L'opposition dénonce un "massacre" près de Damas

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VIOLENTS COMBATS À ALEP EN SYRIE
VIOLENTS COMBATS À ALEP EN SYRIE

par Oliver Holmes et Khaled Yacoub Oweis

ALEP, SYRIE/AMMAN (Reuters) - Les insurgés syriens ont accusé l'armée gouvernementale d'avoir massacré des centaines de personnes à Daraya, une localité de la banlieue sud de Damas tenue par les rebelles et récemment reprise par les troupes de Bachar al Assad.

Près de 320 cadavres, dont des femmes et des enfants, ont été retrouvés dans des maisons et dans des caves de la ville. Selon les insurgés, les victimes ont été exécutées de manière sommaire par les soldats lorsqu'ils ont repris le contrôle de la ville, maison par maison.

L'opposition syrienne a publié sur internet plusieurs vidéos montrant des rangées de corps ensanglantés enveloppés dans des linceuls. La plupart des victimes semblent être de jeunes hommes en âge de combattre, mais au moins une vidéo montre plusieurs enfants visiblement tués d'une balle dans la tête.

Ces décès porteraient le bilan de la seule journée de samedi à 440 morts, l'un des plus lourds depuis le début du conflit, il y a 17 mois.

Selon l'Observatoire syrien pour les droits de l'homme (OSDH), proche de l'opposition, plus de 90 personnes, dont des combattants et des civils, ont été tuées dimanche à Daraya.

Au moins huit personnes ont par ailleurs été tuées et des dizaines d'autres blessées dans le bombardement de l'armée contre la ville de Basra al Cham, dans la province de Deraa (sud).

En raison des restrictions imposées par le régime syrien sur les médias qu'il ne contrôle pas, ces informations fournies par les opposants au président Bachar al Assad n'ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.

Les combats font rage entre le régime et les insurgés syriens, notamment dans la seconde ville du pays, Alep, dans le Nord, où les affrontements tournent à la guerre d'usure.

Selon les journalistes de Reuters sur place, la bataille y a atteint dimanche une intensité jamais observée depuis plusieurs semaines. Des avions de combat ont bombardé et tiré sur des quartiers tenus par les insurgés, dans le sud de la ville. Pris de panique, plusieurs habitants ont pris la fuite.

Les insurgés affirment contrôler au moins la moitié d'Alep, mais leurs positions sont fragiles face à l'armée de l'air syrienne.

"UN COMPLOT CONTRE LA RÉGION ENTIÈRE"

Au cours d'une rencontre à Damas avec une délégation de parlementaires iraniens, Bachar al Assad a affirmé que la crise syrienne était due à la volonté des pays occidentaux et régionaux de saper le rôle de la Syrie dans la "résistance" menée contre la domination de l'Occident et d'Israël dans la région.

"Ce qu'il se passe en ce moment n'est pas qu'un complot contre la Syrie, mais contre la région entière, dont la Syrie est une pierre angulaire", a-t-il dit selon l'agence de presse officielle Sana. "Le peuple syrien n'acceptera pas que ce plan aboutisse, quel que soit le prix à payer."

L'Onu estime à 18.000 le nombre de personnes ayant trouvé la mort depuis le début du conflit entre une opposition majoritairement sunnite et un régime qui s'est recentré au fil des mois sur son noyau alaouite, une branche du chiisme dont fait partie Bachar al Assad.

Les efforts diplomatiques pour résoudre cette crise sont au point mort car la communauté internationale est divisée entre ceux qui soutiennent les insurgés - les puissances occidentales, la Turquie, les pays du Golfe - et les soutiens du régime d'Assad - principalement la Russie, la Chine et l'Iran.

L'Egypte cherche à organiser une rencontre avec la Turquie, l'Iran et l'Arabie saoudite, les trois autres Etats clés de la région. Le régime chiite de Téhéran est le principal soutien de Bachar al Assad, tandis que l'Arabie saoudite livrerait des armes aux insurgés.

La délégation parlementaire iranienne qui s'est rendue en Syrie a également rencontré le vice-président syrien Farouk al Chara, qui effectuait là sa première apparition publique depuis des semaines, coupant court aux rumeurs de défection sur son compte.

Alors que le Conseil de sécurité de l'Onu, divisé entre la Russie et la Chine d'un côté, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne de l'autre, est dans l'impasse, le nouveau médiateur des Nations unies pour le conflit syrien, le diplomate algérien Lakhdar Brahimi, s'est dit vendredi "honoré, flatté, empli d'humilité et effrayé" à l'idée de la tâche qui l'attend.

Baptiste Bouthier pour le service français

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