L'opinion allemande, principal frein à un traité UE-US, dit Lamy

le
8

* Des négociations enlisées dans les préliminaires * De la protection des producteurs à celle des consommateurs * Perte de confiance des Allemands depuis l'affaire de la NSA par Emmanuel Jarry PARIS, 18 décembre (Reuters) - L'opinion allemande pourrait être un des principaux freins au projet de partenariat transatlantique pour l'investissement et le commerce (PTIC), estime l'ancien directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal Lamy. Les négociations entre l'administration américaine et l'Union européenne, commencées il y a un an mais enlisées dans les préliminaires, reprendront début février. Nul ne se hasarde aujourd'hui à prédire leur issue. ID:nL6N0QA2JS "La grande erreur est d'avoir fait comme si on négociait un accord de libre-échange à l'ancienne, qui traite de protection, alors qu'il s'agit de précaution, et ça change tout", souligne Pascal Lamy dans une interview à Reuters. Dans le "vieux monde du commerce", il s'agissait de protéger les producteurs de la concurrence étrangère, avec des droits de douanes, explique-t-il. Dans la nouvelle configuration du commerce international, l'objectif est de protéger les consommateurs avec des normes et des standards. Pour l'ancien directeur général de l'OMC, habitué des négociations multilatérales, c'est d'Allemagne que risquent de venir les plus grandes résistances au projet de partenariat transatlantique, cible de nombreux détracteurs en Europe. L'instauration d'un mécanisme de règlement des différends entre investisseurs privés et Etats (RDIE), qui suppose le recours à une juridiction internationale, constitue certes, avec les services financiers, un des points potentiels de blocage. "STOP TTIP" Mais "c'est un des obstacles, ce n'est pas le principal. Le principal, c'est l'opinion allemande", estime Pascal Lamy. Sur plus de 1,16 million de signataires d'une pétition lancée sur internet contre le projet de partenariat, "Stop TTIP", plus de la moitié (676.000) sont allemands, à comparer avec 69.000 français et 204.000 britanniques. "C'est quelque chose que Français et Britanniques n'ont pas mesuré", souligne Pascal Lamy, selon qui les organisations de la société civile allemande sont les plus actives. "Il y a une préférence allemande pour la précaution. Les Allemands sont traditionnellement très sensibles à ces questions", notamment pour des raisons historiques, dit-il. "Il y a aussi derrière tout ça un problème de perte de confiance de l'opinion allemande vis-à-vis des américains. Les Allemands ont été très affectés par l'affaire de la NSA." Les révélations de l'ex-agent américain Edward Snowden sur l'espionnage présumé de dirigeants européens dont Angela Merkel, la chancelière allemande, par cette agence de renseignement des Etats-Unis, ont coïncidé avec le début des discussions sur le projet de partenariat transatlantique. Au-delà des réactions de l'opinion, la mise en place d'un processus de convergence réglementaire comme le PTIC "soulève des questions extrêmement compliquées", fait valoir Pascal Lamy. "La solution la plus simple est de prendre le meilleur niveau de protection de chaque côté. Ce n'est pas ce qu'on a dit mais c'est probablement ce qu'on devra faire, parce que je ne vois pas d'autre solution", estime l'ex-patron de l'OMC. Cela répond au demeurant à l'enjeu stratégique de cette négociation : "Dès lors qu'on établit un standard euro-américain sur les équipements de sécurité des voitures en harmonisant les crash-tests, on établit de fait le standard mondial." Mais "si c'est les OGM ou la protection des données privées (...), il vaut mieux ne pas trop s'y attaquer pour l'instant, parce qu'on ne va jamais se mettre d'accord", dit Pascal Lamy. (Edité par Yves Clarisse)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.

Avertissement

Une erreur est survenue, merci de re-essayer ultérieurement.

Partenaires Taux