L'interview de Pascal Heurtault (Aviva Investors) : « Les actions européennes sont à privilégier en 2013 »

Boursorama le 29/11/2012 à 17:50
12
Les actions européennes et émergentes plutôt que les valeurs américaines ainsi que les obligations à haut rendement sont à privilégier l’an prochain selon Pascal Heurtault, directeur des investissements chez Aviva Investors France.

Quel est votre état d’esprit en cette fin d’année ?

Pascal Heurtault : Contrairement à l’Italie et à l’Espagne, la France entame seulement aujourd’hui ses réformes structurelles et de compétitivité. Des avancées sont notables depuis l’annonce des mesures gouvernementales mais beaucoup reste à faire. En Espagne, le coût du travail a été diminué de 10% et l’Italie a engagé des réformes drastiques pour améliorer le fonctionnement de son marché du travail. Ces pays commencent à recueillir les fruits des réformes, malgré les difficultés. En octobre, la confiance du consommateur italien a commencé à remonter...

La situation de la France vous inquiète t-elle particulièrement ?

P.H : Non. La France dispose d’atouts considérables. Le développement industriel de la Chine a jusqu’à présent beaucoup profité à l’Allemagne qui a exporté ses machines-outils. Aujourd’hui s’ouvre l’ère de l’optimisation de l’outil industriel ce qui profitera aux entreprises de services. Des sociétés françaises comme Dassault Systèmes ou Cap Gemini sont bien positionnées dans ce domaine. La restauration collective, le crédit à la consommation, la grande distribution qui comptent de grands leaders français profiteront également de cette nouvelle phase du développement chinois. Ces métiers créent moins d’emplois en France que l’industrie, mais ils contribuent à la richesse du pays. Sans parler de valeurs de consommation ou du luxe qui profitent déjà de l’émergence d’une classe de consommateurs aisés.

Peut-on réindustrialiser l’Hexagone ?

P.H : L’industrie pèse 30% du PIB en Allemagne, la moitié en France. Mais la comparaison avec l’Allemagne atteint vite ses limites. En France, les fonctions de services au sein des sociétés industrielles ont été très largement externalisées, au contraire de l’Allemagne. On ne le prend pas assez en compte. Par ailleurs, l’industrie du luxe représente 15 à 20% du PIB en France !

Comment jugez-vous la situation américaine ?

P.H : Les prix de l’immobilier sont repartis à la hausse ainsi que la confiance des promoteurs. Le « fiscal cliff » inquiète en Europe car la cohabitation entre l’Exécutif et le Parlement est vue comme une anomalie alors qu’elle est habituelle outre-Atlantique. La Constitution délimite clairement les pouvoirs et le pragmatisme nord-américain devrait nous offrir un accord au terme d’une négociation forcément difficile.

En 2013, faut-il revenir sur les marchés actions ?

P.H : Oui car la prime de risque devrait continuer de baisser. Le stress lié au risque d’éclatement de la zone euro a considérablement diminué depuis les annonces de la BCE début septembre. Les investisseurs anglo-saxons avaient perdu confiance en l’euro, ils ont commencé à changer d’attitude. Certaines valeurs industrielles comme Arcelor Mittal et Alstom présentent des niveaux de valorisation de récession. Il ne faut pas non plus négliger le retour en force des valeurs bancaires. En revanche, les valeurs de consommation ou de services à la personne ont déjà atteint des niveaux de valorisation élevés.

Faut-il privilégier les actions européennes aux actions américaines ?

P.H : Oui car le retard des marchés européens reste important. Les indices boursiers américains sont revenus sur leur niveau d’avant la crise des subprimes. A titre d’exemple, le price to book (valorisation boursière/fonds propres) du S&P500 a retrouvé, selon nos calculs, un niveau de 2 comparable à sa moyenne historique, celui de l’Eurostoxx culmine actuellement à 1,07 contre 1,45 en moyenne de long terme. Certes, la zone euro connaît une croissance atone mais les valorisations boursières restent faibles eu égard à la santé financière des entreprises. Beaucoup d’investisseurs restent prudents. Pour notre part, nous sous-pondérons les actions américaines et préférons les valeurs européennes mais aussi japonaises et émergentes.

Sur les marchés obligataires, quels titres préférer ?

P.H : Il faut se méfier des obligations d’Etat des pays « core », surtout allemandes, qui sont chères. Mieux vaut se positionner sur les dettes des pays périphériques (Italie, Espagne). Du côté des obligations corporate, aux entreprises les mieux notées, nous préférons le High Yield (haut rendement) et les obligations du secteur financier, tout en faisant preuve d’une grande sélectivité.

Propos recueillis par Julien Gautier

Réagir 12
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • m91 le lundi 3 déc 2012 à 17:21

    Il a raison et priviligier les bancaires qui vont être les grandes gagnantes c'est loin d'être bête !

  • M7026257 le lundi 3 déc 2012 à 14:44

    5% minimum par an tous les ans pendant 10 ans sur les marchés actions net?!! avec des années comme 2002 et 2008 sans même parler de 2011 il ne doit pas y avoir beaucoup.J'ai fait 20% net cagr sur les actions depuis 1995, mais j'ai perdu de l'argent en 2000 et 2011. Allez sur les produits à minimum variance, vous ne perdrez pas si ce n'est le rendement du risque actions.Je peine à comprendre les chiffres magiques de 5% minimum par, c'est quoi? le fantasme irréalisable d'un rentier obligataire?

  • sade1 le lundi 3 déc 2012 à 13:33

    Mr Pascal Heurtault est un conseilleur, mais pas le payeur. Achète t-il ce qu'il préconise?Depuis 200 ans (lire le livre l'Argent, de Zola) les personnes comme lui sont là pour donner des pseudos conseils qui ne marche que très rarement.Pour moi un type qui n'a pas démontré avoir fait un rendement supérieur à 5% (c'est un strict minium) tous les ans depuis plus de dix ans sur les marchés ne vaut rien.

  • unknown9 le lundi 3 déc 2012 à 12:12

    Immatriculations au plus bas depuis 15 ans, chômage croissant depuis 20 mois, taux de croissance nul,... et Monsieur nous conseille de revenir sur les marchés actions ? bravo

  • unknown9 le lundi 3 déc 2012 à 12:09

    Revenir sur les marchés actions ??? il est complètement fou, on voit bien que ce n'est pas son argent perso avec lequel il travaille. Et encore un qui n'a pas vu que si les marchés US étaient revenus sur leurs précédents sommets c'est tout simplement que la croissance US a toujours été là avec un taux annuel >2,5% ! en France, au cas où Monsieur ne le saurait pas, le taux est voisin de 0 !!!

  • M6875470 le lundi 3 déc 2012 à 09:59

    on croirait entendre les politiques ou les journalistes (C la même chose).Tout flatteur vit au dépens de ceux qui l'écoutent!!!!!!

  • idem12 le dimanche 2 déc 2012 à 09:22

    Faites l'inverse et vous serez gagnants !!

  • j.pellet le samedi 1 déc 2012 à 22:33

    Aviva ils sont blindes d obligation euro dans leur produits financiers. Pour que le petit particulier continue d acheter et ne deserte pas leur produit j.unk , tout va bien pour eux dans le meilleur des mondes de l euro ! Ils me font bien rigoler ces analystes avec un grand â !

  • roll4eur le samedi 1 déc 2012 à 09:41

    Même pas crédible !

  • guerber3 le vendredi 30 nov 2012 à 16:27

    Quand on écoute un vendeur, il n'y a jamais de surprise...!