L'Iran engagé de plus en plus ouvertement en Syrie

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    par Bozorgmehr Sharafedin et Babak Dehghanpisheh 
    DUBAI/BEYROUTH, 22 septembre (Reuters) - Après des années de 
discrétion, l'Iran cache de moins en moins son implication dans 
le conflit syrien et les recruteurs exercent désormais 
ouvertement au nom de la défense de la République islamique et 
des chiites en péril face aux extrémistes sunnites. 
    Les volontaires, encouragés par une opinion acquise à leur 
cause, sont aujourd'hui trop nombreux pour être effectivement 
envoyés en Syrie, selon un ancien combattant interrogé par 
Reuters, ce que confirment des cadres militaires.  
    Téhéran s'est très tôt impliqué militairement aux côtés du 
président Bachar al Assad mais ne parlait que de "conseillers", 
un discours difficile à tenir quand les pertes iraniennes 
s'élèvent à 400 morts. La République islamique compterait 
aujourd'hui plusieurs milliers d'hommes en Syrie, où ils 
participent à la lutte contre les djihadistes de l'Etat 
islamique (EI) et les insurgés sunnites soutenus par les 
monarchies du Golfe.  
    Longtemps hostiles à cette implication, les Iraniens, qui 
n'avaient guère de sympathie pour Assad, sont de plus en plus 
nombreux à considérer l'EI comme une menace pour l'existence de 
leur pays qu'il vaut mieux combattre hors des frontières.  
    "La première ligne de défense de l'Iran se trouve en Syrie 
et en Irak", confirme Mojtaba, un volontaire qui cherche en vain 
à passer la frontière depuis deux ans.  
    A la différence de la Turquie, également très impliquée en 
Syrie, l'Iran a jusqu'ici été épargné par les attentats mais la 
presse annonce régulièrement le démantèlement de cellules 
djihadistes, ce qui alimente le réservoir de volontaires. 
    Pour l'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la 
Révolution, "l'ennemi serait déjà dans le pays", si l'Iran ne 
s'était pas impliqué dans les conflits syrien et irakien.        
    Les autorités iraniennes présentent les volontaires comme 
des "défenseurs du mausolée", terme qui désigne la mosquée de la 
banlieue de Damas où se trouve la sépulture de Sayeda Zeinab, 
petite fille de Mahomet et fille du premier imam chiite.  
    Les morts au combat sont considérés comme des héros et le 
lutteur iranien Saeed Abdevali leur a dédié la médaille de 
bronze qu'il a obtenue aux Jeux olympiques de Rio. 
     
    UN PRESTIGE ATTIRANT 
    Le général Mohsen Kazemeini, commandant des gardiens de la 
Révolution à Téhéran, a reconnu le mois dernier que les 
volontaires étaient si nombreux "qu'un petit nombre seulement" 
était effectivement envoyé en Syrie, selon le site Defa Press. 
    Lassés d'attendre leur tour en Iran, certains devancent 
l'appel et se rendent par leurs propres moyens en Syrie pour 
aller protéger le mausolée de Sayeda Zeinab, rapporte le site 
Modafeon, dédié aux "défenseurs". 
    Le recrutement s'étend même aux communautés chiites du 
Liban, d'Irak, d'Afghanistan et du Pakistan, ce qui accentue le 
caractère confessionnel du conflit. 
    "Ma motivation est la même que celle des Iraniens", témoigne 
un étudiant afghan installé à Mashad qui a combattu 45 jours à 
Alep et à Damas. "Nous combattons comme eux en Syrie, ce qui 
montre que notre cause va bien au-delà des frontières 
géographiques. Nous nous battons pour la défense de nos 
croyances sacrées et de l'idéologie chiite", poursuit-il. 
    "Quand j'ai été déployé, les gens n'étaient pas convaincus 
que notre combat pouvait changer quelque chose. Maintenant, ils 
respectent davantage les combattants parce qu'ils réalisent 
mieux la menace que les rebelles de Syrie et d'Irak représentent 
pour l'Iran." 
    Les volontaires afghans, nommés Fatemiyoun et qui combattent 
sous les ordres des gardiens de la Révolution, sont en outre 
attirés par la promesse de la naturalisation et par la solde, 
qui représente 400 euros par mois, selon un de leur chef 
interrogé par le site d'information Tsanim. 
    Pour les Iraniens, le prestige des volontaires est tel que 
certains vont jusqu'à prétendre avoir combattu en Syrie. En 
août, quatre hommes ont été arrêtés à Mashad pour "avoir essayé 
d'attirer l'attention en inventant des histoires au sujet de 
leur présence sur le front", selon une source judiciaire citée 
par Tasnim.  
 
 (Jean-Philippe Lefief pour le service français) 
 
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