L'offensive de l'armée syrienne se poursuit à Homs

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par Khaled Yacoub Oweis

AMMAN (Reuters) - Les bombardements de l'armée syrienne se sont poursuivis mercredi à Homs, foyer de la contestation du régime du président Bachar al Assad, où au moins 47 personnes ont péri dans la nuit sous les tirs de roquettes et de mortiers, rapportent les militants de l'opposition.

Cette nouvelle offensive de l'armée syrienne survient au lendemain d'une rencontre entre le chef de la diplomatie russe et le président syrien qui s'est, selon Moscou, engagé au cours de cet entretien à mettre fin au bain de sang.

Des chars ont fait leur entrée dans le quartier d'Inchat et se sont également approchés du quartier de Bab Amro, qui a récemment essuyé les pilonnages les plus violents des troupes fidèles au régime. Au moins 150 personnes y ont trouvé la mort ces deux derniers jours, selon des militants de l'opposition et des sources proches de l'opposition.

"L'électricité est revenue brièvement et nous avons été en mesure de contacter plusieurs quartiers, les activistes ayant réussi à recharger leur batterie de téléphone. Nous avons recensé 47 personnes tuées depuis minuit", a indiqué Mohammad Hassan un militant d'opposition, joint par téléphone satellitaire.

"Les tanks sont à présent à proximité de la mosquée Koutab et des soldats ont pénétré à l'intérieur de l'hôpital Hikmeh, dans le quartier d'Inchat. Ils se sont rapprochés aussi de Bab Amro et on entend des bombardements à Karm al Zeitoun et à al Bayada", avait-il indiqué un peu plus tôt.

Selon l'Observatoire syrien pour les droits de l'homme (OSDH), basé à Londres, au moins 20 civils ont été tués mercredi lors d'un raid mené par des miliciens fidèles au régime contre le domicile de trois familles à Homs.

"Les Chabbiha sont entrés dans trois maisons dans la nuit et ont abattu cinq membres d'une même famille, le père, sa femme et leurs trois enfants, une famille de sept dans une autre maison et huit (membres d'une même famille) dans une troisième", a indiqué Rami Abdelrahman, président de l'OSDH.

L'agence officielle syrienne indique que des "groupes terroristes armés" ont attaqué des barrages érigés par la police et ont lancé des tirs de mortiers sur la ville, dont trois sont tombés sur la raffinerie de pétrole de Homs.

RAPPEL DES AMBASSADEURS

Par ailleurs, des bombardements ont également eu lieu à Zabadani, ville située à la frontière libanaise, à 30 km au nord-ouest de Damas. Deux personnes ont péri lors des pilonnages mardi, portant le bilan du nombre de tués ces deux derniers jours à dix morts, selon des groupes d'opposant.

Il est difficile de confirmer ces informations de source indépendante en raison des restrictions imposées par le régime syrien aux médias indépendants.

"Assad est train de voir que le monde civilisé se retourne contre lui et il pense qu'il peut gagner s'il fait usage de la force avant que le monde agisse", indique Catherine al Talli, haut responsable du Conseil national syrien, qui regroupe la plupart des courants de l'opposition.

La répression des manifestations antigouvernementales en Syrie a fait plus de 5.000 morts en près de onze mois selon l'Onu qui n'ont plus établi de décompte depuis plusieurs semaines.

La poursuite de la répression a conduit ces derniers jours de nombreux pays européens et les monarchies du Golfe à rappeler leurs ambassadeurs de Syrie.

Après la France, l'Italie, la Grande-Bretagne et la Belgique, l'Australie a rappelé mercredi son chargé d'affaires Jawdat Ali, estimant que le régime syrien avait perdu sa légitimité et qu'il était temps pour Bachar al Assad de démissionner.

"Notre message au gouvernement syrien est clair. Assad doit trouver une stratégie de sortie avant que la situation en Syrie ne dégénère encore plus et coûte de nouvelles vies", a indiqué le ministre australien des Affaires étrangères, Kevin Rudd, dans un communiqué.

ENTAMER UN DIALOGUE

Le chef de la diplomatie australienne a annoncé mardi l'entrée en vigueur de nouvelles sanctions financières et de nouvelles interdictions de voyager à l'encontre de 75 personnes et 27 entités syriennes.

Selon le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, qui a rencontré le président syrien mardi, Bachar al Assad est déterminé à mettre fin aux violences commises par toutes les parties engagées dans le conflit.

"La Syrie va informer la Ligue arabe qu'elle est intéressée par une poursuite du travail de la mission de la Ligue et par un renforcement de ses effectifs", a déclaré Lavrov.

La Ligue arabe a suspendu le 28 janvier les travaux de sa mission dépêchée en Syrie le 26 décembre en raison de la persistance des violences sur le terrain.

La Russie et la Chine ont opposé leur veto samedi à un projet de résolution au Conseil de sécurité de l'Onu soutenant le plan de la Ligue arabe qui prévoit la mise à l'écart du chef de l'Etat syrien.

Ce double veto a suscité l'indignation des pays occidentaux et arabes et le Conseil national syrien a estimé que cela revenait à donner un "permis de tuer" au gouvernement syrien.

Le chef de la diplomatie russe a appelé mercredi les pays proches de l'opposition syrienne à inciter ces derniers à entamer un dialogue avec le gouvernement.

Les résultats d'un dialogue politique ne doivent pas être déterminés à l'avance, a-t-il insisté lors d'une conférence de presse à Moscou.

Benjamin Massot et Marine Pennetier pour le service français

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