L'Irlande du Nord plonge dans la crise politique

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BELFAST, 10 septembre (Reuters) - Le chef du gouvernement nord-irlandais Peter Robinson a mis sa menace à exécution jeudi en démissionnant, plongeant l'Irlande du Nord dans une grave crise politique. Le chef du file du Parti démocratique d'Ulster (DUP) réclame toujours que Londres suspende les institutions politiques nord-irlandaises afin de faciliter des discussions visant à sauver le système de partage du pouvoir avec le Sinn Féin, qui fut longtemps la branche politique de l'Ira. (voir ID:nL5N1194OS ) Mais il a déclaré jeudi à la presse qu'il avait décidé de "(se) retirer de son poste de Premier ministre avec effet immédiat" et a indiqué que la totalité des ministres DUP l'imitaient à l'exception de la ministre des Finances, Arlene Foster. "J'ai demandé à Arlene de rester à son poste de ministre des Finances et de Première ministre en exercice pour nous assurer que les nationalistes et les républicains ne puissent prendre de décisions liées aux finances qui pourraient être préjudiciables à l'Irlande du Nord", a-t-il dit. La crise, l'une plus graves depuis les accords de paix d'avril 1998 qui ont ouvert la voie à un partage du pouvoir entre les unionistes protestants et les nationalistes catholiques, trouve son origine dans un meurtre commis cet été et que la police a lié à l'ex-Armée républicaine irlandaise, aujourd'hui dissoute. Le Sinn Féin a annoncé mercredi que son président pour l'Irlande du Nord, Bobby Storey, un ancien combattant de l'Ira, figurait parmi les trois suspects arrêtés en relation avec l'assassinat de Kevin McGuigan, autre vétéran du mouvement armé abattu le 12 août dernier devant sa maison à Belfast. Le DUP, estimant qu'il ne pouvait plus faire confiance au Sinn Féin, avait aussitôt menacé de quitter le gouvernement si Londres ne suspendait pas l'Assemblée de Belfast. Le Parti unioniste d'Ulster (UUP), deuxième parti unioniste d'Irlande du Nord derrière le DUP, avait quant à lui déjà claqué la porte du gouvernement en dénonçant le "manque de crédibilité" du parti nationaliste irlandais. A Londres, l'entourage de David Cameron faisait savoir dans la journée que David Cameron était "gravement préoccupé" par la situation en Irlande du Nord. Mais sa secrétaire d'Etat chargée de l'Irlande du Nord, Theresa Villiers, a jugé cette semaine que Londres ne considérait pas qu'une suspension de l'Assemblée de Belfast serait la chose à faire dans "les circonstances actuelles". De son côté, le président du Sinn Féin, Gerry Adams, a exprimé l'espoir que Londres et Dublin, les deux parrains du processus, "soutiendront l'intégrité de ces institutions et diront clairement qu'elles ne les suspendront pas" et a estimé que même fragilisées, ces dernières étaient "préférables à une institution de guerre". En 2002, une précédente crise avait conduit à la suspension des institutions. Il avait fallu cinq ans pour que les partis des deux communautés acceptent de siéger de nouveau. Avec le départ du DUP, l'administration de l'Irlande du Nord devrait temporairement échoir à Londres avant de possibles nouvelles élections. (Amanda Ferguson avec Padraic Halpin à Dublin et Michael Holden à Londres; Henri-Pierre André pour le service français)

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