L'Onu autorise l'intervention française en Centrafrique

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FEU VERT DE L'ONU À L'INTERVENTION DE LA FRANCE EN CENTRAFRIQUE
FEU VERT DE L'ONU À L'INTERVENTION DE LA FRANCE EN CENTRAFRIQUE

par Michelle Nichols et Louis Charbonneau

NATIONS UNIES (Reuters) - Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté jeudi à l'unanimité une résolution encadrant l'intervention militaire de la France en Centrafrique en soutien à une force panafricaine et imposant un embargo d'un an sur les ventes d'armes.

La résolution 2127, présentée par Paris, autorise l'usage de la force pour protéger les civils dans ce pays en proie à des violences depuis le coup d'Etat de mars dernier mené par les rebelles de la Séléka contre François Bozizé.

Elle donne mandat pour une période d'un an à la mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (Misca), qui doit prendre ce mois-ci le relais d'une force régionale et comptera à terme 3.600 soldats, pour protéger les civils, rétablir l'ordre et stabiliser le pays.

Placée sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies, elle autorise "les forces françaises présentes en RCA, dans les limites de leurs capacités et leurs zones de déploiement, et pour une période temporaire, à prendre toutes les mesures nécessaires pour soutenir la Misca".

Le représentant permanent de la France auprès des Nations unies, Gérard Araud, s'est félicité de l'adoption d'un texte destiné à mettre fin à une "tragédie".

"La République centrafricaine avait jusqu'à présent été une crise oubliée", a déclaré le diplomate, en soulignant que "l'indifférence et l'inaction n'étaient pas des options" et que le président François Hollande avait été "le premier à lancer un cri d'alerte" lors de son discours devant l'Assemblée générale de l'Onu, en septembre.

L'intervention franco-africaine sera financée notamment par l'Union européenne, qui s'est engagée à verser 50 millions d'euros, a précisé Gérard Araud, ce qui fera des Vingt-Huit les principaux contributeurs à l'opération de l'Union africaine, comme c'est déjà le cas en Somalie.

ATTEINTES AUX DROITS DE L'HOMME

La résolution co-parrainée par les membres africains du Conseil de sécurité - Togo, Rwanda et Maroc - impose un embargo d'un an sur les ventes d'armes destinées à la Centrafrique et demande à l'Onu de préparer une possible transformation de cette force panafricaine en une véritable opération onusienne de maintien de la paix.

Dans un rapport publié le mois dernier, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a indiqué qu'il avait déjà demandé aux responsables de l'Onu de préparer une telle mission et précisé que celle-ci requerrait l'envoi d'au moins 6.000 casques bleus et 1.700 policiers.

Le déploiement d'une force de maintien de la paix devra toutefois être autorisé par un nouveau vote du Conseil de sécurité, précise la résolution adoptée jeudi.

Le texte confie par ailleurs à Ban Ki-moon la tâche de mettre sur pied une commission d'enquête internationale sur les atteintes aux droits de l'homme commises cette année. Celle-ci, proposée par le Rwanda et qui s'inspirera de la commission sur le Darfour, devra rendre ses conclusions dans six mois.

Quelques heures avant le vote à l'Onu, des affrontements meurtriers ont éclaté dans la capitale, Bangui, entre les ex-rebelles et des milices d'autodéfenses, les anti-Balaka, et des combattants restés fidèles à Bozizé, faisant au moins 105 morts selon un bilan établi par Reuters et Médecins sans Frontières.

La résolution 2127 fait part de "l'inquiétude particulière face à la nouvelle dynamique de violences et de représailles et au risque qu'elle ne dégénère en un partage religieux et ethnique à l'échelle du pays susceptible d'aboutir à une situation incontrôlable".

De hauts responsables de l'Onu ont récemment évoqué un risque de génocide en Centrafrique.

Les Nations unies estiment que 400.000 personnes, soit près de 10% des 4,6 millions de Centrafricains, ont été déplacées par les combats entre les ex-rebelles et les bandes armées. Quelque 68.000 autres se sont réfugiées dans des pays voisins.

Henri-Pierre André et Tangi Salaün pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • 2445joye le jeudi 5 déc 2013 à 18:44

    Comme nos soldats y sont déjà, c'aurait été bête que l'ONU refuse.