L'Opep suscite de nouveau l'espoir malgré les obstacles

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    * Ryad semble vouloir faire remonter les cours 
    * Des discussions en vue le mois prochain à Alger 
    * L'Iran et d'autres pourraient faire barrage 
 
    par Rania El Gamal et Alex Lawler 
    DUBAI/LONDRES, 15 août (Reuters) - L'Opep relancera sans 
doute le mois prochain les discussions sur un gel de sa 
production, l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial, 
semblant chercher à faire remonter les cours, a-t-on appris de 
plusieurs sources au sein de l'organisation, mais l'Iran, l'Irak 
et la Russie sont autant d'obstacles importants à un compromis. 
    Ryad a relancé les spéculations sur la possibilité d'un 
accord d'encadrement de la production jeudi dernier, le ministre 
saoudien de l'Energie, Khalid al Falih, déclarant que son pays 
souhaitait travailler avec des pays membres ou non de l'Opep à 
une stabilisation du marché.  
    "Les propos du ministre saoudien de l'Energie constituent un 
signe positif de sa volonté d'aller vers un accord de gel de la 
production ; reste à savoir à quel niveau", a dit une source 
d'un pays du Moyen-Orient membre de l'Opep. 
    "Le gel se fera-t-il aux niveaux de janvier ? 
Qu'adviendra-t-il de l'Iran ? Et puis il y a le Nigeria, dont la 
production a beaucoup diminué depuis janvier", a ajouté cette 
source. 
    Côté russe, le ministre de l'Energie, Alexander Novak, a 
déclaré à un journal saoudien que son pays menait des 
consultations avec l'Arabie saoudite et d'autres producteurs, 
ajoutant que de nouvelles discussions sur un éventuel gel des 
niveaux de production restaient possibles en cas de besoin. 
  
    L'Arabie saoudite a augmenté sa production en juillet, à 
10,67 millions de barils par jour (bpj) contre 10,2 millions en 
janvier.  
    Depuis 2014, le royaume, chef de file de fait de l'Opep en 
raison de son poids sur le marché mondial, a augmenté ses 
pompages dans le but d'exclure du marché des producteurs dont 
les coûts sont plus élevés, afin de regagner des parts de marché 
au détriment de pays comme les Etats-Unis, qui lui avaient 
taillé des croupières au cours des années précédentes. 
    Cette stratégie a fortement contribué à la chute du cours du 
baril de Brent, tombé à 27 dollars en janvier contre 115 dollars 
mi-2014. Ce mouvement a certes pénalisé les producteurs 
nord-américains, mais il a aussi plombé le budget saoudien.  
    Une première tentative de gel de la production de l'Opep aux 
niveaux de janvier a échoué en avril, Ryad exigeant que la 
décision s'applique à tous les pays producteurs, y compris 
l'Iran, son rival dans la région. Mais Téhéran exige un 
traitement de faveur pour lui permettre de regagner les parts de 
marché perdues en raison des sanctions internationales. 
     
    PLUSIEURS OBSTACLES 
    L'Iran a lui aussi augmenté sa production ces derniers mois 
pour la ramener à un niveau proche de celui qu'il affichait 
avant ces sanctions, tout en répétant qu'il n'avait pas 
l'intention de s'associer à un éventuel gel. 
    Le sujet sera au coeur des discussions prévues en marge du 
Forum international de l'énergie (IEF) du 26 au 28 septembre à 
Alger. 
    "Toutefois, si les cours continuent de baisser, certains 
membres de l'Opep vont tenter d'envoyer des signaux positifs au 
marché pour soutenir les prix au moins aux niveaux actuels" a 
dit une source. 
    Le ministre iranien du Pétrole, Bijan Zanganeh, a déclaré la 
semaine dernière au Parlement vouloir porter la production 
nationale à 4,6 millions de bpj d'ici cinq ans, contre 3,6 
millions aujourd'hui et 3,8 à 4,0 millions avant les sanctions. 
    Mais depuis l'échec d'avril, l'Iran n'est plus le seul 
obstacle important à un accord.  
    L'Irak, deuxième producteur de l'Opep, qui se disait 
favorable à un gel en avril, a conclu depuis avec certaines 
grandes compagnies de nouveaux accords visant à augmenter la 
production de plusieurs de ses gisements, ce qui pourrait se 
traduire par une hausse de 350.000 bpj l'an prochain. 
    Le Nigeria et la Libye pourraient aussi compliquer les 
discussions, estiment certains délégués. Le premier a vu sa 
production amputée par les attaques visant des sites pétroliers 
et la production libyenne ne représente plus qu'une fraction de 
son niveau d'avant la guerre civile, ce qui ne devrait pas 
inciter ces deux pays à approuver une limitation de l'offre. 
    Quant à la Russie, elle se disait prête à s'associer à un 
gel en avril, ce qui aurait marqué la première action coordonnée 
avec l'Opep depuis 2011, mais elle semble aujourd'hui moins bien 
disposée et pourrait poursuivre l'augmentation de sa production, 
actuellement proche de son plus haut niveau de 10,85 millions de 
bpj. 
    Ryad aura donc du mal à convaincre Téhéran, Tripoli et 
Moscou. Mais la pire des solutions serait de faire miroiter un 
accord sans être sûr qu'il sera conclu, comme ce fut le cas en 
avril. 
    "Une absence d'accord ferait s'effondrer le marché, et 
l'Opep avec", prédit la première source. 
     
 
 (avec Dmitry Zhdannikov; Marc Angrand pour le service français) 
 
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