L'"inventeur" du bitcoin multiplie les dépôts de brevets

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    par Byron Kaye et Jeremy Wagstaff 
    SYDNEY/SINGAPOUR, 20 juin (Reuters) - Craig Wright, un 
Australien qui se présente comme le créateur du bitcoin, tente 
de constituer un important portefeuille de brevets autour de la 
monnaie numérique et de la technologie qui lui permet de se 
développer, selon les dires de certains de ses associés et des 
documents dont Reuters a pu prendre connaissance.  
    Depuis le mois de février, il a déposé plus de 50 brevets en 
Grande-Bretagne via EITC Holdings Ltd, une société enregistrée 
dans l'île d'Antigua, dont une source proche de l'entreprise a 
confirmé qu'elle a des liens avec Wright, montrent des documents 
publics. 
    Des entretiens avec des sources proches de EITC Holdings, 
dont deux des associés de Wright sont administrateurs, ont 
permis de confirmer que l'entreprise continuait de déposer des 
brevets. L'Office britannique de la propriété intellectuelle a 
d'ailleurs fait état au cours de la semaine écoulée de 11 
nouveaux dépôts de brevets par l'entreprise.  
    "Rien de tout cela n'est arrêté", a dit une source proche 
d'EITC Holdings qui a requis l'anonymat.  
    Craig Wright n'a pas donné suite aux demandes de 
commentaires de Reuters.  
    La reconnaissance, ne serait-ce que de quelques brevets, 
aurait de lourdes conséquences pour le secteur bancaire et 
d'autres industries qui essayent de tirer parti de la 
technologie associée au bitcoin et aussi pour les dizaines de 
start-up qui se sont créées dans le but d'en exploiter le 
potentiel.  
    Les institutions financières à travers le monde pourraient 
investir plus d'un milliard de dollars cette année et l'année 
prochaine dans des projets liés à la "blockchain", la 
technologie qui sous-tend le bitcoin, selon une étude de la 
banque d'investissement de niche Magister Advisors.  
     
    VOLTE-FACE 
    Une "blockchain" est une base de données décentralisée et 
sécurisée qui retrace toutes les transactions qu'elle a permis 
d'authentifier, ce qui pourrait permettre à cette technologie, 
par exemple, d'assurer les opérations de compensation et de 
règlement sur les valeurs mobilières à des coûts bien plus 
faibles que ceux en vigueur actuellement. 
    Les brevets déposés par Wright portent sur des applications 
très diverses allant du paiement sécurisé pour des contenus en 
ligne à un système d'exploitation dédié à l'internet des objets 
et utilisant la technologie blockchain.  
    L'un des documents soumis dans le cadre des dépôts de 
brevets et montré à Reuters par une source proche d'EITC 
Holdings fait état de projets de dépôt d'environ 400 brevets au 
total.  
    Le terme "blockchain" ou son équivalent plus général de base 
de données distribuée figurent dans la quasi-totalité des dépôts 
de brevets effectués en Grande-Bretagne. Un brevet n'est en 
général reconnu et enregistré qu'après plusieurs années.  
    "Il semble qu'il soit en train d'essayer de faire breveter 
chaque composant de n'importe quelle blockchain, crypto-monnaie 
ou base de données distribuée", a dit Antony Lewis, un 
consultant spécialisé sur le bitcoin à qui Reuters a montré 
l'intitulé des brevets et le contenu de certaines demandes. 
    Craig Wright, qui est âgé de 45 ans, a été identifié l'année 
dernière par certains médias comme étant le mystérieux "Satoshi 
Nakamoto", qui avait fait circuler début 2009 un document puis 
un logiciel à l'origine du bitcoin. L'identité réelle et 
l'existence même de Satoshi Nakamoto fait l'objet depuis de 
multiples spéculations. 
    Wright, qui s'était engagé à apporter la preuve à une 
communauté du bitcoin pour le moins sceptique qu'il était bien 
Nakamoto, a fait volte-face le mois dernier, déclarant qu'il 
n'avait pas le "courage" de renoncer à des années d'anonymat. Il 
se montre très discret depuis et a refusé toute interview.  
    S'il n'y a aucune preuve décisive permettant de lui 
attribuer la paternité du bitcoin et de la technologie 
blockchain, les documents consultés par Reuters montrent qu'il a 
été très étroitement lié à ces innovations bien avant leur 
lancement.  
     
 
 (Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand) 
 
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