reculons, des groupes 
terroristes comme Daech, le PKK, le PYD (aile politique des YPG, 
ndlr) et les YPG s'y installeront", a-t-il ajouté. 
 
 (William James, Daren Butler, Tom Miles, Lidia Kelly et Humeyra 
Pamuk; Jean-Philippe Lefief et Jean-Stéphane Brosse pour le 
service français) 
 
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  • charleco il y a 11 mois

    Il y en a qui croient au Père Noël (américain).