L'interview de Sébastien Faijean (IDMidcaps) : « Méfiez-vous des valeurs que tout le monde achète ! »

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Le Cac Mid&Small (CMS) continue de surperformer le Cac 40. Mais attention à ne pas se positionner exclusivement sur les valeurs actuellement très (trop ?) prisées des investisseurs avertit Sébastien Faijean, directeur associé d'IDMidcaps, bureau de recherches indépendant sur les Small & Midcaps françaises.

Le Cac Mid&Small (CMS) surperforme le Cac 40 depuis le début de l'année (+8% vs. +3%) et sur un an (+13% vs. 7,5%). Cette surperformance s'est d'ailleurs souvent vérifiée au cours des dix dernières années. Comment expliquez-vous cet attrait des investisseurs pour les valeurs moyennes ?

Sébastien Faijean : Le CAC 40 est composé de sociétés plus matures que le CMS. On y trouve peu d'éditeurs de logiciels ou d'acteurs de l'internet. Le niveau de croissance et les perspectives de développement ne sont donc pas les mêmes. Une entreprise cotée sur le CMS peut très bien doubler ou tripler de taille dans la décennie suivante ! Pour un investisseur qui recherche de la croissance rentable, il est assurément plus judicieux d'investir sur des « stars montantes » (Gemalto ou Virbac) que sur des « anges déchus » (Technicolor ou TF1). Prenons l'exemple de Plastic Omnium. Fin 2005, l'équipementier valait 540 millions d'euros en Bourse. Fin 2012, sa capitalisation boursière a atteint 1,2 milliard d'euros !

Certes, le potentiel de croissance de certaines midcaps peut être phénoménal. Mais comment faire le tri ?

S.F : C'est justement notre métier de fournir aux investisseurs des instruments adéquats pour recourir le moins possible... au pilotage à vue. C'est une approche froide et objective qui se fie aux chiffres. Dans le contexte actuel, il faut se positionner sur des valeurs dont les cours sont encore capables d'encaisser des mauvaises nouvelles... Par exemple, il peut être raisonnable de regarder le dossier Jacquet Metal, valorisé moins que ses fonds propres !

Une approche à la fois « growth » et « value ». Actuellement, quelles cibles évitez-vous a contario ?

S.F : Ces très belles sociétés comme Ingenico, Rémy Cointreau ou Eurofins Scientific dont les investisseurs raffolent et qui se paient avec des primes de 40 à 60% par rapport à leur indice de référence ! Ce n'est pas leur qualité intrinsèque qui est en cause mais leur potentiel de gain en Bourse. Prenons l'exemple d'Eurofins qui veut doubler son chiffre d'affaires à horizon 2017 pour atteindre 2 milliards d'euros mais dont la marge opérationnelle stagne. Si l'on veut jouer la thématique de la sécurité alimentaire (affaire Findus), il est préférable selon nous de se positionner sur du bioMérieux (1,6 milliard d'euros de chiffre d'affaires) dont la rentabilité courante est 50% plus élevée que celle d'Eurofins Scientific et qui se paie moins cher en Bourse.

A quel niveau placez-vous le curseur entre large, mid & small caps ?

S.F : Le compartiment Small concerne les entreprises dont la capitalisation boursière n'excède pas 150 millions d'euros, les midcaps naviguent entre 150 millions et 1 milliard d'euros. Au-dessus du milliard, on quitte l'univers des Small & midcaps. Maintenant, ces périmètres varient selon les investisseurs...

De manière générale, faut-il privilégier les « small » qui restent tout de même plus risquées ou bien les « midcaps » ?

S.F : Les « Small » restent beaucoup moins chères que les midcaps. La décote est actuellement de l'ordre de 30%. Mais les petites valeurs sont davantage soumises au risque de liquidité.

Ce procès en illiquidité (la faiblesse de la capitalisation boursière et du flottant rend les mouvements boursiers plus erratiques et l'actionnaire peut éprouver des difficultés à « sortir » sans dommages d'une valeur) est-il toujours pertinent ?

S.F : C'est toujours un risque à prendre en compte, particulièrement dans une situation de « credit crunch ». Certaines valeurs offrant peu de liquidité peuvent néanmoins faire l'objet d'une sortie de la cote et permettre à l'actionnaire de réaliser une très belle opération. Un exemple ? Thermocompact, valeur peu liquide rachetée avec une très belle prime de près de 30%.

D'autres pépites toujours côtées à regarder de près ?

S.F : Nous apprécions beaucoup ESI Group, l'éditeur de progiciels de simulation. Au regard des comparables du secteur, la valeur présente un potentiel formidable. Ainsi, Dassault Systèmes a fait l'acquisition en 2012 de Gemcom, un éditeur de logiciels canadien, pour un prix équivalent à quatre fois leur chiffre d'affaires, payé en cash. Une valorisation comparable porterait le titre ESI à quatre fois les niveaux actuels du titre. Or, ESI Group développe des progiciels plus élaborés encore que ceux de Gemcom, permettant des analyses prédictives de très grande qualité. Autre exemple dans le secteur de la R&D, nous préférons Assystem à Alten car la valeur est moins chère et présente des perspectives prometteuses. Il faut le répéter sans cesse : la France compte de très belles entreprises en dehors des grandes capitalisations. En Bourse, ce ne sont pas les valeurs de croissance performantes qui manquent !

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • M8725649 le dimanche 10 mar 2013 à 15:15

    Le piège est mis en place, quand tout va s'effondrer, ça va faire très très mal.

  • M9163545 le samedi 9 mar 2013 à 09:25

    Il ne dit pas grand chose. est-il payé à la hauteur de ses propos?

  • romack le vendredi 8 mar 2013 à 10:06

    Comparer ERF et BIM en termes d'activités ne veut rien dire : la sécurité alimentaire n'est pas du tout le savoir faire de BIM...