L'obligataire ISR souverain en quête de crédibilité

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(NEWSManagers.com) -

L'obligataire ISR souverain reste marginal, alors même que les institutionnels français, très actifs sur le marché de l'ISR, sont principalement investis en emprunts d'Etat. Ainsi, en France, Novethic dénombre uniquement une vingtaine d'OPCVM ISR, obligataires ou diversifiés, investis significativement en produits de taux émis par des Etats, sur quelque 270 fonds ISR commercialisés dans l'Hexagone. Dans la gestion dédiée, la part de l'obligataire ISR est un peu plus importante que dans la gestion collective. Au total, l'obligataire ISR représente 8,4 milliards d'euros (montant qui couvre aussi les obligations d'entreprises).


Selon Dominique Blanc, analyste chez Novethic, l'obligataire ISR souverain présente un réel potentiel de croissance, compte tenu de l'appétit des investisseurs institutionnels pour les obligations souveraines d'une part et du fait que l'ISR peut constituer une garantie supplémentaire surtout dans le contexte tourmenté que nous connaissons d'autre part. Mais les institutionnels restent encore très prudents sur l'extension de l'ISR aux obligations d'Etat.


L'un des obstacles au développement de l'obligataire ISR souverain, au-delà d'une absence de consensus sur les référentiels et sur les méthodologies employées, est l'intérêt réel d'une telle approche. En effet, la qualité de la notation extra-financière d'un pays est souvent corrélée à celle de la notation de crédit. " A l'instar de la Finlande, la Suède, les Pays-Bas ou encore le Danemark, quasi-unanimement en tête des classements ESG (environnement, social, gouvernance) et tous notés AAA, les Etats obtenant les scores ESG les plus élevés sont généralement ceux qui bénéficient également des meilleures notations crédit" , note Novethic dans une note de travail dédiée à la notation extra-financière et Etats et à l'obligataire souverain présentée mardi.


En outre la plupart des fonds obligataires investis en titres souverains se concentrent déjà sur quelques Etats, voire sont mono-pays. " Dès lors, toute stratégie de sélection extra-financière s'avère difficile, car réduisant encore des univers déjà très restreints" , estime Novethic. D'ailleurs, certains gérants vont jusqu'à affirmer que, par nature, les Etats membres de l' OCDE ou de l'UE sont en conformité avec des critères ISR, une pratique contestable selon Novethic.

Par ailleurs, alors que la détention d'actions peut représenter un levier d'influence sur les politiques environnementales et sociales des entreprises, c'est encore loin d'être le cas vis-à-vis des Etats, ne serait-ce que compte tenu des sommes en jeu qui restent limitée. " D'un point de vue purement comptable, les volumes en jeu semblent encore insuffisants pour que l'exclusion d'un Etat de l'univers d'investissement socialement responsable ait un quelconque effet sur son financement, voire sa réputation, et donc un impact sur ses pratiques" , souligne Novethic dans sa nouvelle étude.


L'affaire de la Grèce pourrait peut-être constituer un tournant, puisque ce pays était mal noté depuis longtemps par les agences extra-financières notamment sur sa gouvernance, alors que sa notation financière ainsi que les niveaux de spreads associés à ses obligations ont été quasiment alignés sur ceux d'autres grands Etats de la zone jusqu'en 2008. Dominique Blanc estime qu'il faudra néanmoins développer la recherche afin de faire le lien entre les critères extra-financiers et le comportement crédit des Etats sur le long terme. " Nous espérons trouver des critères démontrant qu'un Etat empruntant à 50 ans qui ne prend pas soin de l'éducation de sa population et de ses ressources naturelles pourra être amené à avoir des problèmes de solvabilité" , conclut Dominique Blanc.

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