L'interview de Philippe Waechter (Natixis AM) : « Le gouvernement français doit relancer l'investissement public pour offrir un cadre plus favorable aux entreprises »

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L'interview de Philippe Waechter (Natixis AM) : « Le gouvernement français doit relancer l'investissement public pour offrir un cadre plus favorable aux entreprises »
L'interview de Philippe Waechter (Natixis AM) : « Le gouvernement français doit relancer l'investissement public pour offrir un cadre plus favorable aux entreprises »

Zéro pointé pour la croissance française au deuxième trimestre. Pour Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de Natixis AM, le gouvernement doit mettre l'accent sur une nouvelle mouture du pacte de responsabilité à destination des entreprises et non sur les baisses d'impôts à destination des ménages.

L'Insee a dévoilé jeudi matin une croissance nulle pour la France au deuxième trimestre avant qu'Eurostat ne fasse de même pour la zone euro. De son côté, l'Allemagne a enregistré une croissance négative sur la même période (-0,2%). Ces chiffres sont-ils une surprise ?

Philippe Waechter : Non. J'attendais pour la France une croissance au deuxième trimestre comprise entre 0 et 0,1%. Il n'y a donc pas de surprise particulière concernant notre pays qui reste pénalisé par l'atonie actuelle de la demande interne. Outre-Rhin, la situation est un peu différente. Le dynamisme de l'économie allemande repose à la fois sur le niveau de la demande interne mais surtout sur celui des exportations qui représentent plus de 50% du PIB. Au deuxième trimestre, le commerce extérieur a ralenti. Dans l'hypothèse d'une reprise meilleure que prévu en Chine, la croissance allemande devrait rebondir plus facilement. Les logiques économiques ne sont pas tout à fait comparables...

Certes, mais on peut toutefois s'interroger sur la pertinence des politiques d'austérité décidées au niveau européen ou encore sur le niveau de l'euro. Michel Sapin, qui attend désormais 0,5% de croissance cette année (vs. 1%) et un déficit à 4% au lieu des 3,8% (objectif de 3% en 2015), demande à nouveau une réorientation des politiques européennes. Est-ce pertinent selon vous ?

P.W : Le ministre des finances est peut-être dans son rôle mais dans le même temps le gouvernement allemand a raison d'insister sur les efforts que la France doit poursuivre. L'élément clé de la politique économique du gouvernement français reposait sur la mise en œuvre du pacte de responsabilité qui a été retoqué par le Conseil constitutionnel. Il faut qu'il soit remis sur la table afin de redynamiser la demande interne. La tentative de l'an dernier de jouer sur l'épargne salariale n'a pas produit les effets escomptés en raison de l'attentisme des ménages.

En attendant, comment redynamiser cette demande interne malgré les contraintes budgétaires ?

P.W : Le gouvernement doit mettre l'accent sur l'investissement public au détriment des dépenses de fonctionnement. Les entreprises doivent retrouver des capacités d'investissement et à ce titre un cadre général plus favorable doit leur être offert pour sortir de l'environnement morose.

Et la piste des baisses d'impôts à destination des ménages ?

P.W : Ce n'est pas une bonne idée dans la conjoncture actuelle car le surplus de pouvoir d'achat ne serait pas forcément dépensé par peur de l'avenir. L'effort doit être recentré sur les entreprises. Toute la question est de savoir ce que le gouvernement va proposer et cela passe  à mon sens par un nouveau pacte de responsabilité et une impulsion à donner sur l'investissement public.

Propos recueillis par Julien Gautier

Retrouvez le communiqué de l'Insee sur la croissance en France au deuxième trimestre :

 

Retrouvez le communiqué d'Eurostat sur la croissance en zone euro au premier trimestre :

 

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  • M7034327 le mardi 19 aout 2014 à 09:31

    Le seul solvant à la dette, c'est l'inflation. L'austérité nous rapproche chaque jour un peu plus dans la déflation. Le manque de dynamisme économique, la consommation en berne, l'étranglement des ménages sont autant de recettes fiscales en moins. Aujourd'hui, les allemands commencent à sentir les effets sur leur économie. Une politique monétaire cohérente consisterait à dévaloriser l'Euro, comme tous les autres pays l'ont fait, pour gagner en compétitivité.

  • M7034327 le mardi 19 aout 2014 à 09:21

    lorant21: je suis d'accord sur le principe de réduire la dette publique et d'arrêter de s'étouffer rien qu'à payer des intérêts sur la dette. Mais en ce moment, on étouffe l'économie européenne, on fout des millions de salariés au chômage et on ne parvient pas à réduire la dette significativement, avec comme conséquence que si on rentre en déflation, le poids de la dette sera pire et on reculera. Un bon levier serait une politique monétaire cohérente.

  • MAUMIC le lundi 18 aout 2014 à 17:32

    C'est le chat qui se mord la queue. Comment relancer les investissements si le marché reste dépressif par manque de pouvoir d'achat des ménages. Commençons par trancher dans le vif sur les dépenses public avant de redistribuer de l'argent que l'état doit emprunter

  • M8544334 le lundi 18 aout 2014 à 17:19

    Super bonne nouvelle! La hausse est de retour!

  • lorant21 le lundi 18 aout 2014 à 16:18

    @M7034327: on creuse la dette et l'austérité avec 20% de plus de dépenses que de recettes, vous devez avoir la berlue...

  • M7034327 le lundi 18 aout 2014 à 15:02

    On s'enfonce dans la crise depuis l'autérité et la réduction de la dette publique. Maintenant, même les allemands connaissent un ralentissement économique. Persister dans cette voie-là ne fait qu'aggraver les choses. D'ailleurs, le fisc reconnait que les rentrées fiscales sont bien en delà des prévisions escomptées, et que de plus en plus de ménages sont réticents ou incapables de payer leurs impots. Quand on n'aura plus rien à bouffer on fera la guerre !

  • M7034327 le lundi 18 aout 2014 à 14:59

    Relance publique? Il oublie une chose, c'est que des appels d'offres pour des marchés publics sont désormais ouvert au monde entier, émettre une préférence nationale est discriminatoire et interdit par l'Europe, du coup les entreprises qui pratiquent du dumping social ou écologique, venue de l'Est ou de plus loin, remportent les marchés au détriment des entreprises nationales.

  • M4189758 le lundi 18 aout 2014 à 08:56

    JPi - Le gouvernement doit surtout lancer la réduction de ses dépenses: non 17 milliards en trois an, comme promis, mais 65 milliards par an pour pouvoir réduire, ensuite, les impots..

  • cesarski le dimanche 17 aout 2014 à 19:09

    nul, n importe quoi. arrêtez d' étouffer la créativité et le dynamisme et cela ira beaucoup mieux. Enlever l énorme couche de gras de l administration avec un petit a

  • pier6641 le dimanche 17 aout 2014 à 16:31

    La chansonnete Waechter: le best-seller depuis 20 ans des économistes nuls.Quand la recherche s'épuise, le chercheur radote.