L'investissement responsable, un concept encore mal connu

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Nathalie Kosciusko-Morizet, la ministre de l'Ecologie, veut mobiliser les réseaux bancaires, afin qu'ils mettent plus en avant l'offre de placements «responsables» auprès des particuliers.

La crise de confiance générale envers le système financier peut-il profiter à l'Investissement socialement responsable (ISR), cette offre de produits de placements qui, aux critères financiers traditionnels, ajoutent les dimensions dites ESG (environnement, social/ sociétal, gouvernance) ? A première vue, oui. Les encours investis en ISR en France se sont envolés ces dernières années. Fin 2010, ils atteignaient 68,3 milliards d'euros, contre 50,7 milliards fin 2009, soit une hausse de 35%. Et l'année 2011 s'annonce très bien. Selon Novethic, filiale de la Caisse des Dépôts qui publie des études et analyses sur le marché de l'ISR depuis 2001, ces encours atteignaient déjà 47 milliards d'euros à la fin du premier semestre.

Petit bémol, ces placements peinent à s'imposer auprès des particuliers. La clientèle institutionnelle (caisses de retraite et de prévoyance, fonds de retraite publics, compagnies d'assurance privées, mutuelles, entreprises, etc.) représentait encore 70% des encours ISR à la fin 2010. Selon une étude menée par Ipsos pour l'agence de notation extra-financière Eiris*, 60% des épargnants français accordent pourtant aujourd'hui une place importante aux critères environnementaux, sociaux et éthiques dans leurs décisions de placement. Mais 64% des sondés n'ont jamais entendu parler de l'ISR, et seulement 9% sont à la page.

Demande latente non satisfaite

«Il existe une demande latente non satisfaite chez un nombre désormais significatif d'épargnants individuels», constate Marion de Marcillac, responsable du développement du bureau français d'Eiris. Un avis que partage Bertrand Fournier, président du Forum pour l'investissement responsable (FIR) : «L'offre n'est pas visible et les réseaux de distribution ne parlent pas de l'ISR.» Pour Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'Écologie et du Développement durable, le contexte est pourtant propice à son envol. «L'ISR est sans doute un élément de réponse à la crise financière et bancaire que nous traversons», a estimé la ministre lors de la présentation de l'étude, le 6 octobre dernier. «Réconcilier les citoyens avec la finance est un vaste chantier, qui nécessite de reconnecter les enjeux industriels avec les enjeux financiers et de redonner un sens concret aux produits financiers», a-t-elle ajouté.

C'est pourquoi Nathalie Kosciusko-Morizet en appelle aux acteurs de marché, au premier rang desquels les banques et les assureurs, afin qu'ils s'engagent à «promouvoir une offre responsable de placements financiers». Elle insiste sur la nécessité de fournir aux particuliers une information transparente, d'autant plus que la multiplicité des approches de l'ISR en Europe brouille quelque peu les pistes. En France, l'approche multicritères dite «Best in Class» prévaut. Il s'agit de sélectionner les meilleurs entreprises de chaque secteur selon les fameux critères ESG. Les Anglo-saxons et les Scandinaves, quant à eux, préfèrent une stratégie d'exclusion. Dans ce cas, certains secteurs d'activité, comme l'armement ou le tabac, sont tout simplement rejetés des fonds ISR.

L'approche française en question

Or, selon l'enquête d'Eiris, 36% des épargnants français se disent très tentés par une approche qui exclurait certaines entreprises en raison de la nature de leur activité ou de certaines pratiques, comme le travail des enfants. Seuls 19% des sondés se disent, en revanche, très tentés par la méthode «Best in Class». Pour Nathalie Kosciusko-Morizet, «aucun sujet n'est tabou. La 'Semaine de l'ISR'* est l'occasion de lancer des débats, notamment sur la définition des critères de placements responsables».

* Enquête menée auprès d'un échantillon de 1040 adultes français âgés de 16 à 64 ans du 16 au 19 septembre 2011.

* La deuxième édition de la «Semaine de l'Investissement socialement responsable» se déroule du 10 au 16 octobre, sous l'égide du ministère de l'Ecologie et du Développement durable.

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  • jobaca le mardi 27 jan 2015 à 15:44

    Les placements éthiques sont-ils intéressants pour l’investisseur particulier ?http://www.en-bourse.fr/les-placements-ethiques-sont-ils-interessants-pour-linvestisseur-particulier/