L'Iranien Jafar Panahi réalise en cachette un nouveau film

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par Mike Collett-White

BERLIN (Reuters) - Le film "Pardé", en compétition au festival de Berlin, a été coréalisé secrètement par l'Iranien Jafar Panahi, célèbre réalisateur interdit de tournage pour vingt ans par le gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad.

La première du film a lieu mardi dans le cadre de la Berlinale, mais le réalisateur ne devrait pas pouvoir y assister en dépit d'une demande d'autorisation émanant, selon l'organisation du festival, du gouvernement allemand.

C'est le deuxième film que Jafar Panahi réalise depuis qu'il est interdit de tournage, après "Ceci n'est pas un film" (2011), film dont l'histoire veut qu'il soit sorti d'Iran dans une clé USB dissimulée dans un gâteau.

Le coréalisateur du film, Kamboziya Partovi, est également iranien. Lors d'une conférence de presse, il a dit ne pas savoir si le film aurait ou non des conséquences en ce qui concerne Panahi ou l'équipe du film.

"Rien ne s'est produit pour le moment", a-t-il expliqué. "Nous ignorons ce que l'avenir nous réserve."

Jafar Panahi a été condamné en 2010 pour "propagande contre le système" à vingt ans d'interdiction de tournage et six ans de prison. Il est aujourd'hui en résidence surveillée.

Son engagement politique en faveur de l'opposition et ses films engagés politiquement, notamment contre les inégalités et l'absence de liberté, lui ont attiré les foudres du régime.

ALLÉGORIE

Parmi les films qui l'ont rendu célèbre, "le Cercle", Lion d'or à Venise en 2000 et "Sang et or", prix du jury Un certain regard à Cannes en 2003, abordaient ces deux thématiques et ont été interdits en Iran.

"Pardé" se déroule dans une villa vide en Iran, probablement aux abords de la mer Caspienne.

Un homme, joué par Kamboziya Partovi, s'y coupe du monde en condamnant portes et fenêtres, avec un chien pour seule compagnie.

En regardant la télévision qui se trouve à l'intérieur de la villa, on découvre que les chiens sont persécutés à l'extérieur.

Dans cette allégorie de la vie de Jafar Panahi en résidence surveillée, on voit à un moment le réalisateur marcher dans la mer, allusion à un suicide.

"Il ne pensait pas tout le temps au suicide, non, sinon il n'aurait pas été capable de faire ce film", a déclaré Kamboziya Partovi. "Mais si je m'imagine empêché de travailler et ne pouvant rien faire d'autre que de rester assis chez moi, je suis sûr que je commencerais à penser au suicide."

Selon le coréalisateur, "Pardé" a été fait avec l'envie de s'exprimer, même si les Iraniens ne pourront probablement pas voir le film.

La Berlinale, qui se déroule du 7 au 17 février, pourrait récompenser le nouveau film de Jafar Panahi, souvent considéré comme l'un des "chouchous" des festivals occidentaux.

Corentin Dautreppe pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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