L'opposant Jean Ping se proclame président du Gabon

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    * Le président sortant Ali Bongo a été déclaré vainqueur du 
scrutin de samedi dernier 
    * L'annonce a provoqué des émeutes 
    * La France, ancienne puissance coloniale, exclut 
d'intervenir 
 
    par Gerauds Wilfried Obangome 
    LIBREVILLE, 3 septembre (Reuters) - L'opposant Jean Ping 
s'est proclamé vendredi soir président du Gabon, où l'annonce de 
la réélection du chef d'Etat sortant, Ali Bongo, a provoqué des 
émeutes cette semaine. 
    Les violences ont éclaté mercredi lorsque Ali Bongo, au 
pouvoir depuis 2009, a été déclaré vainqueur de justesse de 
l'élection présidentielle de samedi dernier. Mais Jean Ping a 
dénoncé une imposture. 
    "Le président, c'est moi", a-t-il dit lors d'une conférence 
de presse organisée dans la soirée après avoir été libéré de son 
QG de campagne à Libreville, qui avait été encerclé par les 
forces de sécurité gabonaises. 
    "Le monde entier sait qui est le président de la République: 
c'est moi, Jean Ping", a insisté l'ancien ministre des Affaires 
étrangères. "Notre pays évolue vers un chaos généralisé 
(...)L'apaisement ne peut survenir que si la vérité des urnes 
est rétablie et respectée", a-t-il poursuivi. 
    Un groupe de ses partisans, qui étaient retenus à 
l'intérieur de son QG de campagne, ont par ailleurs été libérés, 
ainsi que l'avait réclamé dans la journée le ministre français 
des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault.   
    Des centaines de militaires et de policiers se sont déployés 
vendredi dans Libreville, où les habitants ont commencé à 
ressortir dans les rues et où des magasins ont rouvert après 
deux jours d'émeutes. La garde républicaine a pris position à 
proximité du palais présidentiel. 
    Cinq personnes ont été tuées dans les violences 
post-électorales, selon un bilan communiqué vendredi par le 
porte-parole d'Ali Bongo, Alain-Claude Billie. 
    Le ministère de l'Intérieur a fait état de son côté de 1.100 
interpellations en date de jeudi après-midi. 
     
    L'ÉPOQUE DE LA FRANÇAFRIQUE EST "DERRIÈRE NOUS", DIT AYRAULT 
    Au pouvoir depuis la mort en 2009 de son père Omar Bongo, 
qui a passé 42 ans à la tête du pays, Ali Bongo a été déclaré 
réélu mercredi par la commission électorale (Cenap) avec 49,80% 
des suffrages contre 48,23% pour Jean Ping, soit moins de 6.000 
voix d'écart. 
    Mais l'opposant dénonce un résultat truqué et a appelé la 
communauté internationale à intervenir. Des analystes jugent 
cependant peu probable un tel développement. 
    La France, les Etats-Unis et l'Union européenne ont demandé 
la publication bureau par bureau des résultats du scrutin pour 
plus de transparence, une requête qu'a rejetée le porte-parole 
d'Ali Bongo jeudi. 
    Les autorités françaises ont par ailleurs fait savoir 
vendredi qu'elles étaient "en contact avec toutes les parties" 
afin de "trouver une solution rapide" à la crise politique. 
    La France, qui est intervenue en Côte d'Ivoire en 2011 sous 
mandat de l'Onu et plus récemment en Libye, au Mali et en 
Centrafrique, dispose d'une base militaire au Gabon depuis 
l'indépendance, en 1960, et quelque 450 soldats y sont 
stationnés. 
    Mais, interrogé sur France 2, Jean-Marc Ayrault a exclu 
vendredi matin que la France s'ingère dans les affaires 
intérieures du Gabon, ancien pilier de la "Françafrique", 
synonyme de réseaux occultes entre la France et l'Afrique.  
    "Nous sommes des partenaires de l'Afrique mais nous ne 
voulons en aucun cas nous ingérer dans les affaires intérieures 
des pays. Ce serait irrespectueux pour les Africains,", a-t-il 
expliqué, ajoutant que la période de la Françafrique était 
"derrière nous".   
    Les relations entre Paris et Libreville, privilégiées sous 
Omar Bongo, se sont distendues ces dernières années. En janvier, 
le Gabon a rappelé son ambassadeur en poste à Paris en réaction 
à des propos tenus par Manuel Valls. Le Premier ministre 
français avait estimé qu'Ali Bongo n'avait pas été élu 
démocratiquement "comme on l'entend".   
    La famille Bongo s'est longtemps servie de la manne 
pétrolière pour acheter la dissidence. Mais la chute des cours 
pétroliers et la baisse de la production, dominée par Total et 
Shell, ont pesé sur les finances du pays, entraînant une 
réduction des dépenses budgétaires.  
    Agé de 73 ans, Jean Ping, qui fut président de la Commission 
de l'Union africaine, est issu du premier cercle du pouvoir. 
Père de deux enfants avec la fille d'Omar Bongo, Pascaline, il a 
été ministre du défunt président avant de prendre ses distances 
avec son fils et de démissionner du Part démocratique gabonais 
(PDG) en 2014. 
 
 (avec Marine Pennetier à Paris; Laura Martin, Jean-Stéphane 
Brosse et Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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