« L'investissement est-il reparti ? » par Christian Stoffaës du Cercle des économistes

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Le redémarrage de l'investissement des entreprises est la clé pour créer une croissance durable rappelle Christian Stoffaës
Le redémarrage de l'investissement des entreprises est la clé pour créer une croissance durable rappelle Christian Stoffaës

L’économie française envoie quelques signaux positifs. L’investissement des entreprises en fait partie. Les clignotants sont plutôt au vert mais vont-ils le rester, et pour combien de temps ? Christian Stoffaës relève quelques éléments encourageants, porteurs d’espoirs.

Cette anomalie était la question d'hier puisque l’investissement est reparti. Selon la toute récente enquête trimestrielle de l'Insee, les industriels viennent de revoir en forte hausse leurs prévisions pour 2015. Après 2% en 2014, ils attendent désormais une hausse de 7% contre 3% dans leurs précédentes prévisions de janvier, pour l'essentiel au second semestre concernant l'ensemble des secteurs, avec un rebond marqué dans l'automobile (+15% au lieu de +10%).

Poser la question signifiait que toutes les conditions étaient réunies pour qu'il reparte : la demande intérieure stimulée par le gain de pouvoir d'achat issu de la chute brutale du prix du pétrole ; la demande internationale par la forte dépréciation de l'euro face au dollar; les financements abondants de par la politique monétaire accommodante et les taux d'intérêt voisins de zéro.

Et pourtant l'investissement stagnait, un peu partout dans la zone euro d'ailleurs. Après l'effondrement post-krach de 2009 (- 21 %) et le rebond de 2011 (+ 12 %) c'est le marasme (une chute de - 5% en 2013 ; un timide + 2 % en 2014). Or, le redémarrage de l’investissement des entreprises est la clef pour transformer la timide reprise économique en croissance durable, créatrice d'emplois. Observons toutefois qu'historiquement, l'investissement n'a jamais été un moteur précurseur des phases de reprise économique en France.

En outre, sous l'appellation de politique de l'offre, le gouvernement avait multiplié les mesures favorables. Le crédit d'impôt compétitivité-emploi et le pacte de responsabilité ont eu le temps, depuis deux ans, de faire sentir leurs effets, se traduisant par un allégement considérable de charges (20 milliards d'euros en 2014) équivalent à 6% de la masse salariale au bénéfice des marges.

Un avantage fiscal exceptionnel vient d'être institué – un suramortissement à 140 % s'appliquant à l'ensemble des investissements industriels réalisés pendant un an, pour une subvention fiscale équivalente à 2,5 milliards d'euros. Il s'inscrit dans un dispositif comprenant aussi l'augmentation de la capacité des prêts de BPI France, des mesures pour mobiliser l'épargne dormante.

Un élément d'explication est peut-être à rechercher dans les réticences à embaucher. Car investir c'est recruter. Or, les idées conçues pour rendre plus flexible le contrat de travail n'ont guère résisté face aux oppositions syndicales. Le modèle britannique, très à la mode révèle avec notre situation un contraste majeur. C'est le "chaînon manquant" de la politique de l'offre.

Le gouvernement vient de lancer un exercice concernant le dispositif du financement des investissements des entreprises en confiant à  François Villeroy de Galhau, qui a été à la fois directeur général des impôts et de BNP Paribas – avant, peut-être la Banque de France –, la mission de  dresser un état des lieux. Le rapport vise à identifier les freins et les leviers à l'investissement relevant du secteur financier, avec un éclairage particulier pour les PME et TPE, en  analysant les conséquences des nouvelles règles prudentielles sur l’épargne et l’investissement, ainsi que les conséquences du basculement vers un modèle reposant davantage sur les marchés financiers.

Christian Stoffaës

Christian Stoffaës est professeur associé d’économie à l’Université Paris II Panthéon-Assas, ingénieur général des Mines et également Chef économiste au Conseil général de l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGIET) au Ministère de l’économie, des finances et du commerce extérieur.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd’hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l’initiative repose sur une conviction commune : l’importance d’un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

 

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  • ssanguin le mardi 12 mai 2015 à 14:51

    Certains ont une vision de l'entreprise digne de l'URSS...

  • Garasixt le lundi 11 mai 2015 à 17:16

    La réticence des patrons est purement politique. Pourquoi aider un gouvernement socialiste, même si des gens souffrent et qu'ils pourraient le faire? Ils attendent l'hypothétique retour d'une droite dure et ses cadeaux.

  • remimar3 le lundi 11 mai 2015 à 17:14

    Ce n'est pas une question d'allègement ou de dispositif d'incitation. L'instabilité fiscale a rendu les chefs d'entreprise méfiants. Ce qui existe peut à tout moment être remis en question... et l'état a besoin de rembourser la dette de la France que les gestionnaires petit bras précédents n'ont pas osé résorber.

  • nanolyon le lundi 11 mai 2015 à 16:41

    Oups pardon... Dans mon précédent commentaire, il est question des charges liées à la fin des heures sup... Qui étaient des charges salariales. Il y a bien eu la limitation de la déductibilité des charges financières, qui s'élève elle à 11 milliards peu ou prou.

  • nanolyon le lundi 11 mai 2015 à 16:39

    @abacchia : quel matraquage fiscal des entreprises ? La seule hausse notable se situe à la fin de l'exonération pour les heures sup', c'est à dire autour de 10 milliards. D'où sortent vos chiffres ?

  • abacchia le lundi 11 mai 2015 à 16:07

    "Le crédit d'impôt compétitivité-emploi et le pacte de responsabilité ont eu le temps, depuis deux ans, de faire sentir leurs effets, se traduisant par un allégement considérable de charges (20 milliards d'euros en 2014) équivalent à 6% de la masse salariale au bénéfice des marges". On reste encore loin (50%) des 40 Mlrds EUR de matraquage fiscal supplémentaire sur les entreprises depuis 2012 !

  • nanolyon le lundi 11 mai 2015 à 15:54

    Voit-on là la limite de l'offre politique du PS ? Après les efforts gouvernementaux consentis en faveur du CICE et de l'investissement ainsi que la mobilisation et la montée en puissance de la BPI, après l'assainissement des finances publiques mises à mal par 5 ans de gabegie Sarkozyste, le président est au pied du mur face à une réforme du code du travail.