L'interview de Rachid Medjaoui (La Banque Postale AM) : « Les marchés sont actuellement en phase de transition »

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Les marchés pourraient anticiper un relèvement des taux dès le début de l'année 2015 redoute Rachid Medjaoui (La Banque Postale AM)
Les marchés pourraient anticiper un relèvement des taux dès le début de l'année 2015 redoute Rachid Medjaoui (La Banque Postale AM)

Un portefeuille équilibré doit être investi en actions estime Rachid Medjaoui, directeur adjoint de la gestion à La Banque Postale AM, mais il est trop tôt pour sous-pondérer le compartiment obligataire.

Pour la zone euro, quelle est votre scénario macroéconomique actuel ?

Rachid Medjaoui : La croissance va rester modeste (Bruxelles table sur 1,2% de croissance en 2014 et 1,7% en 2015) mais au moins c'est une reprise solide qui nous éloigne de la récession. Les indices de confiance continuent de surprendre positivement. Pour autant, la visibilité reste très réduite, notamment sur la dynamique de l'inflation. Nous ne retenons pas de scénario déflationniste mais le risque d'enlisement augmente, c'est-à-dire que l'inflation devrait  rester durablement faible, comprise entre 0,5 et 1%. L'euro est une devise surévaluée qui souffre particulièrement de la guerre des monnaies en cours...

A ce titre, la BCE doit-elle engager des politiques non conventionnelles pour soutenir la reprise ?

R.M : Il y a encore un mois, nous avions le sentiment que la BCE était déterminée à prendre des mesures de type QE (achat d'actifs par la Fed pour maintenir des taux bas et soutenir l'économie). Aujourd'hui, les dernières déclarations de Mario Draghi donnent l'impression que cette probabilité a diminué. Le prochain geste massif de la BCE devra porter sur le dégel du crédit en zone euro mais à condition que cette dernière dispose d'une connaissance plus approfondie du bilan des banques. Il faudra donc attendre les résultats des stress tests...

L'évolution des marchés dépendra aussi de l'attitude de la Fed. Comment Janet Yellen devrait piloter la suite des évènements ?

R.M : La fin du QE devrait intervenir vers octobre-novembre. Janet Yellen a précisé que le délai entre la fin du QE et le début d'un relèvement des taux serait relativement court. Si l'économie américaine continue de se redresser, le risque est que les marchés se mettent à anticiper un relèvement des taux dès le début de l'année 2015 et non pas au milieu ou à la fin de cette année. Les marchés vivent actuellement une année de transition : transition monétaire aux Etats-Unis, transition macroéconomique en Chine etc. Mais les masques devraient tomber en 2015.

Dans cette année de transition, quelle allocation d'actifs recommandez-vous ?

R.M : Pour un portefeuille équilibré, il faut privilégier les actions mais il me paraît trop tôt, avant le second semestre, de sous-pondérer trop fortement les obligations. Il est préférable de s'intéresser aux obligations souveraines des pays périphériques ainsi qu'aux obligations privées « crossover » (catégorie regroupant les obligations investment grade » les moins bien notées et les obligations « high yield » les mieux notées).

Pour les marchés actions, quels types de valeurs privilégiez-vous ?

R.M : Nous recommandons d'investir de manière équilibrée entre valeurs américaines et européennes. Un rééquilibrage qui intervient après une période d'un an et demi où nous avons privilégié les actions européennes. Il faut rester investi en actions, tout en limitant les risques en cas de scénario négatif, par exemple une dégradation de la situation en Ukraine. La normalisation des valeurs domestiques n'est pas terminée. Inutile en revanche de renforcer son portefeuille en valeurs trop internationalisées. Il est notamment trop tôt pour revenir sur la thématique émergente. La Chine traverse une crise structurelle et pas seulement cyclique.

La Bourse de Paris connaît actuellement une série d'opérations financières en cours : Alstom, Lafarge, Steria-Sopra etc. Ce phénomène peut-il se poursuivre, voire s'amplifier ?

R.M : Ces opérations viennent soutenir la tendance à la hausse des marchés actions et il n'y a pas de raison pour que ce phénomène se tarisse au cours des prochains mois. En effet, beaucoup de sociétés américaines disposent de cash et ne veulent pas le rapatrier aux Etats-Unis pour des raisons fiscales. Les entreprises savent également que la croissance va rester modeste au cours des prochaines années et que la croissance externe reste le meilleur levier pour préparer l'avenir. Cette thématique va donc continuer à soutenir le marché. Seul le secteur financier devrait rester à l'écart de ce mouvement, car le coût induit en capital pour respecter les normes prudentielles serait particulièrement élevé dans ce type d'opérations.

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • M4358281 le mercredi 21 mai 2014 à 10:18

    Assez exact