L'Iran ne règlera pas ses problèmes en une nuit, prévient Rohani

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par Zahra Hosseinian et Marcus George

DUBAI (Reuters) - Hassan Rohani s'est gardé de tout triomphalisme après sa victoire surprise au premier tour de l'élection présidentielle en Iran et il a prévenu dimanche ses compatriotes que le camouflet infligé aux conservateurs ne signifiait pas que leurs problèmes seraient réglés du jour au lendemain.

L'élection de ce dignitaire religieux "modéré" a déclenché des scènes de liesse dans les rues de Téhéran, où la jeunesse iranienne a célébré sa "revanche" sur la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad il y a quatre ans et sur la répression du mouvement de contestation qu'elle avait provoquée.

Certains ont effectué le V de la victoire et ont scandé des slogans en faveur de Mirhossein Moussavi, candidat réformateur malheureux en 2009. "Moussavi, Moussavi, j'ai repris ton vote" et "Moussavi, Moussavi, bravo pour ta victoire", ont crié ses partisans.

Hassan Rohani, auquel le camp réformateur s'était rallié un peu par défaut après l'éviction par le pouvoir de l'ancien président Akbar Hachemi Rafsandjani en mai, a salué dans son premier discours, samedi, une victoire "de la modération" et, selon des propos rapportés par son site internet, "la foi en l'avenir du peuple iranien".

Mais refusant d'incarner une rupture avec le régime, il a aussi tendu la main aux "principlistes", les fidèles du guide suprême de la Révolution islamique, l'ayatollah Ali Khameni, qui concentre la réalité du pouvoir et a le dernier mot sur tout.

D'après des médias iraniens, le Guide de la révolution, véritable homme fort du pays, a reçu dimanche le président élu, l'a félicité, lui a souhaité bonne chance à son poste et lui a dispensé "les orientations nécessaires".

CHANGEMENT GRADUEL

Dimanche, le président élu s'est à nouveau employé à tempérer l'enthousiasme et les attentes des Iraniens en les invitant à la patience.

"Les problèmes du pays ne seront pas résolus en une nuit et il faut que cela se produise par étapes et en consultant les experts (religieux)", a-t-il dit à l'agence officielle Irna.

Bien qu'encore grisée par la fête de la veille, pendant laquelle la police s'est gardée d'intervenir et a même parfois, selon des témoins, échangé des blagues avec les manifestants, Téhéran avait retrouvé une activité normale dimanche matin.

Tout en reconnaissant que la victoire de Hassan Rohani peut augurer un changement, au moins de ton, les spécialistes de la politique iranienne se montrent prudents sur la tournure que pourraient désormais prendre les événements.

"Il y a des raisons d'être optimiste à propos de la victoire de Rohani. Il est calme, pragmatique et plus raisonnable que la plupart des politiciens iraniens", écrit Alireza Nader, analyste du centre de réflexion Rand Corporation.

"Mais il faut être très prudent. Rohani fait partie du système, ce n'est pas un réformateur. Il a fait figure de candidat d'alternance par rapport à des gens comme l'ancien président Mahmoud Ahmadinejad. Cela mettait la barre bien bas."

L'un des premiers tests des intentions du nouveau président et, par ricochet, de la disposition de l'ayatollah Khamenei à accepter un assouplissement de la ligne dure adoptée ces dernières années, sera le sort réservé à Mirhossein Moussavi et Mehdi Karoubi, l'autre chef de file du "mouvement vert" de 2009, placés en résidence surveillée depuis deux ans.

QUEL SORT POUR MOUSSAVI?

Leurs partisans ont multiplié les appels à leur libération pendant la campagne électorale, y compris pendant les meetings de Hassan Rohani, et ne comprendraient pas que ce dernier n'agisse pas en leur faveur.

"La victoire écrasante de Rohani devra se traduire en actes, et pas seulement cosmétiques, mais cela voudrait dire qu'un certain nombre de personnes admettent que les huit dernières années ont été une aberration", souligne Ali Ansari, professeur à l'Université St Andrew, en Ecosse.

"Je ne perçois pas ce changement de ton quand je lis (le journal conservateur) Kayhan. J'ai encore des réserves."

Ces réserves sont d'autant plus grandes que la complexité du système politique iranien limite grandement la marge de manoeuvre du président.

"Il ne faut pas oublier que l'Iran est dirigé par des institutions complexes et des centres de pouvoir en concurrence les uns avec les autres qui, par nature, préfèrent la continuité au changement radical", relève Ali Vaez, chercheur du centre de réflexion International Crisis Group.

Or, comme l'a rappelé à l'agence Isna le député conservateur Ahmad Tavakoli, "l'orientation générale du pays est décidée par le guide suprême (...) et M. Rohani va naturellement coopérer avec lui".

Avec Yeganeh Torbati; Tangi Salaün pour le service français

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