L'Italie complice des tortures de la CIA, selon la CEDH

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    STRASBOURG, 23 février (Reuters) - Le gouvernement italien 
s'est rendu complice des tortures infligées à l'imam égyptien 
Abou Omar, enlevé par des agents de la CIA en 2003 à Milan, et 
transféré secrètement au Caire, affirme mardi la Cour européenne 
des droits de l'homme. 
    L'enlèvement d'Osama Moustafa Hassan Nasr, le nom d'état 
civil d'Abou Omar, s'inscrivait dans la pratique des 
"extraordinary renditions" (ou transfèrements extrajudiciaires), 
mise en oeuvre par l'administration de George Bush, dans la 
foulée des attentats du 11 septembre 2001. 
    Le prédicateur, membre du Jama'a al-Islamiya, un mouvement 
islamiste considéré comme terroriste par l'Egypte, bénéficiait 
alors du statut de réfugié politique en Italie. 
    Cet homme de 53 ans, qui vit actuellement à Alexandrie, 
affirme avoir été interrogé et torturé pendant sept mois. 
    L'Italie est à ce jour le seul pays européen dont la justice 
a mené une enquête approfondie sur un cas d'enlèvement opéré sur 
son sol par la CIA. 
    Les condamnations de 22 agents secrets américains n'ont 
toutefois été rendues que par contumace, aucun mandat 
d'extradition n'ayant été lancé contre eux. Celles de cinq 
agents de renseignement italiens ont été annulées par une grâce 
présidentielle ou par la Cour de cassation italienne au nom du 
secret d'Etat. 
    Dans son arrêt, rendu à l'unanimité des juges, la Cour de 
Strasbourg dénonce cette "impunité". 
    "Malgré le travail des enquêteurs et des magistrats italiens 
qui a permis d'identifier les responsables et de prononcer des 
condamnations à l'égard de ceux-ci, les condamnations sont 
restées sans effet en raison de l'attitude de l'exécutif. Le 
principe légitime du 'secret d'Etat' a été de toute évidence 
appliqué afin d'empêcher les responsables de répondre de leurs 
actes", dit-elle. 
    La juridiction du Conseil de l'Europe condamne l'Italie pour 
violation de l'interdiction de la torture et de la détention 
arbitraire ainsi que pour violation du droit au respect de la 
vie privée et familiale et du droit à un recours effectif. 
    Elle accorde 70.000 euros au titre du dommage moral à Abou 
Omar et 15.000 euros à son épouse, Nabila Ghali pour les 
souffrances induites par l'enlèvement de son mari. 
    L'imam égyptien s'est déjà vu accorder un million d'euros à 
titre provisoire dans le cadre du procès des agents américains, 
somme qui n'a toujours pas été versée.  
    La justice milanaise l'a par ailleurs condamné en 2006, par 
contumace, à six ans de réclusion criminelle pour terrorisme 
international. 
    La Cour européenne des droits de l'homme a déjà condamné la 
Macédoine et la Pologne pour leur participation au programme de 
transfèrements extrajudiciaires de la CIA. 
 
 (Gilbert Reilhac, édité par Yves Clarisse) 
 
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  • jjd47 il y a 11 mois

    UBUESQUE!!!