L'Islande ne veut pas être inondée de capitaux étrangers

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    par Marc Jones 
    LONDRES, 31 janvier (Reuters) - L'Islande envisage de 
soumettre à l'impôt les étrangers qui souscrivent à ses emprunts 
ou de mettre fin à certains privilèges sur les intérêts pour 
éviter d'être submergée par des flux financiers que les taux 
d'intérêt les plus élevés d'Europe occidentale attirent comme un 
aimant. 
    L'Islande est près de supprimer le contrôle des changes mis 
en place depuis "la troisième plus grande faillite de l'histoire 
de l'humanité", suivant les propres termes du gouverneur de la 
banque centrale Mar Gudmundsson. 
    Avec une économie en plein redressement et des taux 
d'intérêt de 5,75%, alors qu'ils sont pratiquement nuls dans le 
reste de l'Europe, les autorités locales craignent de devoir 
faire face à une déferlante de capitaux étrangers. 
    "Les conditions pour lever le contrôle des capitaux sont 
bonnes; elles n'ont jamais été meilleures", a dit Gudmundsson à 
Reuters. "Un excédent des comptes courants, des réserves 
élevées, un excédent budgétaire et, espérons-le, une inflation 
qui n'est pas encore trop élevée". 
    L'effet inflationniste des hausses salariales en Islande est 
compensé par de la déflation importée du fait de la chute des 
cours pétroliers. 
    La première étape de la procédure se fera sans doute dans 
les mois qui viennent, pense-t-il. Il s'agira de supprimer 
l'encadrement des fonds "couronne offshore" des étrangers, qui 
représentent 14% environ du PIB islandais. 
    Une fois cela fait, la banque centrale utilisera une partie 
de ses réserves de change pour parer à tout réaction brutale, 
avant de procéder à la levée des contrôles pour l'ensemble de la 
population, une opération encore plus délicate qui se fera 
"peut-être à l'automne ou, espérons-le, au moins avant la fin de 
l'année". 
     
    OUTILS DE PRÉVENTION 
    Au vu des taux d'intérêt relativement élevés en Islande, il 
est peu probable que les résidents se hâtent de retirer leurs 
économies des banques et il est plus probable que ce soit les 
investisseurs étrangers qui se pressent aux guichets pour 
déposer, analyse le gouverneur de la banque centrale. 
    L'afflux de fonds étrangers dans les banques locales est 
l'une des raisons qui ont provoqué la crise financière de 2008 
en Islande et le pays a instauré toute une batterie de mesures 
pour éviter que cela se reproduise.  
    Mais à présent, le problème est différent: ses emprunts ont 
un tel succès que hausser les taux d'intérêt n'a pratiquement 
plus d'effet. Il lui faut dès lors élaborer des contre-mesures. 
    "Nous concevons certains outils dont nous espérons n'avoir 
pas à nous servir souvent mais qui seront toujours disponibles 
si les flux de capitaux dans le marché obligataire faisaient 
qu'il nous soit très difficile de gérer notre propre politique 
monétaire", observe Gudmunsson.  
    "En théorie, on peut choisir la voie fiscale, donc, plutôt 
que d'avoir un taux d'intérêt disons de 6%, on a un taux 
d'intérêt réel de 3% à 4%. On peut faire la même chose avec des 
réserves non rémunérées". 
    Un autre problème auquel l'Islande est confrontée c'est la 
nouvelle union bancaire de la zone euro, préjudiciable, à son 
sens, aux pays conservant leur propre monnaie. Reykjavik 
pourrait également entrer en conflit avec Bruxelles sur l'usage 
de règles macroprudentielles pour combattre des phénomènes tels 
que l'afflux excessif de capitaux.  
    "Si nous devions instaurer des règles prudentielles pour que 
nous puissions conduire notre politique monétaire en toute 
indépendance et assurer notre stabilité financière, et que ces 
règles soient réputées enfreindre celles de l'Union européenne, 
alors il nous faudrait bien admettre qu'il y a un problème", 
observe Gudmunsson. 
    "Si quelqu'un me dit de sauter d'un avion sans parachute, je 
lui dis: 'Merci bien! Je préfèrerais avoir un parachute'".     
     
 
 (Wilfrid Exbrayat pour le service français) 
 
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