L'Irlande du Nord plonge dans la crise politique

le , mis à jour à 23:06
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(Actualisé avec McGuinness, §§ 18-20) par Amanda Ferguson BELFAST, 10 septembre (Reuters) - Le chef du gouvernement nord-irlandais Peter Robinson a mis sa menace à exécution en annonçant jeudi sa démission, plongeant l'Irlande du Nord dans une grave crise politique. Le chef du file du Parti démocratique d'Ulster (DUP) réclame toujours que Londres suspende les institutions politiques nord-irlandaises afin de faciliter des discussions visant à sauver le système de partage du pouvoir avec le Sinn Féin, qui fut longtemps la branche politique de l'Ira. (voir ID:nL5N1194OS ) Mais il a déclaré jeudi à la presse qu'il avait décidé de "(se) retirer de son poste de Premier ministre avec effet immédiat" et a indiqué que la totalité des ministres DUP l'imitaient à l'exception de la ministre des Finances, Arlene Foster. "J'ai demandé à Arlene de rester à son poste de ministre des Finances et de Première ministre en exercice pour nous assurer que les nationalistes et les républicains ne puissent prendre de décisions liées aux finances qui pourraient être préjudiciables à l'Irlande du Nord", a-t-il dit. La crise, l'une plus graves depuis les accords de paix d'avril 1998 qui ont ouvert la voie à un partage du pouvoir entre les unionistes protestants et les nationalistes catholiques, trouve son origine dans un meurtre commis cet été et que la police a lié à l'ex-Armée républicaine irlandaise, aujourd'hui dissoute. Kevin McGuigan, vétéran de l'Ira, a été abattu le 12 août dernier devant sa maison à Belfast. Un des hauts responsables du Sinn Féin, son président pour l'Irlande du Nord, Bobby Storey, autre vétéran du mouvement armé, était au nombre des trois suspects arrêtés en relation avec l'assassinat. "ON NE PEUT PAS CONTINUER COMME SI DE RIEN N'ÉTAIT" En début de soirée, moins d'une heure après l'annonce de Robinson, la police nord-irlandaise a annoncé la remise en liberté sans condition de Storey. Mais pour les partis unionistes, l'assassinat de McGuigan est la preuve que, contrairement aux affirmations du Sinn Féin, l'Ira est toujours active dans la province. A l'annonce, mercredi, de l'arrestation de Storey, le DUP avait menacé de quitter le gouvernement si Londres ne suspendait pas l'Assemblée de Belfast. "On ne peut pas continuer comme si de rien n'était lorsque le président de votre principal partenaire au gouvernement est arrêté au sujet d'un meurtre", a expliqué Peter Robinson jeudi en annonçant son départ de l'exécutif. Le Parti unioniste d'Ulster (UUP), deuxième parti unioniste d'Irlande du Nord derrière le DUP, avait quant à lui claqué la porte du gouvernement dès la fin du mois d'août en dénonçant le "manque de crédibilité" du parti nationaliste irlandais. A Londres, l'entourage de David Cameron a fait savoir dans la journée que le Premier ministre britannique était "gravement préoccupé" par la situation en Irlande du Nord. Sa secrétaire d'Etat chargée de l'Irlande du Nord, Theresa Villiers, a réagi à la démission de Peter Robinson en appelant les partis politiques irlandais au dialogue. "C'est un triste jour pour le processus politique en Irlande du Nord mais je crois qu'il importe aussi de se rappeler qu'il y en a déjà eu un certain nombre et que des solutions ont été trouvées par les dirigeants d'Irlande du Nord en s'asseyant autour d'une table et en coopérant", a-t-elle dit. LONDRES ET DUBLIN APPELLENT AU DIALOGUE "C'est ce que ce que nous allons devoir faire dans les jours et les semaines à venir." Theresa Villiers avait jugé cette semaine que Londres ne considérait pas qu'une suspension de l'Assemblée de Belfast serait la chose à faire dans "les circonstances actuelles". A Dublin, le ministre irlandais des Affaires étrangères, Charlie Flanagan, a lui aussi appelé les partis nord-irlandais à chercher une solution de la "dernière chance" mais a admis que le temps commençait à manquer. De son côté, le Sinn Féin maintient que l'Ira a "quitté la scène" après le cessez-le-feu de 2005. Et pour Martin McGuinness, un de ses plus hauts responsables et vice-Premier ministre du gouvernement de "dévolution" de Belfast, il est "ridicule" que des meurtriers de droit commun "aient la capacité de mettre à bas des institutions démocratiques qui ont le soutien écrasant du peuple irlandais". Dans la soirée, Martin McGuinness a estimé que des discussions entre les partis politiques d'Irlande du Nord pouvaient permettre de sortir de cette crise. "Si l'initiative du DUP a pour but d'ouvrir la voie à des discussions qui débuteraient lundi prochain, nous ferons certainement tout ce qui est en notre pouvoir pour que cela marche", a-t-il dit sur la RTE. "Je pense que s'il y a une volonté de régler ces questions difficiles, cela pourra certainement se faire", a-t-il ajouté. En 2002, une précédente crise avait conduit à la suspension des institutions. Il avait fallu cinq ans pour que les partis des deux communautés acceptent de siéger de nouveau. Avec le départ du DUP, l'administration de l'Irlande du Nord devrait temporairement échoir à Londres avant de possibles nouvelles élections. (avec Padraic Halpin à Dublin et Michael Holden à Londres; Henri-Pierre André et Guy Kerivel pour le service français)

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