L'opposant Navalny réunit des milliers de manifestants à Moscou

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DES MILLIERS DE MANIFESTANTS POUR SOUTENIR L'OPPOSANT ALEXEÏ NAVALNY À MOSCOU
DES MILLIERS DE MANIFESTANTS POUR SOUTENIR L'OPPOSANT ALEXEÏ NAVALNY À MOSCOU

par Gabriela Baczynska et Maria Tsvetkova

MOSCOU (Reuters) - L'opposant Alexeï Navalny a réuni lundi soir des milliers de manifestants à Moscou pour contester les résultats officiels de l'élection municipale dans la capitale russe, selon lesquels le maire sortant, Sergueï Sobianine, un proche de Vladimir Poutine, a été reconduit dès le premier tour.

Galvanisé par son propre résultat, 27%, largement supérieur aux prévisions du début de campagne, Alexeï Navalny a exigé la tenue d'un second tour et a vu dans ce rassemblement d'au moins 10.000 personnes lundi soir la naissance d'un véritable mouvement d'opposition à Vladimir Poutine, au pouvoir depuis 13 ans soit en tant que président soit en tant que Premier ministre.

"Depuis tellement longtemps maintenant, nous voulions tous participer à un rassemblement fêtant une victoire. Nous sommes fatigués après ces 13 années perdues (...) Je suis certain que nous obtiendrons un deuxième tour", a-t-il lancé à la foule scandant son nom rassemblée sur la place Bolotnaïa, qui fait face au Kremlin sur l'autre rive de la Moskova.

Répondant aux applaudissements et aux cris de joie des manifestants, pour la plupart des hommes d'une vingtaine ou d'une trentaine d'années dont beaucoup portaient des badges "Navalny, mon maire", ce blogueur et militant anticorruption a crié: "Une opposition politique sérieuse est née en Russie."

La foule a repris "Deuxième tour, deuxième tour" et "Sobianine est un lâche".

Selon les résultats définitifs publiés par la commission électorale, Sergueï Sobianine a été élu au premier tour avec 51,37% des voix.

"Nous avons organisé l'élection la plus propre, la plus concurrentielle et la plus ouverte de l'histoire de Moscou", a assuré le maire.

Dans un communiqué publié avant la manifestation dans la soirée, Alexeï Navalny a exigé des discussions avec les autorités municipales sur les soupçons de fraudes, appuyés selon lui par les observateurs électoraux dont le décompte place Sergueï Sobianine juste en-dessous de 50%.

FAIBLE PARTICIPATION

"Hier, nous avons vu que nous pouvions gagner. Aujourd'hui, nous devons savoir si nous pouvons défendre notre victoire", écrit-il dans ce communiqué, en affirmant avoir recueilli en réalité 35% des suffrages malgré sa faible exposition médiatique.

C'est sur la place Bolotnaïa qu'eut lieu le 6 mai 2012 la dernière grande manifestation contre Vladimir Poutine, à la veille de la prestation de serment du président russe, élu pour un mandat de six ans lors d'un scrutin entaché de fraudes selon l'opposition.

Outre Sergueï Sobianine et Alexeï Navalny, quatre autres candidats se présentaient devant les 7,2 millions d'électeurs de Moscou. La participation ne s'est élevée qu'à 33%, ce qui a profité à Alexeï Navalny, dont les jeunes partisans se sont largement mobilisés, les électeurs plus âgés étant moins nombreux dans les bureaux de vote.

Alexeï Navalny comptait sur l'élection à la mairie de Moscou pour prouver que ses compatriotes ont soif de changement et qu'il peut l'incarner.

Il s'est présenté alors qu'il reste menacé de prison. À l'issue d'un procès qu'il a qualifié de manipulation politique, ce farouche détracteur de Vladimir Poutine a été condamné en juillet à cinq ans de prison pour détournement de fonds dans une entreprise publique d'exploitation forestière.

La justice russe a toutefois pris une décision inhabituelle le lendemain et l'a libéré dans l'attente de l'examen de son appel, ce qui lui a permis de poursuivre sa campagne électorale.

Pour de nombreux observateurs, le Kremlin souhaitait qu'Alexeï Navalny puisse se présenter dans l'espoir de lui infliger une cuisante défaite électorale et discréditer cette voix dissidente animée d'ambitions présidentielles.

L'élection de Sergueï Sobianine, propulsé à la tête de la mairie de Moscou sans vote populaire en 2010, permet au président russe de verrouiller la capitale au moins jusqu'en 2018, date de la prochaine élection présidentielle lors de laquelle il n'a pas exclu de briguer un quatrième mandat.

Outre Moscou, le parti Russie unie de Vladimir Poutine a remporté la plupart des 7.000 scrutins régionaux et municipaux organisés dimanche dans le pays, à l'exception d'Ekaterinbourg, quatrième ville de Russie dans l'Oural, où l'opposant Evguéni Roizman a été élu maire.

Tangi Salaün, Pascal Liétout et Bertrand Boucey pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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