L'Irak propose sa médiation entre l'Arabie saoudite et l'Iran

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 (Actualisé avec poursuite des manifestations chiites) 
    BAGDAD, 6 janvier (Reuters) - L'Irak a proposé mercredi sa 
médiation pour mettre fin à la crise diplomatique entre l'Arabie 
saoudite et l'Iran, estimant que celle-ci risquait de 
déstabiliser davantage l'ensemble de la région. 
    En visite à Téhéran, le chef de la diplomatie irakienne, 
Ibrahim al Djafaari, a souligné que cette crise risquait d'avoir 
de "larges répercussions", une allusion notamment à la lutte 
contre le groupe djihadiste Etat islamique (EI) en Irak et en 
Syrie. 
    "Nous avons des relations solides avec la République 
islamique (d'Iran) et nous avons aussi des relations avec nos 
frères arabes donc nous ne pouvons pas demeurer silencieux face 
à cette crise", a-t-il déclaré au côté de son homologue iranien, 
Mohammad Javad Zarif. 
    L'exécution du dignitaire religieux chiite Cheikh Nimr al 
Nimr par l'Arabie saoudite le week-end dernier a attisé les 
tensions entre sunnites et chiites et provoqué une rupture des 
relations diplomatiques et commerciales entre Ryad et Téhéran - 
Bahreïn, le Soudan, Djibouti et dans une moindre mesure les 
Emirats arabes unis s'étant rangés derrière les Saoudiens. 
    Le gouvernement du Premier ministre chiite Haïdar al Abadi 
s'est dit de son côté "profondément choqué" mais il s'est gardé 
de fermer l'ambassade saoudienne qui a récemment rouvert à 
Bagdad, comme le lui demandent les milices armées chiites et une 
partie de la population. 
     
    MANIFESTATIONS CHIITES 
    De nouvelles manifestations ont rassemblé plusieurs milliers 
de chiites mercredi à Bagdad et dans d'autres villes, en tête 
desquelles flottaient les drapeaux des trois plus puissantes 
milices -- l'organisation Badr, Assaïb Ahl al Haq et Kataëb 
Hezbollah. 
    "Si nos demandes ne sont pas entendues, nous allons durcir 
la contestation", a déclaré Hadj Jawad al Toulaibawi, un 
porte-parole militaire d'Assaïb manifestant sur la place Tahrir 
(place de la Libération) dans la capitale. 
    "Nous disons à Abadi que celui qui dirige doit avoir le 
coeur fort et être courageux. S'il ne l'est pas, il doit 
partir", a-t-il dit à Reuters. 
    A Bassorah, dans le sud du pays, un autre responsable 
d'Assaïb, Abbas al Tamimi, a tenu des propos similaires et 
affirmé que ses partisans n'allaient pas en rester là. 
    "Notre patience envers les crimes des tyrans saoudiens est 
épuisée", a-t-il dit. 
    Les spécialistes de la région soulignent que Haïdar al Abadi 
ne peut pas se permettre de s'aliéner la communauté sunnite 
irakienne s'il veut venir à bout de l'EI, qui a prospéré sur la 
marginalisation des sunnites à l'époque de son prédécesseur, 
Nouri al Maliki. 
    "Abadi a besoin de tous les alliés possibles", souligne Mona 
Alami, chercheuse du centre de réflexion Atlantic Center basée à 
Beyrouth. 
    Le chef du gouvernement irakien, qui a proclamé que 2016 
serait l'année de la "victoire finale" contre l'EI a aussi 
besoin du soutien des pays arabes sunnites, d'autant que ceux-ci 
l'ont appuyé la semaine dernière dans sa dispute avec Ankara à 
propos du déploiement de soldats turcs dans le nord de l'Irak. 
 
 (Maher Chmaytelli; Tangi Salaün pour le service français) 
 
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