L'Irlande pénalise les clients des prostituées

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    par Emma Batha 
    LONDRES, 23 février (Fondation Thomson Reuters) - Les 
clients des travailleuses du sexe s'exposent en Irlande au 
paiement d'une amende, voire à une peine de prison, depuis 
l'entrée en vigueur mercredi d'un dispositif visant à éradiquer 
la traite des être humains et à protéger les femmes. 
    L'Irlande rejoint ainsi le Canada, la Suède, la Norvège, la 
France ou encore l'Irlande du Nord où la législation vise la 
clientèle plutôt que les prostituées. 
    Cette nouvelle loi est pourtant combattue par certaines 
travailleuses du sexe qui redoutent que la prostitution soit 
reléguée dans la clandestinité et fragilise les femmes 
contraintes de travailler dans des endroits de plus en plus 
isolés. 
    Entrée en vigueur mercredi, la nouvelle loi prévoit que 
quiconque recourra aux services d'une travailleuse du sexe sera 
passible d'une amende de 500 euros qui pourra être doublée en 
cas de récidive. Une peine de prison est en outre prévue lorsque 
la prostituée est victime de la traite des êtres humains. 
    "Pour la première fois de notre histoire, la loi va faire 
peser la responsabilité sur les exploiteurs et non sur les 
exploités", se félicite Rachel Morgan, qui a milité en faveur de 
la nouvelle loi. 
    "Elle éduquera les prochaines générations sur le fait qu'il 
est illégal de payer pour s'introduire dans le corps de 
quelqu'un d'autre et associera la prostitution à l'acte de 
violence qu'elle est réellement", explique Rachel Morgan, qui 
s'est prostituée pendant sept ans dès ses quinze ans. 
     
    DES CENTAINES DE FEMMES EXPLOITÉES 
    Les adversaires de la loi jugent de leur côté qu'elle 
empêchera les travailleurs du sexe de jauger un client ou de 
négocier avec lui avant de monter dans son véhicule. 
    Selon Laura Lee, prostituée et diplômée de droit, les 
agressions vont se multiplier contre les travailleurs du sexe. 
Elle avance en outre que la question du trafic d'êtres humains a 
été exagérée en Irlande. 
    "Cela n'a rien à voir avec le trafic, c'est un écran de 
fumée", estime-t-elle. "C'est une abolition camouflée et une 
tentative de mettre un terme définitif à la prostitution. Nous 
devrions nous pencher sur les femmes les plus vulnérables dans 
la société et non pas rendre leur vie dix fois plus difficile." 
    Selon le gouvernement, qui a consulté des représentants des 
partisans et des adversaires du projet, les recherches montrent 
qu'en Suède et en Norvège, les travailleuses du sexe n'ont pas 
été exposées à davantage de risques après l'application de 
législations similaires. 
    Ruhama, une organisation qui soutient les femmes touchées 
par la prostitution et cofondatrice de la campagne "Turn Off The 
Red Light" qui vise à mettre fin à la prostitution et à 
l'exploitation sexuelle, estime à plusieurs centaines le nombre 
de femmes de femmes exploitées dans le pays. 
    Un quart des femmes auxquelles Ruhama vient en aide sont 
originaires de pays tels que le Nigeria, le Brésil, la Colombie, 
la Roumanie and la Bulgarie. 
    "Nous voyons des femmes qui ont été totalement dupées. On 
leur a dit qu'elles auraient un emploi de nourrice, qu'elles 
apprendraient l'anglais. Mais elles sont directement placées 
dans une maison de passe", déplore Sarah Benson, présidente de 
Ruhama. 
    "Certaines sont cassées. Elle sont susceptibles d'être 
violées par ceux qui ont organisé leur trajet ou les ont reçues 
dans ce pays." 
    Certaines femmes sont en outre prises au piège des dettes 
qu'elles ont contractées pour se procurer des passeports, des 
billets d'avion et payer leur loyer. 
    Si la loi ne mettra pas fin à la prostitution, elle 
permettra à l'Irlande d'être moins intéressante pour les 
trafiquants, prédit Sarah Benson. 
 
 (Nicolas Delame pour le service français; La Thomson Reuters 
Foundation est la fondation caritative de Thomson Reuters qui se 
consacre à la couverture des sujets humanitaires et liés aux 
droits des femmes, à la lutte contre la corruption et au 
changement climatique) 
 
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