L'Italie suspend son projet de "bad bank"-sources

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(Actualisé avec détails, commentaires) ROME, 19 mars (Reuters) - L'Italie a décidé de suspendre son projet de créer une structure de défaisance destinée à cantonner les créances douteuses de ses banques, ont déclaré jeudi deux sources gouvernementales. Rome envisageait de créer une telle "bad bank" afin d'émettre des obligations garanties par l'Etat pour pouvoir racheter aux banques leurs créances douteuses. Le gouvernement de Matteo Renzi a choisi de mettre ce projet en veilleuse parce qu'il craint qu'il ne contrevienne aux règles rigoureuses de l'Union européenne gouvernant les aides publiques. Pour Bruxelles, la manoeuvre reviendrait à renflouer le secteur bancaire si l'Etat abondait la structure ou y apportait sa garantie, ont expliqué les sources. Si la structure entrait dans le champ des procédures gouvernant les aides publiques, il faudrait imposer des pertes aux actionnaires des banques ou à leurs créanciers obligataires sans garantie, ce dont Rome ne veut pas. "Si les négociations avec Bruxelles se débloquaient, nous pourrions poursuivre notre projet de véhicule doté de garanties publiques. Quant à savoir si l'Etat prendrait une participation directe (dans le véhicule), c'est une autre question", a expliqué l'une des sources. L'encours des créances douteuses ou irrécouvrables des banques italiennes se monte à 186 milliards d'euros, un fardeau de taille pour l'économie italienne et la rentabilité du secteur. Les créances douteuses contraignent les banques à des provisions pour couvrir les pertes potentielles, ce qui limite leur capacité à prêter aux ménages et aux entreprises et donc à contribuer à la relance de l'économie. Les difficultés des négociations avec Bruxelles sur le projet de "bad bank" pourraient, selon les sources, conduire le gouvernement italien à opter plutôt pour une réforme des procédures de faillite et des avantages fiscaux destinés à encourager les banques à vendre leurs créances douteuses. Les analystes sont nombreux à estimer que des mesures de ce genre pèseraient sur les finances publiques sans vraiment résoudre le problème des créances douteuses, en tout cas pas à court terme. Ils doutent également de la volonté des banques de céder leurs créances à leur valeur de marché parce qu'il leur faudrait pour ce faire les déprécier considérablement, ce qui affecterait lourdement leurs comptes. "Tant que les banques ne seront pas prêtes à encaisser le choc des pertes résultant de la dépréciation de leurs créances douteuses, le problème ne sera pas résolu", tranche Vincenzo Longo, stratégiste chez IG. (Giuseppe Fonte; Wilfrid Exbrayat et Patrick Vignal pour le service français, édité par Marc Angrand)

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