L'Opep profondément divisée face à l'évolution du marché mondial

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    * L'Arabie saoudite ne croit plus aux objectifs de cours - 
sources 
    * Ce revirement ne convient pas du tout à l'Iran 
    * Pour ses rivaux, Ryad ne se soucie plus de l'Opep 
    * "L'Opep est morte", selon un délégué 
 
    par Dmitry Zhdannikov et Rania El Gamal 
    LONDRES/DUBAI, 6 mai (Reuters) - "L'Opep est morte", a 
lancé, dépité, un délégué de l'Opep, selon deux sources 
présentes ou informées de la teneur d'une réunion du cartel sur 
la stratégie à long terme qui s'est tenue à Vienne lundi 
dernier. 
    Ce n'est pas la première fois que la mort de l'Organisation 
des pays exportateurs de pétrole (Opep) est annoncée mais les 
échos de cette réunion des gouverneurs du cartel laisse penser 
que si l'Arabie saoudite obtient gain de cause, alors l'une des 
principales stratégies du cartel, à savoir la régulation des 
prix en maîtrisant l'offre, sera passée de mode. 
    Ryad estime en effet que prendre les prix pour objectif n'a 
plus de sens car la situation actuelle du marché, dont les prix 
ont chuté depuis la mi-2014, atteste de changements en 
profondeur et non conjoncturels, selon des sources au fait de la 
pensée saoudienne. 
    Les tensions entre l'Arabie saoudite et l'Iran, qui ont eu 
raison le mois dernier d'une tentative de sceller un premier 
accord de gel de la production en 15 ans, se sont à nouveau 
exprimées sans retenue lundi.  
    Le gouverneur iranien, Hossein Kazempour Ardebili, a ainsi 
déclaré que la raison d'être de l'Opep était de maîtriser les 
cours et qu'en conséquence une "gestion efficace de la 
production" devait être l'une de ses priorités sur le long 
terme. 
    Mais son homologue saoudien, Mohammad al Madi, a répliqué 
que le monde avait tellement changé ces dernières années qu'il 
était vain de poursuivre dans cette voie.  
    "L'Opep doit prendre acte du fait que le marché a subi un 
changement structurel, comme le montre ce même marché, devenu 
plus concurrentiel que monopolistique", a déclaré al Madi, selon 
plusieurs sources proches des discussions. 
    "Le marché a évolué depuis la période de cours élevés de 
2010-2014 et le défi que l'Opep doit à présent relever, et c'est 
vrai aussi pour les (producteurs) hors Opep, consiste à 
s'adapter à ses évolutions récentes". 
     
    PROBLÈMES INTERNES ET ÉCOLOGIE 
    Des décennies durant, Ryad a défendu un objectif de cours, 
orchestrant hausses ou baisses de la production au sein de 
l'Opep. L'Arabie saoudite, premier exportateur mondial, assurait 
l'essentiel de ces ajustements, fermant les yeux sur les écarts 
éventuels des pays membres plus petits ou moins riches. 
    C'est ainsi qu'en 2008, un prix de 75 dollars le baril était 
considéré comme juste par les Saoudiens. Mais depuis cette 
époque, le royaume n'a que rarement envoyé des signaux sur le 
prix qu'elle jugeait équitable. 
    Il est vrai que le marché pétrolier a changé du tout au tout 
ces cinq dernières années. Le développement de la production de 
pétrole de schiste aux Etats-Unis et au Canada et la 
contribution croissance à l'offre mondiale de la Russie, qui 
n'est pas membre de l'Opep, ont discrédité l'idée faisant du 
pétrole une ressource devenue rare. 
    Dans un contexte de baisse des cours, l'Arabie, sous 
l'influence du vice-prince héritier Mohammed bin Salman, 
décideur ultime du royaume en matière économique et énergétique 
depuis 2015, juge plus avisé de privilégier la part de marché, 
préférant produire plus maintenant, même à bas prix, que vendre 
plus tard à des prix encore plus déprimés parce que la demande 
mondiale ne sera plus ce qu'elle était. 
    L'Arabie doit en outre s'attaquer à quelques problèmes 
pressants, comme un déficit budgétaire qui a atteint l'an passé 
15% du PIB. 
    "L'industrie pétrolière n'est plus, toutes proportions 
gardées, une industrie de croissance", explique l'une des 
sources.  
    Une baisse des prix avait par le passé pour effet de doper 
la demande. Ce n'est plus le cas désormais car l'industrie 
automobile a fait de gros progrès en matière de consommation et 
l'écologie est devenue un enjeu clé pour de nombreux 
consommateurs. 
    Ainsi, alors que les prix ont touché des plus bas record en 
2015, la demande globale ne devrait augmenter que d'un million 
de barils par jour (bpj) cette année, soit de 1% à peine. 
    Une chose est certaine: le royaume saoudien ne renouera pas 
avec une réduction des pompages pour le bien de tous les autres 
pays producteurs de l'organisation, disent des sources 
saoudiennes. 
    Un point de vue partagé par certains concurrents de 
l'Arabie. "L'Arabie saoudite n'en a plus rien à faire de l'Opep; 
c'est le pétrole de schiste américain, les sables bitumineux du 
Canada et la Russie qu'elle a en ligne de mire", a déclaré une 
source de l'Opep extérieure aux pays du Golfe.  
     
 
 (Avec Alex Lawler, Wilfrid Exbrayat pour le service français, 
édité par Marc Angrand) 
 
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  • M9425023 il y a 7 mois

    Il est certain qu'avec ce genre de raisonnement et de stratégie, la planète a du soucis à se faire. Comme si ce n'était pas déjà trop tard. Donc on y va !