L'interview de Ronan Blanc (Quilvest) : « Une restructuration de la dette portugaise se profile »

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Le retour du risque politique dans certains pays européens pourrait fragiliser à nouveau la zone euro. Pour le Portugal, plongé dans une crise politique, une restructuration de la dette se profile selon Ronan Blanc, gérant obligataire chez Quilvest Gestion.

Assistons-nous au retour du risque politique en zone euro ?

Ronan Blanc : Oui. La situation portugaise doit nous mettre en alerte. La dernière émission en mai a été largement souscrite par les banques domestiques. A contrario, très peu d'investisseurs étrangers se positionnent encore sur la dette portugaise. La question de sa restructuration se pose clairement...

A quelle échéance ?

R.B : Peut-être plus rapidement qu'on ne l'imagine. La probabilité est de plus en plus forte que le Portugal connaisse à son tour un PSI (du nom du programme de restructuration de la dette grecque mis en oeuvre en mars 2012)... On proposerait aux créanciers du Portugal un allongement de leurs échéances via un échange de dettes afin de donner un peu d'air aux finances publiques du pays. Le FMI a reconnu récemment un certain nombre d'erreurs et en particulier le fait que la restructuration de la dette grecque avait trop tardé. Comme le Portugal aura sans doute besoin d'un programme de soutien avec l'aide du FMI, on peut penser que ce plan pourrait être activé plus rapidement que prévu. Reste à savoir son degré d'intensité.

Craignez-vous une contagion de la crise portugaise à d'autres pays de la zone euro ?

R.B : La situation de l'Irlande nous interpelle aussi. On observe un écart de notation assez surprenant entre les deux grandes agences. Standard & Poor's note l'Irlande « investment grade » (titre sûr) avec une perspective favorable alors que Moody's considère que la dette irlandaise relève de la catégorie « high yield » (titre plus risqué) avec des perspectives négatives. Notre analyse est plus proche de celle de Moody's. L'Irlande paye toujours sa crise bancaire passée et ses perspectives de croissance se sont considérablement détériorées.

Les mécanismes mis en place depuis le déclenchement de la crise au printemps 2010 (MES -succédant au FESF-, OMT etc.) seront-ils suffisants pour éviter une nouvelle crise majeure ?

R.B : Le discours offensif de Mario Draghi vise surtout à protéger l'Espagne et l'Italie car une contagion de la crise à ces deux pays aurait des effets dévastateurs. La situation des « petits pays » (Grèce, Portugal, Irlande etc.) peut être maintenue sous contrôle avec les dispositifs existant et déjà testés : prêts bilatéraux, FESF-MES, PSI etc. Mais cela deviendrait beaucoup plus complexe avec l'Espagne et l'Italie. L'OMT a été justement créé pour protéger les « grands pays ».

Et la France ? Que vous inspire la dégradation, vendredi dernier, de Fitch, la dernière agence qui notait encore la France AAA, et qui l'a rétrogradée à AA+ perspective stable ?

R.B : C'est un non évènement. Les effets des dégradations des notes souveraines des grands pays de la zone euro sont désormais réduits. Les contraintes posées par la BCE aux banques ont été assouplies. Elles aboutissaient à des ventes automatiques à l'occasion d'une dégradation. Par ailleurs, beaucoup d'investisseurs continuent d'acheter de la dette française. Ils ne regardent pas forcément les fondamentaux du pays mais ils sont tenus de diversifier leurs avoirs en achetant de la dette européenne, et française en particulier (politique du PEG en Suisse pour éviter une trop forte appréciation de la devise helvétique, stratégie monétaire offensive menée au Japon etc.).

La dette allemande reste t-elle incontournable pour un investisseur obligataire ?

R.B : Oui mais attention à ne pas surestimer le potentiel économique de l'Allemagne. Ce pays a un gros point faible à long terme : sa démographie. A plus court terme, il a bâti son succès économique sur la vigueur de ses exportations, notamment en direction des pays émergents. Or, la dynamique des marchés émergents s'étiole. Les fondamentaux de l'Allemagne pourraient se dégrader au cours des prochaines années.

En tant qu'investisseur, quelle est votre stratégie ?

R.B : Nous restons prudents. Logiquement, nous ne sommes pas investis en dette portugaise et nous évitons de manière générale les « petits pays ». Nous sommes présents par défaut sur la dette française mais nous continuons d'alléger nos positions. Nous intervenons sur la dette italienne mais seulement pour les maturités courtes, de 6 mois à un an. En effet, le mécanisme des OMT annoncé par Draghi, mais pas encore mis en oeuvre, protège les maturités courtes. Concernant les émetteurs privés, nous privilégions parmi les entreprises italiennes, voire espagnoles, celles qui sont les moins sensibles à leur dette domestique.

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • nandfer le mercredi 17 juil 2013 à 21:41

    AUJOURD'HUI ,LA DETTE TOTALE DES E.U. EST DE 59.000 MILLIARDS DE DOLLARS , soit 10 fois plus qu'en l'an 2.000. Ils continuent à vivre aux crochets des autres nations, et en effet c'est nous qui contribuons à leur relance

  • herve386 le mercredi 17 juil 2013 à 12:08

    Et encore une fois qui bénéficie de ce genre de commentaires de Ronan Blanc ? Les USA bien entendu qui trouvent toujours un quidam pour allumer un contre-feu dés que le dollar est menacé .Et il l'est de plus en plus .J'attends avec impatience la remontée des taux américains.Ce qui est inéluctable et les commentaires de la pythie ( bernanke) le nouvel oracle de Delphe !Quand comprendrons nous que l'€ est notre meilleure arme économique et que le défendre reste notre meilleure garantie .

  • stefdura le mercredi 17 juil 2013 à 12:05

    Oui G.1111, je suis d'accord. Miser la baisse sur quelque chose est une attitude de vautour.Les vautours taxés comme les investisseurs, c'est pas normal.

  • M3962878 le mercredi 17 juil 2013 à 11:56

    Et dire que Marc Touati, il y a une semaine nous disait que le Portugal devait s'inspirer de l'Irlande...Apparemment, ils ne sont pas sortis d'affaires eux aussi, et c'est plutôt l'analyse de Ronan Blanc que je cautionne. Ce n'est pas un bon modèle économique que de tout miser sur la fiscalité, quand on est un tout petit pays, car on se retrouve avec une économie réelle disproportionnée par rapport aux moyens du pays. Et le jour où ça tourne mal, les Etats tombent. Idem pour Chypre récemment.

  • G.111111 le mercredi 17 juil 2013 à 11:51

    si on multipliait par 10 les taxes sur les gains à la baisse, on trouverait moins de Cassandre dans les médias !!!!!!!!!!!!!!!!!

  • stefdura le mercredi 17 juil 2013 à 11:06

    Le mec achète de la dette italienne à 6 mois/1 an pour gagner max 1/1.5%.Super son risk reward !! Risquer beaucoup pour gagner peu. N'importe quoi. Et il se dit prudent