L'interview de Nicolas Chéron (CMC Markets) : « La bulle boursière chinoise a logiquement éclaté »

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A Shanghai, les investisseurs particuliers se sont rués sur les actions depuis le début de l'année. La correction est brutale.
A Shanghai, les investisseurs particuliers se sont rués sur les actions depuis le début de l'année. La correction est brutale.

Le marché chinois, dominé par les investisseurs particuliers, avait beaucoup monté. La correction actuelle n’est pas inquiétante. En revanche, les catalyseurs de hausse sur les marchés européens et américains s’avèrent bien minces rappelle Nicolas Chéron, stratégiste chez CMC Markets France.

Quelle est votre réaction à la rechute violente du marché chinois à laquelle nous avons assistée au cours des dernières séances ?

Nicolas Chéron : C’est la conséquence logique de l’éclatement d’une bulle sur les actions chinoises dans un marché largement dominé par les investisseurs particuliers. Lundi, 1.800 titres avaient atteint leur limite de 10% de baisse, soit 60% de la cote. La baisse aurait pu être bien plus violente. En 1929, quand les cours ont commencé à déraper après le 24 octobre, les principales banques de Wall Street se sont réunies dans les locaux de JP Morgan pour décider de soutenir les principales actions cotées à Wall Street. Cela n’a fonctionné que sur un temps limité. La Chine est confrontée à une situation relativement comparable. Les autorités chinoises font tout pour empêcher un dérapage non contrôlé du marché mais elles n’ont rien fait pour calmer les ardeurs des opérateurs. Rappelons que les cours ont grimpé de 160% au cours des six derniers mois.

La Bourse chinoise a énormément progressé au cours des derniers mois, vous le soulignez, mais la croissance chinoise a tendance à s’essouffler...

N.C : Oui. Il faut souligner également que la chute des cours des matières premières (pétrole, or, argent, cuivre) pénalise de nombreuses sociétés minières cotées à Shanghai. Pour de nombreux investisseurs, l’intervention des autorités chinoises est le signe de l’éclatement de la bulle et ajoute de la défiance. La Chine connaît un ajustement important à la hauteur de la violence du mouvement haussier mais nous ne sommes pas pour autant dans une situation de panique. Beaucoup de particuliers ne vendent pas mais si l’indice chinois repartait à nouveau fortement à la baisse, certains opérateurs seraient dans l’obligation de débloquer leurs positions…

Quelle influence peut avoir la chute de la Bourse chinoise sur l’économie du pays et sur l’économie mondiale ?

N.C : Une influence limitée. En terme de capitalisation boursière, la Bourse de Shanghai reste de faible importance. Mais ce repli nourrit une certaine aversion au risque sur les marchés, dans une période estivale toujours propice à une forte volatilité des indices (2007, 2011 etc.)

Quel bilan provisoire peut-on tirer de la saison des résultats semestriels ?

N.C : Pour le moment, 73% des entreprises américaines ont battu le consensus. La reprise américaine montre toutefois des signes de fragilité. Le BPA (bénéfice par action) moyen ressort en baisse de 3%. Les entreprises sont pénalisées par la remontée du dollar…

Et en Europe ?

N.C : La BCE va poursuivre son programme QE. En l’absence de reprise de l’inflation (le cours du pétrole a encore baissé de 20% au cours du mois écoulé), Mario Draghi doit continuer de soutenir les marchés. Nous regarderons attentivement les prochains chiffres de l’inflation…

Le repli actuel doit-il inciter à revenir à l’achat ?

N.C : Revenir sur les actions fin juillet/ début août alors que les inquiétudes restent vives sur la Chine et que les négociations sur la Grèce vont reprendre n’est pas forcément une idée opportune. En revanche, un nouvel accident de parcours pourrait donner le signal d’un rebond. Autour de 5.000 points, le Cac 40 est encore un peu cher mais vers 4.500/4.600 points, il faudrait éventuellement penser à se repositionner.

Au vu des indicateurs actuels, croyez-vous à une remontée des taux par la Fed en septembre ?

N.C : La Fed est piégée par ses engagements. Les chiffres du chômage ont atteint des plus bas niveaux historiques et auraient déjà dû inciter Janet Yellen à relever les taux. Si les indices macroéconomiques commencent à fléchir, la Fed n’aura pas de marges de manœuvres et un relèvement des taux d’ici la fin de l’année pourrait alors provoquer des secousses violentes sur les marchés. Je serais surpris si la Fed relèvait ses taux en septembre. Au regard des Fed Funds, le marché table plutôt sur le mois de décembre.

Au final, les catalyseurs pouvant entraîner un rebond des marchés mondiaux semblent bien minces. Qu’en pensez-vous ?

N.C : Exactement. Les banques centrales maintiennent l’économie mondiale sous perfusion. La preuve ? Elles font toutes, ou ont fait d’une manière ou d’une autre, des opérations d’assouplissement quantitatif (QE), de la Chine aux Etats-Unis en passant par l’Europe et le Japon. De même, on a remarqué, au cours des dix-huit derniers mois, 54 mouvements baissiers de taux à travers le monde ! Or, ni les pays développés, ni les pays émergents n’affichent des perspectives économiques convaincantes. Les marchés boursiers européens et américains ont beaucoup monté au cours des dernières années mais cette hausse est fragile. Un indicateur négatif ou un évènement exogène imprévisible seraient en mesure de déclencher une crise de confiance et de faire perdre 20 à 30% aux marchés actions. Les catalyseurs haussiers s’avèrent en effet bien minces sans le soutien des banques centrales…

Propos recueillis par Julien Gautier

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