L'Irak bombarde l'EI via des infos de trois autres pays

le , mis à jour à 21:16
0

* Création d'un centre de renseignements à Bagdad * Il a été établi avec la Russie, l'Iran et la Syrie * Les infos ont permis de toucher des positions de l'EI * Les USA craignent la montée de l'influence russe (Actualisé avec précisions, commentaires) par Babak Dehghanpisheh BAGDAD, 13 octobre (Reuters) - L'armée irakienne a commencé à bombarder des positions du groupe Etat islamique (EI) grâce à des informations collectées par le nouveau centre de renseignement établi conjointement avec la Russie, l'Iran et la Syrie, a annoncé mardi le président de la commission de Défense du Parlement irakien. Ce centre est opérationnel depuis environ une semaine et a fourni des renseignements qui ont permis des frappes aériennes sur une réunion de dirigeants de l'Etat islamique de rang intermédiaire, a précisé à Reuters Hakim al Zamili, un membre influent de la communauté chiite. Ce nouvel outil basé à Bagdad suggère une perte d'influence des Etats-Unis dans la région pétrolière du Golfe où ils ont été très investis pendant des années. En Syrie voisine, la Russie a commencé il y a deux semaines à bombarder les rebelles qui luttent contre le président Bachar al Assad et notamment les positions de l'EI, ce qui a contrarié les pays occidentaux. Les autorités irakiennes, mécontentes du rythme de la campagne menée par les Etats-Unis contre l'EI en Irak, ont fait savoir qu'elles souhaitaient s'appuyer sur la Russie, l'ex- grand ennemi des Etats-Unis pendant la Guerre froide. Deux généraux russes sont basés au centre de renseignement de Bagdad, a indiqué un responsable irakien sous le sceau de l'anonymat. Selon Hakim Zamili, les quatre pays qui l'ont constitué y ont dépêché chacun six représentants qui se réunissent dans la "zone verte", quartier administratif et diplomatique du centre de Bagdad placé sous haute surveillance. "Nous le trouvons extrêmement utile. L'idée est de formaliser les relations avec l'Iran, la Russie et la Syrie. Nous voulons une alliance militaire en bonne et due forme", a ajouté le responsable irakien ayant requis l'anonymat. CARACTÈRE SENSIBLE L'Iran étant déjà très impliqué en Irak --ses conseillers militaires aident Bagdad à diriger son offensive contre l'EI-- c'est la participation de la Russie dans ce nouveau centre de renseignements qui inquiète le plus l'Occident. Les Etats-Unis, indique un responsable américain chargé de la sécurité, estiment que le but principal de ce pacte quadripartite, qui concerne aussi les opérations en Syrie, est de montrer que la Russie est en train de jouer un rôle plus important dans le conflit en Syrie. Le Premier ministre irakien Haïdar al Abadi a fait savoir qu'il apprécierait des frappes aériennes russes contre l'EI en Irak. Le gouvernement irakien et les milices chiites soutenues par l'Iran qui sont à la pointe du combat contre l'EI doutent de la détermination de Washington à en venir à bout. Les frappes américaines n'ont pour le moment pas fait changer le rapport de force et les djihadistes tiennent toujours un tiers du pays. Grâce aux informations du nouveau centre, l'aviation irakienne a bombardé cette semaine un convoi de l'EI dans lequel le chef du groupe djihadiste, Abou Bakr al Baghdadi, aurait pu se trouver, a déclaré Hakim al Zamili. "Les renseignements des Russes nous sont très utiles, même s'ils ne mènent pas de raids aériens (en Irak)", a-t-il ajouté. L'Irak est conscient du caractère sensible de ce nouvel arrangement, déclare Sami al Askari, ancien député qui fut conseiller de l'ancien Premier ministre irakien Nouri al Maliki. "Le gouvernement veut faire ceci de façon à ce que cela n'ait pas l'air de vouloir dire qu'il pousse les Américains dehors", dit-il. (Avec Mark Hosenball à Washington; Tangi Salaün, Jean-Philippe Lefief et Danielle Rouquié pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant