L'Iran redevient une terre promise pour les entreprises

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 (Rpt d'une dépêche diffusée dimanche, ajout du dernier §) 
    * L'économie iranienne "libérée de ses chaînes", dit Rohani 
    * Le pays espère attirer $30-50 mds de capitaux en cinq ans 
    * Rohani prédit une croissance de 5% dès le prochain 
exercice 
    * Le ministère des Transports annonce la commande de 114 
Airbus 
    * Les entreprises prudentes avec le risque de "snap-back" 
 
    par Andrew Torchia 
    DUBAI, 17 janvier (Reuters) - Une méga-commande d'avions 
Airbus  AIR.PA  pourrait marquer le retour de l'Iran dans le 
commerce mondial et l'avènement d'un boom des échanges et des 
investissements qui remodèlera l'économie du Proche et du 
Moyen-Orient. 
    "L'économie iranienne est libérée des chaînes des sanctions, 
il est temps de construire et de croître", a tweeté samedi le 
président Hassan Rohani après l'annonce de la levée des 
sanctions internationales qui frappaient son pays depuis cinq 
ans en raison du programme nucléaire de Téhéran. 
    Quelques heures plus tôt, son ministre des Transports Abbas 
Akhoondi avait déclaré à l'agence de presse Tasnim que l'Iran 
commanderait 114 avions civils à Airbus, un contrat qui pourrait 
dépasser les 10 milliards de dollars aux prix catalogue. 
    L'avionneur européen a dit ne pas avoir encore ouvert de 
négociations commerciales avec l'Iran et, de fait, les 
entreprises occidentales souhaitant revenir dans le pays 
resteront confrontées à d'importants obstacles dans l'immédiat. 
    Parmi les risques bien identifiés figurent l'endettement 
élevé des banques iraniennes, un système juridique primitif, la 
rigidité du marché du travail et la corruption. Nombre 
d'entreprises étrangères hésiteront aussi à investir en Iran du 
fait du risque de rétablissement automatique ("snap-back") des 
sanctions si Téhéran ne respecte pas ses engagements pris lors 
de l'accord du 14 juillet 2015 sur le nucléaire. 
    Mais l'annonce sur Airbus vient souligner le potentiel de 
l'Iran : avec une population de 80 millions d'habitants et une 
production annuelle de quelque 400 milliards de dollars, c'est 
le plus important pays à rejoindre le commerce mondial depuis 
l'éclatement de l'ex-Union soviétique au début des années 1990. 
    La levée des sanctions permettra au pays d'acheter de 
nouveau non seulement des avions et des biens d'équipement 
industriels mais aussi de se fournir en médicaments et en 
produits de grande consommation. 
    L'Iran ne manquera pas d'argent pour payer ses importations 
nouvelles puisque le gouvernement reprend le contrôle de 
dizaines de milliards de dollars d'actifs à l'étranger qui 
avaient été gelés dans le cadre des sanctions. 
    Washington a évoqué plus de 100 milliards de dollars 
d'actifs débloqués mais la banque centrale iranienne parle plus 
modestement de 29 milliards de dollars, de quoi couvrir tout de 
même plusieurs mois d'importations de biens et de services. 
    L'Iran bénéficiera aussi de l'augmentation de ses 
exportations de pétrole qu'il peut de nouveau vendre librement 
sur le marché mondial, même s'il n'en tirera qu'un revenu limité 
dans un premier temps du fait de la déprime des cours du brut et 
des efforts nécessaires pour remettre en état ses installations. 
    Le président Rohani a déclaré dimanche au Parlement que le 
pays comptait attirer 30 à 50 milliards de dollars 
d'investissements étrangers dans les cinq prochaines années pour 
porter sa croissance à 8% alors qu'elle est actuellement autour 
de zéro. Une telle performance rappellerait les années fastes 
connues par les "dragons" asiatiques. 
    "La politique gouvernementale iranienne de l'ère 
post-sanctions aura pour priorité d'attirer les investissements 
étrangers, de développer les exportations non pétrolières et 
d'utiliser au mieux les actifs financiers", a-t-il dit. 
    Dans une interview télévisée, il a ensuite dit prévoir une 
croissance de 5% dès le prochain exercice débutant en mars, en 
promettant aux investisseurs une stabilité économique et 
politique. 
 
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    Graphique sur l'économie iranienne  http://reut.rs/1P8jWNx 
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    RETROUVER LA CROISSANCE 
    Beaucoup d'économistes pensent que ces objectifs seront 
difficiles à atteindre sans réformes du marché du travail et du 
cadre réglementaire du pays, ce qui risque de prendre des 
années. 
    La levée des sanctions devrait néanmoins avoir un effet 
immédiat sur l'activité. Les analystes estiment qu'un tiers de 
l'appareil industriel iranien a été mis en sommeil par les 
sanctions et ils s'attendent à ce qu'il se remette rapidement en 
marche à mesure que le pays retrouvera ses débouchés à l'export. 
    Cela ne sera pas sans conséquence sur les équilibres 
économiques dans le Golfe. Pendant les sanctions, les flux 
d'investissements se dirigeaient vers les exportateurs arabes de 
la région, avec en tête l'Arabie saoudite et son produit 
intérieur brut de 650 milliards de dollars. 
    Les pétromonarchies du Golfe sont directement impactées par 
l'effondrement des cours du brut, qu'elles ont pourtant 
contribué à déclencher en produisant massivement pour défendre 
leurs parts de marché face à d'autres producteurs aux prix de 
revient plus élevés comme les Etats-Unis ou la Russie. 
    L'Iran, qui a une économie plus diversifiée avec par exemple 
une importante production agricole et une industrie automobile, 
est moins exposée à la baisse des cours du brut et pourrait donc 
amorcer un rattrapage avec le rival saoudien, ne serait-ce qu'en 
retrouvant ses niveaux d'export d'avant les sanctions. 
    Les échanges commerciaux de la République islamique avec 
l'Union européenne représentaient ainsi 27,8 milliards d'euros 
en 2011, avant les sanctions, avant de tomber à 7,6 milliards 
d'euros en 2014. 
    Dans la lutte qui va s'engager pour reprendre pied en Iran, 
les entreprises américaines risquent d'être à la traîne du fait 
du maintien de sanctions bilatérales antérieures à la crise 
nucléaire.  
    Le Trésor américain a fait savoir samedi qu'il permettrait 
aux filiales étrangères de firmes américaines de commercer avec 
l'Iran, un filon que les grandes multinationales devraient 
s'empresser d'utiliser. Mais elles pourraient aussi rester sur 
leurs gardes, attendant d'une part de connaître la position du 
prochain président américain sur l'Iran et craignant de l'autre 
des ennuis de la part d'actionnaires ou de groupes de pression 
si elles investissent dans ce pays longtemps sur liste noire. 
    Les autres se pressent au portillon. 
    Samedi matin, quelques heures avant l'annonce de la levée 
des sanctions, de hauts responsables de Total  TOTF.PA  et de 
Shell  RDSa.L  sont arrivés à Téhéran pour des discussions avec 
la compagnie pétrolière nationale NIOC et la compagnie de 
transport de pétrole NITC, a rapporté l'agence de presse Mehr. 
    Dans l'industrie automobile, PSA Peugeot Citroën  PEUP.PA , 
premier constructeur européen en Iran jusqu'aux sanctions, 
espère y retrouver son rang mais se heurte aux ambitions de son 
concurrent et compatriote Renault  RENA.PA .   
    L'allemand Daimler  DAIGn.DE  a dit la semaine dernière 
avoir des contacts avec des partenaires iraniens potentiels en 
vue d'un retour de ses véhicules commerciaux dans le pays. 
    La Fédération allemande des Chambres de commerce et 
d'industrie (DIHK) estime que les exportations de l'Allemagne 
vers l'Iran devraient doubler à cinq milliards d'euros dans les 
prochaines années, et le ministre de l'Economie Sigmar Gabriel a 
annoncé dimanche qu'il serait de retour à Téhéran début mai 
après une première visite en juillet dernier.       
 
 (avec Bozorgmehr Sharafedin à Dubaï, Soyoung Kim à Washington 
et Edward Taylor à Francfort; graphique de Gustavo Cabrera 
Cervantes; Véronique Tison pour le service français) 
 

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