L'oligarque kazakh Moukhtar Abliazov placé en détention en France

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L'OLIGARQUE KAZAKH MOUKHTAR ABLIAZOV PLACÉ EN DÉTENTION PROVISOIRE EN FRANCE
L'OLIGARQUE KAZAKH MOUKHTAR ABLIAZOV PLACÉ EN DÉTENTION PROVISOIRE EN FRANCE

par Jean-François Rosnoblet

AIX-EN-PROVENCE, Bouches-du-Rhône (Reuters) - L'ancien ministre et oligarque kazakh Moukhtar Abliazov, poursuivi dans son pays pour détournement de fonds, a été placé jeudi en détention provisoire par un juge français en attendant son éventuelle extradition vers l'Ukraine, a annoncé son avocat.

Moukhtar Abliazov, 50 ans, qui a fui son pays lorsque sa banque, BTA, a été nationalisée et déclarée en faillite en 2009, avait été arrêté mercredi près de Cannes.

Accusé d'avoir détourné six milliards de dollars, il s'était réfugié en Grande-Bretagne mais a fui l'an dernier ce pays où il a été condamné à 22 mois de prison pour outrage à magistrat.

"Il vient d'être placé en détention provisoire", a déclaré son avocat Bruno Rebstock après son audition par un magistrat d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) qui a jugé que Moukhtar Abliazov ne présentait pas suffisamment de garanties pour être laissé en liberté en attendant la décision sur son extradition.

Le procureur général du Kazakhstan, qui dit avoir été informé par Interpol de l'arrestation, a précisé que Moukhtar Abliazov était accusé dans son pays d'avoir "créé un groupe criminel qui a détourné de la banque BTA plus de 5 milliards de dollars et de blanchiment d'argent sale".

La cour d'appel d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) a précisé que Moukhtar Abliazov avait été auditionné jeudi matin par un magistrat de cette juridiction en vue de son extradition par l'Ukraine, qui a formulé une demande en ce sens.

Il s'agit d'une procédure classique et le pays demandeur a 40 jours à partir de l'arrestation pour faire parvenir les pièces justificatives à la justice française.

Un avocat britannique proche de la famille de Moukhtar Abliazov, qui a été arrêté dans le village de Mouans-Sartoux, près de Cannes, a annoncé que son client s'opposerait à son extradition "soit vers l'Ukraine, soit vers le Kazakhstan".

UNE MANOEUVRE POLITIQUE?

Il estime que "les accusations qui pèsent sur lui sont motivées par des raisons politiques et que son arrestation est le prochain pas vers son élimination en tant que force politique de premier plan au Kazakhstan".

L'avocat en France de la famille Abliazov a expliqué pourquoi la demande émanait de l'Ukraine.

"La demande d'extradition émane de l'Ukraine, pays ami, car le Kazakhstan a très mauvaise presse depuis qu'il a obtenu l'expulsion de son épouse (d'Abliazov-NDLR) au motif qu'elle avait un faux passeport", a dit Charles de Bavier à Reuters.

Moukhtar Abliazov fait l'objet d'un mandat d'arrêt international émis par la Russie pour fraude à grande échelle, atteinte à la propriété par tromperie ou abus de confiance, et blanchiment, notamment.

De source proche du dossier, on souligne que l'Ukraine a été choisie car la banque BTA y avait d'importants intérêts. Il n'y a en revanche pas de convention d'extradition entre la France et le Kazakhstan et les éléments du dossier côté russe feraient l'objet de mesures de prescription.

Abliazov, qui a résidé en Russie entre 2003 et 2005, figurait sur une "note rouge" d'Interpol.

Selon Charles de Blavier, il a été arrêté "par une vingtaine de policiers qui n'ont pas hésité à faire irruption dans sa villa, encagoulés et armés".

L'oligarque affirme que sa vie est menacée depuis qu'il a quitté le Kazakhstan et que sa sécurité n'est pas garantie en cas de détention dans une prison britannique.

L'un des fils d'Abliazov a expliqué dans un courrier électronique que son père se trouvait légalement sur la Côte d'Azur et a accusé le président kazakh Noursoultan Nazarbaïev de mener une "vendetta personnelle".

Abliatov a expliqué que ses relations avec Nazabaïev se sont détériorées lorsqu'il a commencé à faire campagne pour un changement de gouvernement dans son pays.

Ancien ministre, Abliazov avait été emprisonné en 2002, une année après la fondation de son parti d'opposition visant à dénoncer le régime autoritaire de Nazarbaïev.

Fin mai, son épouse Alma Chalabaieva et leur fillette de six ans ont été expulsées d'Italie vers le Kazakhstan, dans des conditions qui ont déclenché une crise politique à Rome.

Avec Philippe Laurenson à Aix, Raushan Nurshayeva à Astana et Kirstin Ridley à Londres, édité par Yves Clarisse

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