L'Iran accepte d'ouvrir des sites nucléaires à l'AIEA

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ACCORD DE COOPÉRATION ENTRE L'AIEA ET L'IRAN
ACCORD DE COOPÉRATION ENTRE L'AIEA ET L'IRAN

par Lesley Wroughton et John Irish

ABOU DHABI/PARIS (Reuters) - L'Iran s'est engagé lundi auprès de l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA) à prendre une série de mesures censées améliorer la transparence de son programme nucléaire, au sujet duquel John Kerry a dit s'attendre à un accord dans un délai de quelques mois entre les grandes puissances et Téhéran après l'échec des pourparlers de Genève.

Le secrétaire d'Etat américain a en outre démenti toute divergence au sein du groupe P5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu et l'Allemagne) alors que des diplomates ont imputé à la France l'absence d'accord à l'issue de la réunion de Genève.

Signe supplémentaire de l'évolution de la position de l'Iran depuis l'élection d'Hassan Rohani à la présidence du pays en juin, la République islamique a signé lundi une déclaration commune avec l'AIEA à l'occasion d'une visite à Téhéran du directeur général de l'agence onusienne, Yukiya Amano.

L'AIEA et l'Iran sont convenus de "renforcer leur coopération et leur dialogue afin de garantir la nature exclusivement pacifique du programme nucléaire de l'Iran", est-il écrit dans cette déclaration commune, qui comporte en annexe une liste de six premières mesures à prendre par les Iraniens.

Parmi celles-ci, l'Iran va notamment accepter des inspections de son usine d'Arak, qui produit de l'eau lourde pour un réacteur de recherche voisin en construction, ainsi que de sa mine d'uranium de Gachin, deux exigences formulées de longue date par l'AIEA.

"La déclaration commune qui a été signée aujourd'hui représente une feuille de route qui spécifie les mesures bilatérales liées au règlement des questions en suspens", a déclaré Ali Akbar Salehi, directeur de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, lors d'une conférence de presse commune avec Yukiya Amano retransmise à la télévision.

"PAS UNE COURSE"

Le directeur général de l'AIEA a pour sa part souligné que l'accord serait "mis en oeuvre dans les trois prochains mois à compter de ce jour". "Beaucoup de travail reste à accomplir", a-t-il ajouté.

La visite des inspecteurs de l'AIEA à Arak aura lieu "dans un proche avenir" et une nouvelle réunion se tiendra le 11 décembre à Vienne entre l'AIEA et les Iraniens, ont déclaré des experts de l'agence onusienne et d'Iran.

L'AIEA a inspecté Arak pour la dernière fois il y a plus de deux ans et surveille depuis lors le site grâce aux images satellites.

L'Iran va aussi fournir des informations au sujet de futurs réacteurs de recherche et au sujet de 16 sites destinés à accueillir des centrales nucléaires. Les autorités iraniennes s'engagent aussi à clarifier des déclarations passées sur leurs activités d'enrichissement d'uranium.

Tous ces points répondent à des demandes de l'AIEA que l'Iran a ignorées sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, ce qui a alimenté les soupçons de la communauté internationale sur l'existence d'un volet militaire clandestin dans le programme nucléaire iranien.

Parallèlement à ses discussions avec l'AIEA, l'Iran négocie avec six grandes puissances et ces pourparlers qui semblaient proches d'aboutir samedi à Genève n'ont finalement pas été concluants. Les deux parties sont convenues de se retrouver le 20 novembre.

John Kerry, qui avait suspendu vendredi sa tournée au Proche-Orient pour mettre son poids dans les négociations à Genève, a relativisé lundi l'absence d'accord provisoire, qui porterait sur une réduction ou un gel de certaines activités iraniennes en échange d'un allègement progressif et temporaire des sanctions internationales contre Téhéran.

"Il ne s'agit pas d'une course pour parvenir à n'importe quel accord", a souligné le secrétaire d'Etat américain, en visite aux Emirats arabes unis, évoquant une "responsabilité absolue" de rechercher une solution par la voie diplomatique.

John Kerry a assuré que le groupe P5+1 était "uni samedi lorsque nous avons soumis une proposition aux Iraniens, et les Français l'ont signée, nous l'avons signée et tout le monde convenait que c'était une proposition équitable".

"PAS LOIN D'UN ACCORD"

"L'unité était là, mais l'Iran n'a pu l'assumer à ce moment particulier, les Iraniens n'ont pas été en mesure d'accepter cette chose-là", a-t-il ajouté.

Laurent Fabius, qui s'était également rendu à Genève, a lui aussi démenti tout isolement de la France du fait de son éventuelle intransigeance.

"Certains disent 'la France est isolée, elle est suiviste'", a déclaré le ministre français des Affaires étrangères sur Europe 1. "La France n'est ni isolée, ni suiviste, la France est indépendante, elle travaille pour la paix."

"Nous ne sommes pas loin d'un accord avec les Iraniens mais nous n'y sommes pas encore", a-t-il ajouté en évoquant "deux ou trois points qui font encore difficulté avec les Iraniens".

Parmi ces points figurent le site d'Arak et la question de l'enrichissement à 20% de l'uranium par l'Iran, ce qui le rapproche d'une utilisation à des fins militaires.

Le réchauffement diplomatique entre les pays occidentaux et l'Iran a néanmoins trouvé une nouvelle illustration lundi avec l'annonce par la Grande-Bretagne et la République islamique de la relance de leurs relations diplomatiques.

Avec Fredrik Dahl à Vienne, Mahmoud Habboush et Marcus George; Henri-Pierre André, Bertrand Boucey et Eric Faye pour le service français

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  • LeRaleur le lundi 11 nov 2013 à 20:44

    Ça fait 10-15 ans que l'Iran enfume les Occidentaux qui se font entuber comme pas un.

  • 35924358 le lundi 11 nov 2013 à 19:52

    L'Iran cherche encore une fois à gagner du temps. Facile avec la diplomatie américaine et européenne. Plus on discute, plus Téhéran se rapproche du moment crucial où ce pays aura l'arme nucléaire. Le Monde Occidental se sentira tout petit et miséreux. Pitoyable.

  • LeRaleur le lundi 11 nov 2013 à 16:53

    Mais les cachés resteront bien cachés.

  • raich2 le lundi 11 nov 2013 à 14:05

    Fabius est méfiant, et il a bien raison; Il ne souhaite pas se faire piéger par les ayatolas car son fauteuil est en jeu. Quant aux irsaeliens leurs craintes sont légitimes, car l'iran a juré de le détruire, mais ça c'est une autre paire de manche. Envisager une escalade de ses deux états correspondrait à une 3éme guerre mondiale avec plusieurs millions de morts.

  • baljo le lundi 11 nov 2013 à 13:00

    Pas content m. Fabius, comme le GVT israelien. Bientôt plus d'ennemi....