L'Italie et l'UE vont financer les camps de migrants libyens

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 (Actualisé avec déclaration et réaction) 
    par Gabriela Baczynska et Steve Scherer 
    LA VALETTE, 3 février (Reuters) - L'Italie et l'Union 
européenne vont contribuer au financement des camps de Libye où 
sont retenus les candidats à la traversée de la Méditerranée, en 
vertu d'un accord conclu avec Tripoli, dans le cadre de la lutte 
contre l'immigration clandestine.  
    "Si la situation reste en l'état, nous serons dans quelques 
semaines face à une crise humanitaire et on commencera à montrer 
l'Europe du doigt en affirmant qu'elle ne fait rien", a souligné 
vendredi le Premier ministre maltais Joseph Muscat, dont le pays 
assure ce semestre la présidence de l'UE. 
    "Par cet accord, il y a une première tentative décente pour 
apporter une gestion correction des flux migratoires via le 
centre de la Méditerranée", a-t-il ajouté. 
    Le texte a été signé jeudi par le président du Conseil 
italien Paolo Gentiloni et le Premier ministre libyen Fayez 
Seraj.  
    Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne, 
qui étaient réunis vendredi à Malte pour une réunion informelle 
consacrée en partie à la crise migratoire, se sont dits prêts à 
le soutenir, bien que l'Agence de l'Onu pour les réfugiés (HCR) 
soit hostile au maintien de ces camps où les conditions de vie 
sont, selon elle, inhumaines.  
    Les migrants y seront hébergés "jusqu'à leur expulsion ou 
leur retour volontaire dans leur pays d'origine" et leur gestion 
relèvera du ministère libyen de l'Intérieur, mais le personnel 
sera formé par les autorités italiennes, qui fourniront par 
ailleurs des médicaments et du matériel médical, disent les 
auteurs du texte.  
    Rome y promet par ailleurs de soutenir fermement le 
gouvernement d'union nationale dirigé par Seraj, ainsi que les 
"institutions militaires et de sécurité" qui en dépendent. Les 
dirigeants européens ont pris un engagement similaire. 
    Ce gouvernement formé sous l'égide de l'Onu, dont la 
légitimité est toujours contestée, ne parvient pas à restaurer 
l'autorité de l'Etat et le chaos qui continue à régner six ans 
après le renversement de Mouammar Kadhafi fait les affaires des 
passeurs.  
     
    POUR MSF, LES EUROPÉENS SE FOURVOIENT 
    La traversée vers l'Italie au départ de la Libye, que 
181.000 migrants ont effectuée l'an dernier, un record, est 
devenue la première voie migratoire vers l'UE. Plus de 5.000 
autres y ont sans doute laissé la vie. 
    Depuis mercredi, quelque 2.600 migrants tentant la 
périlleuse traversée entre les côtes libyennes et italiennes ont 
été secourus en mer.   
    "Alors que des centaines de personnes ont déjà perdu la vie 
en 2017 et que le printemps approche, nous sommes déterminés à 
prendre des mesures supplémentaires pour réduire 
considérablement les flux de migrants le long de la route de la 
Méditerranée centrale et pour casser le modèle économique des 
passeurs (...)", écrivent les dirigeants européens dans une 
déclaration adoptée à Malte (1). 
    Selon un rapport de l'Onu publié en décembre, les camps 
libyens sont le théâtre de toute sortes d'exactions, telles que 
la détention arbitraire, le travail forcé, les viols et la 
torture.  
    "Conserver des camps en Libye, c'est maintenir les migrants 
dans des conditions inhumaines et les mettre encore plus en 
danger", a déploré Carlotta Sami, porte-parole du HCR, 
interrogée par Reuters.  
    "L'Union européenne et ses Etats membres doivent se rendre à 
l'évidence: la Libye n'est pas un pays sûr. On ne peut en aucun 
cas considérer cela comme une approche humaine du phénomène 
migratoire", a renchéri Arjan Hehenkamp, de Médecins sans 
Frontières (MSF). 
    Dans un communiqué diffusé après le sommet, MSF, présente 
dans plusieurs camps en Libye, a estimé que la réunion de Malte 
démontrait que les dirigeants européens "se fourvoient" quant à 
la situation en Libye. 
    "Aujourd'hui, il ne s'agissait pas de sauver des vies; il 
est évident que l'UE est prête à sacrifier des milliers 
d'hommes, de femmes et d'enfants vulnérables afin de les 
empêcher d'atteindre les rivages européens", ajoute l'ONG. 
     
    (1) VOIR AUSSI 
    Le texte en français de la Déclaration de Malte:  
    http://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2017/02/03-malta-declaration/ 
 
 (Jean-Philippe Lefief et Henri-Pierre André pour le service 
français) 
 
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