L'Italie dans l'impasse, tente d'éviter un nouveau vote

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IMPASSE POLITIQUE EN ITALIE
IMPASSE POLITIQUE EN ITALIE

par Naomi O'Leary et Catherine Hornby

ROME (Reuters) - L'Italie est mardi dans une impasse politique après des élections marquées par un vote protestataire, même si l'ex-président du Conseil Mario Monti, le dirigeant de centre gauche Pier Luigi Bersani et le chef de file du centre droit Silvio Berlusconi disent vouloir éviter un nouveau vote.

Aucune alliance politique ne semble en mesure de former un gouvernement stable, au terme d'élections législatives marquées par la poussée des plates-formes anti-européennes de Berlusconi et de Beppe Grillo, dont le mouvement contestataire 5 Etoiles (M5S) obtient 25,5% des voix à la Chambre des députés et devient la première formation politique du pays.

L'idée d'une "grande coalition" à l'allemande entre les amis de Bersani et ceux de Berlusconi est avancée comme seul moyen de sortir de l'impasse mais elle fait grincer des dents dans les deux camps, après une campagne sans concessions.

Les marchés financiers et les partenaires européens de l'Italie, soucieux de stabilité, redoutaient un tel scénario pour la troisième économie d'une zone euro confrontée à la crise de la dette, au chômage et à la récession.

Le centre gauche de Pier Luigi Bersani, dont le Parti démocrate (PD) s'est allié à la formation Gauche, Ecologie, Liberté (SEL), l'emporte à la chambre basse, la prime au gagnant lui garantissant automatiquement une majorité de 340 des 630 sièges de députés. L'alliance de centre droit de Silvio Berlusconi est quant à elle créditée de 124 sièges.

Au Sénat, selon les projections du Centre italien d'études électorales, le centre gauche obtient 121 élus, contre 117 pour le centre droit et 54 pour les partisans de Beppe Grillo. Pour s'assurer une majorité à la chambre haute, 158 sièges sont nécessaires.

La situation de blocage tient au fait qu'en Italie les deux chambres du Parlement disposent des mêmes prérogatives. Une coalition doit donc disposer de la majorité dans chacune d'elle pour faire adopter des réformes.

"UN SIGNAL POUR TOUTE L'EUROPE"

Lors d'une conférence de presse mardi, Pier Luigi Bersani a dit qu'il se rendrait devant le Parlement pour tenter de former un gouvernement et qu'il revenait à Berlusconi et à Grillo de prendre leurs responsabilités.

Il a ajouté accueillir les résultats du scrutin avec "humilité". "Nous n'avons pas gagné, même si nous arrivons en tête", a-t-il admis.

Il a expliqué les résultats du vote et la percée des populistes "anti-système" par le contexte de crise et d'austérité, promettant de présenter au Parlement un programme de réformes essentielles concernant notamment les institutions politiques, le marché du travail et la politique européenne.

Pour le chef du Parti démocrate, le résultat du vote montre que la politique d'austérité ne peut être à elle seule la réponse à la crise. "C'est un signal pour toute l'Europe", a-t-il insisté.

Après le cinglant désaveu de son alliance centriste, qui ne compte que 45 élus à la chambre et 18 au Sénat, Mario Monti veut lui aussi éviter un retour aux urnes et plaide pour une "grande coalition". Il s'est entretenu mardi avec son ministre de l'Economie, Vittorio Grilli, celui des Affaires européennes et avec le gouverneur de la banque centrale, Ignazio Visco.

Silvio Berlusconi, dont l'alliance réunit le Peuple de la liberté (PDL) et les fédéralistes de la Ligue du Nord, s'est dit ouvert à un accord avec le centre gauche, tout en écartant l'idée d'une alliance avec les centristes de Monti.

"L'Italie ne peut pas être laissée sans gouvernement, nous devons réfléchir", a-t-il déclaré dans une interview télévisée, ajoutant que chaque camp devait faire des sacrifices afin de s'entendre.

LA BOURSE DE MILAN PERD PRÈS DE 5%

Il a, par ailleurs, affirmé ne pas être inquiet de la réaction des marchés et a minimisé l'importance de l'écart de taux qui s'est creusé entre l'Italie et l'Allemagne.

Quant à Beppe Grillo, grand vainqueur du scrutin avec 108 élus à la Chambre des députés et 54 au Sénat, il n'a pas manifesté l'intention de négocier et pense que le prochain gouvernement ne durera pas six mois. "Ils ne seront pas en mesure de gouverner, que je sois là ou pas", a-t-il dit.

Il s'est dit prêt à travailler avec tous ceux qui appuieraient ses propositions, notamment sur la lutte anti-corruption et la défense de l'environnement, mais a exclu de faire partie d'une coalition. "Ce n'est plus le moment de parler d'alliance... Le système est déjà à terre", a-t-il dit.

Les Bourses européennes ont chuté mardi dans la crainte de voir l'issue toujours incertaine des élections ouvrir un nouveau chapitre de la crise de la dette dans la zone euro.

La Bourse de Milan a terminé la journée sur une baisse de 4,89%, plombée par les valeurs bancaires comme Intesa Sanpaolo et UniCredit, qui ont abandonné respectivement 9,07% et 8,46%.

Ce vote de protestation est aussi un camouflet pour l'ancien commissaire européen Mario Monti, dont l'alliance centriste n'arrive qu'en quatrième position, loin derrière Beppe Grillo.

"Ce n'est pas si surprenant que ça, compte tenu de l'ampleur de la désillusion à l'égard des formes traditionnelles de la politique", a reconnu Mario Monti.

A l'étranger, le ministre allemand de l'Economie, Philipp Rösler, a plaidé pour un gouvernement stable et une poursuite des réformes.

En France, le ministre de l'Economie et des Finances, Pierre Moscovici, juge que l'issue des élections italiennes montre que ce pays, comme l'Europe, a besoin de perspectives de croissance pour équilibrer les sacrifices demandés à son peuple.

Avec Barry Moody, Gavin Jones, Steve Scherer, Lisa Jucca et Steven Jewkes; Jean-Stéphane Brosse, Jean-Philippe Lefief et Guy Kerivel pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • jbellet le mardi 26 fév 2013 à 19:30

    Comment peut on voter pour Grillo son programme n'est que démagogie et complètement irréaliste. les italiens sont ils tomber sur la ete

  • LeRaleur le mardi 26 fév 2013 à 19:22

    S'ils revotent, Beppe Grillo aura encore + de voix. Pour avoir un futur, il faut d'abord avoir un présent.

  • M2280901 le mardi 26 fév 2013 à 14:36

    vivement 2014 !

  • gustav10 le mardi 26 fév 2013 à 10:53

    Voilà bien le drame et la triste réalité des démocraties : on ne vote plus pour un futur meilleur, en analysant le réalisme potentiel des programmes, mais on vote contre des éléments du passé. Les questions qui suivent sont bien évidement celles-ci : la démocratie est-elle quelque chose de bon et d'efficacité ?et : le peuple est-il réellement mature, pour qu'on le laisse décider d'un futur alors qu'il ne veut que du présent ?

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