L'interview de Philippe Waechter (Natixis AM) : « Les chiffres de la croissance en zone euro sont préoccupants »

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Le PIB de la zone euro n'a progressé au global que de 0,2% au premier trimestre.
Le PIB de la zone euro n'a progressé au global que de 0,2% au premier trimestre.

Si l'Allemagne caracole en tête, la France a calé au premier trimestre. Mais ce n'est pas le pire élève de la classe européenne rappelle Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de Natixis AM, qui pointe une absence préoccupante de dynamisme contraignant la BCE à mener une politique moins restrictive.

L'Insee a dévoilé une croissance nulle pour la France au premier trimestre. S'agit-il d'une vraie déception ?

Philippe Waechter : C'est un chiffre préoccupant. Les derniers chiffres confirment que l'économie française n'a pas retrouvé une dynamique robuste. Depuis 2011, la croissance reste extrêmement lente. Comme la demande privée ne progresse pas, l'accent doit être mis sur l'investissement, ce que préconise à juste titre le Pacte de responsabilité. Mais les enquêtes conjoncturelles d'avril montrent que les entreprises n'ont pas encore le sentiment d'une rupture à la hausse, malgré l'annonce de ce pacte. Au gouvernement d'être suffisamment persuasif pour que le mouvement s'inscrive dans la durée...

Pourquoi l'écart de croissance entre la France et l'Allemagne (+0,8% au T1) ne cesse t-il d'augmenter ?

P.W : L'économie allemande trouve son dynamisme dans la demande extérieure qui reste plus robuste. La France n'est pas en mesure de profiter dans les mêmes conditions de l'impulsion donnée par le reste du monde. Quand la dynamique interne est forte, l'économie française se porte mieux mais ce n'est pas le cas actuellement. Cela pose une fois de plus la question de  la structure de notre économie...

Pour inverser la courbe du chômage, promesse chère à François Hollande, quel taux de croissance la France devrait-elle délivrer ?

P.W : La France devrait générer une croissance annuelle d'environ 1,5%. Sans anticiper forcément une dégradation profonde de l'emploi, on peut par conséquent s'attendre à une stabilité des chiffres du chômage. L'incertitude dans laquelle se trouvent les ménages français n'est malheureusement pas en passe de s'atténuer. Or, l'objectif de la politique économique sera de redynamiser la demande privée tout en limitant la contribution de la demande publique actuellement plus dynamique. Mais il faudra éviter une baisse trop brutale de cette dernière qui fragiliserait alors la conjoncture...

Concernant la publication d'Eurostat sur la conjoncture européenne au premier trimestre, outre la France et l'Allemagne, avez-vous relevé des bonnes ou des mauvaises surprises ?

P.W : Du côté des grands pays, l'Italie n'est pas mieux lotie que la France (-0,1%). Du côté des plus petits pays, je relève deux déceptions majeures : les Pays-Bas (-1,4%) et le Portugal (-0,7%). Ce sont des chiffres vraiment inquiétants et qui suggèrent un manque de dynamisme global tout à fait préoccupant...

Dans ce contexte, la BCE doit-elle enfin franchir le Rubicon des achats d'actifs, engager un « QE » à l'européenne ?

P.W : La BCE doit trouver dans ces chiffres une incitation supplémentaire à bouger. Mario Draghi l'a avoué : la politique monétaire actuelle est restrictive pour la zone euro. D'autant que l'endettement des ménages reste très élevé dans certains pays (Irlande, Pays-Bas, Espagne, Portugal) et qu'une période de déflation provoquerait une augmentation de la valeur réelle de cet endettement. Des mesures techniques (baisse du taux de refi) devraient être annoncées en juin. Un QE reste un processus complexe à mettre en place et ne devrait probablement pas voir le jour avant l'automne. Mais il est clair que nous ne devrions pas échapper à une politique monétaire plus accommodante au cours des prochains mois. 

Propos recueillis par Julien Gautier

Retrouvez le communiqué de l'Insee sur la croissance en France au premier trimestre :

 

 

 

Retrouvez le communiqué d'Eurostat sur la croissance en zone euro au premier trimestre :

 

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  • d.e.s.t. le lundi 19 mai 2014 à 10:34

    Atonie de la demande? vous voulez plutôt dire inertie du gouvernement devant les réformes nécessaires?

  • titide le dimanche 18 mai 2014 à 23:55

    heureusement que le ridicule ne tue plus !!car Natixis aurait du mal à se relever !!

  • noterb1 le samedi 17 mai 2014 à 18:27

    Cela dépend de quelle croissance on parle ! si c'est celle des patrimoines des plus riches alors pas de problème . Vous savez ceux qui crient qu'on les spolie ! que le fisc est confiscatoire mais qui voient leur patrimoines exploser même en temps de crise .

  • LERINS le samedi 17 mai 2014 à 00:33

    Au lieu d'être suspendu à une décision de la BCE, on ferait mieux d'en finir avec une fiscalité qui fait fuir les investisseurs et mine notre compétitivité prix et produit depuis des décennies. En adoptant sans tarder le principe fiscal d'exonération de la production décrit dans le blog intitulé : REMBOURSER LA DETTE PUBLIQUE SANS APPAUVRIR LES CITOYENS.

  • guerber3 le vendredi 16 mai 2014 à 18:35

    Quiconque fabrique de la monnaie est passible de la prison...même "Mario "...!

  • guerber3 le vendredi 16 mai 2014 à 18:28

    Et un faux monnayeur de plus, un ...décidément, c'est une race en pleine évolution...!

  • lorant21 le vendredi 16 mai 2014 à 16:46

    C'est vrai qu'on peut continuer à attendre des gestes de la BCE.. Ou décider de faire quelque chose par nous-mêmes.. je ne sais pas, moi: baisser les charges sur les salaires par exemple.. comme annoncé depuis le 31 décembre.. mais on ne voit rien venir.