L'Iran dénonce un "génocide" contre les chiites au Yémen

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* Téhéran demande la fin des frappes saoudiennes * Les Saoudiens ne remporteront pas la victoire, prédit Khamenei * Les Houthis prennent une capitale provinciale * Poursuite des combats à Aden dans le sud (Actualisé avec précision, nouveau lead) par Mohammed Mukhashaf ADEN, 9 avril (Reuters) - Le chef suprême de la révolution iranienne, l'ayatollah Ali Khamenei, a présenté jeudi comme un "génocide" les frappes aériennes menées depuis deux semaines au Yémen contre les miliciens chiites houthis et leurs alliés. L'Arabie saoudite, appuyée par quatre monarchies du Golfe, a pris la tête d'une coalition sunnite pour tenter d'enrayer la progression des combattants houthis qui cherchent à s'emparer d'Aden, dernière grande ville encore aux mains des partisans du président Abd-Rabbou Mansour Hadi. Ce dernier s'est réfugié en territoire saoudien. "L'agression saoudienne contre le Yémen et son peuple innocent est une faute", a dit Ali Khamenei lors d'un discours télévisé. "C'est un crime et un génocide qui peut être passible des tribunaux internationaux." L'Arabie saoudite, a ajouté le dirigeant suprême iranien, ne sortira pas victorieuse de ce conflit. Le président iranien Hassan Rohani a également demandé la fin des frappes aériennes. "Une grande nation comme le Yémen ne doit pas être soumise aux bombardements. Nous devons tous réfléchir à la fin de cette guerre. Réfléchissons à un cessez-le-feu", a-t-il dit dans un discours également diffusé à la télévision. "Réfléchissons à ramener les Yéménites à la table des négociations pour qu'ils décident de leur avenir." Il a critiqué l'attitude de Ryad qui, a-t-il estimé, répète les erreurs du passé en attisant les rivalités entre chiites et sunnites. "Vous avez essayé au Liban, et vous avez compris votre erreur. Vous avez essayé en Syrie, et vous avez compris votre erreur. Vous avez aussi compris votre erreur en Irak. Bientôt, vous comprendrez que vous commettez aussi une erreur au Yémen", a-t-il lancé à l'adresse des Saoudiens. DRAPEAUX D'AL QAÏDA Téhéran, accusé par Ryad de soutenir les Houthis, a annoncé mercredi l'envoi de deux navires de guerre au large du Yémen. Le chargé d'affaires saoudien à Téhéran a été convoqué au ministère iranien des Affaires étrangères après les déclarations mercredi soir du général saoudien Ahmed Asseri, qui a affirmé que les Iraniens formaient les combattants houthis. "Ce sont des accusations sans fondement", a dit le ministère. Malgré les frappes aériennes, les combattants houthis, appuyés par des partisans de l'ancien président Ali Abdallah Saleh, ont pris jeudi le contrôle de la ville d'Atak, chef-lieu de la province de Chaboua. Dans cette province pourtant majoritairement peuplée de sunnites, des chefs tribaux et des responsables locaux ont aidé les miliciens chiites à occuper les bâtiments publics et les casernements des forces de sécurité, ont rapporté des habitants. Cette avance rapproche les Houthis de l'important terminal gazier de Belhaf, essentiel à l'économie du pays, situé sur la mer d'Oman à 150 km au sud-est d'Atak. Dans le centre du Yémen, les habitants du district d'Al Siddah ont pu voir à leur réveil des drapeaux d'Al Qaïda flotter sur les bâtiments publics. Ils ont précisé que les combattants djihadistes, dirigés par un chef local, Mamour al Hakem, ont pris le contrôle du secteur durant la nuit. Les Houthis, qui étaient présents sur place depuis plus de deux mois, se sont retirés sans combattre. Al Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), l'une des branches les plus actives du réseau islamiste, cherche à profiter du chaos et du vide politique au Yémen pour renforcer ses positions, notamment dans l'est du pays. POURSUITE DES BOMBARDEMENTS La semaine dernière, Aqpa a attaqué la ville portuaire de Moukalla et en contrôle toujours plusieurs quartiers après une contre-attaque des tribus locales. Les avions de la coalition conduite par les Saoudiens ont poursuivi dans la nuit de mercredi à jeudi leurs raids contre des objectifs militaires et des dépôts de munitions près de la capitale, Sanaa, tenue depuis septembre par les Houthis, ainsi que dans le Nord, près de la frontière saoudienne, et dans le Sud. A Aden, les avions ont frappé à plusieurs reprises un terrain où se rassemblent les combattants houthis à l'est du quartier d'Al Mansoura, ont précisé des responsables locaux. Dans le secteur de Radfan, au sud de la ville de Dhalea, près d'Aden, les forces de la coalition ont largué du matériel destiné aux combattants tribaux restés fidèles au président Hadi. Toujours à Dhalea, des frappes aériennes ont visé dans la nuit une unité de l'armée alliée aux Houthis. Mercredi en fin de journée, les avions de la coalition ont frappé une base militaire près du détroit de Bab al Mandeb, qui relie le golfe d'Aden à la mer Rouge. Cinq soldats ont été tués. La campagne aérienne de la coalition n'a pour l'instant pas atteint son objectif mais les Saoudiens assurent qu'ils sont parvenus à couper les milices chiites alliées aux partisans de l'ancien président Saleh de leurs lignes d'approvisionnement, à détruire des armes et à repousser les Houthis et leurs alliés dans certains secteurs des environs d'Aden. La Croix-Rouge et l'Unicef ont annoncé qu'elles tentaient de faire parvenir une aide humanitaire par avion jeudi à Sanaa. Mercredi, deux navires transportant deux tonnes et demie de médicaments et des chirurgiens sont arrivés à Aden. (Avec Mohammed Ghobari; Nicolas Delame et Guy Kerivel pour le service français)

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