L'interview de Thibault Prébay (Quilvest Gestion) : « Le QE a déjà produit son effet, n'en attendons pas trop ! »

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Les valorisations sont ch�res des deux c�tés de l'Atlantique selon Thibault Prébay (Quilvest Gestion)
Les valorisations sont ch�res des deux c�tés de l'Atlantique selon Thibault Prébay (Quilvest Gestion)

Le QE ne fera pas de miracles... La zone euro aurait surtout besoin d'un gouvernement économique et les valeurs européennes, déjà chères, de relais de croissance rappelle Thibault Prébay, directeur de la gestion taux chez Quilvest Gestion.

Lundi, la BCE a lancé effectivement son programme de « quantitative easing », passant notamment par des achats de dette publique des Etats de la zone euro... qu'en attendez-vous ?

Thibault Prébay : En l'absence d'un gouvernement de la zone euro, nous avons tendance à trop attendre des interventions de la BCE. En même temps, on peut se demander si ce programme est vraiment indispensable aujourd'hui... Mario Draghi a annoncé un QE, les marchés ont « payé pour voir ». Donc on lance un QE mais le besoin n'est pas clairement identifié. « Une menace est plus forte que son exécution » a résumé le joueur d'échecs Aaron Nimzovitch. Nous sommes dans cette situation. La perspective d'un QE a fait baisser les rendements obligataires et amené les investisseurs à déplacer leurs flux vers des actifs plus risqués. Il a aussi accentué la baisse de l'euro. L'effet attendu s'est déjà produit avant même que le QE n'entre en application...

Mais tout de même, les montants en jeu (au moins 50 milliards d'euros d'achats de dette publique par mois) auront des conséquences sur les marchés. L'objectif de cette création monétaire est aussi de faire remonter l'inflation qui reste désespérément basse en zone euro...

T.P : Oui mais il n'est pas sûr que la BCE trouve sur le marché autant de vendeurs d'obligations souveraines qu'elle l'escompte... Grâce à l'action de la BCE, certains Etats retrouvent des marges de man½uvre pour financer leurs déficits futurs mais cela ne correspond pas aux fondamentaux économiques. Aujourd'hui, la priorité de la zone euro devrait être surtout de relancer la consommation, de mener une politique de demande... A la rigueur, il aurait été plus souhaitable de faire un chèque aux ménages européens. Mais en l'absence de gouvernement économique de la zone euro, il est très difficile de mettre en ½uvre ce type de politique.

La Grèce est à court d'argent et doit six milliards d'euros avant la fin du mois. Echappera-t-on au final à un « Grexit » ?

T .P : Il y a un jeu de dupes autour de la Grèce.  Elle doit emprunter de l'argent pour le rendre à ses créanciers. Historiquement, on sait que c'est le débiteur qui est en position de force, pas le créancier. Si la Grèce ne veut pas rembourser ses dettes, il existe peu de moyens contraignants afin de l'obliger à payer. Pour autant, si ses créanciers lâchaient trop de lest, ce serait un très mauvais signal envoyé aux autres pays. On donnerait encore plus de crédit aux partis populistes, type Podemos en Espagne, qui proposeraient de ne plus rembourser la dette publique. Le vrai enjeu pour la Grèce est de desserrer les contraintes de l'austérité et par conséquent de faire plier le rapport de force en Europe du côté de la France contre l'Allemagne. Pour parvenir à ses fins, la Grèce a aussi ressorti, à point nommé, l'affaire de la dette allemande liée à l'occupation du pays par les troupes nazies...

Depuis le début de l'année, le contexte est très favorable aux marchés actions. Faut-il faire preuve de méfiance ?

T.P : La baisse du chômage, le rebond du secteur de la construction, les salaires qui repartent à la hausse : les clignotants de l'économie américaine s'affichent au vert, la consommation des ménages étant par ailleurs soutenue par la baisse des prix du pétrole. Pour autant, ces bonnes nouvelles, et en particulier les hausses de salaires, ne favorisent pas les marges des entreprises. Or, les marchés sont déjà très chers. Les intérêts de Main Street (les ménages américains) et Wall Street ne sont pas forcément liés... Il va être de plus en plus difficile de justifier certains niveaux de valorisation. En Europe, les Bourses ont monté aussi et les valorisations ont pris beaucoup d'avance sur les résultats des entreprises. Dans un environnement de croissance plus faible, on peut se demander si certaines sont justifiées. Des deux côtés de l'Atlantique, les problématiques ne sont pas les mêmes mais les valorisations élevées dans les deux cas...

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • e.leliev le mercredi 11 mar 2015 à 15:57

    c'est tellement sensé !