L'interview de Nicolas Bouzou (Asterès) : « Le gouvernement doit se montrer plus précis dans son programme d'économies »

le
8

L'économiste Nicolas Bouzou appelle à appliquer enfin le "choc de simplification".
L'économiste Nicolas Bouzou appelle à appliquer enfin le "choc de simplification".

Si le Pacte de stabilité 2014-2017 va dans le bon sens, le gouvernement doit préciser rapidement quels postes seront concernés par le programme de 50 milliards d'économies afin de restaurer la crédibilité de la parole publique estime l'économiste Nicolas Bouzou (Asterès).

Le plan de 50 milliards d'euros d'économies doit encore passer devant l'Assemblée nationale mardi alors qu'une fronde gronde au sein même des députés de la majorité. En tant qu'économiste, décernez-vous un satisfecit au gouvernement ?

Nicolas Bouzou : L'idée qui consiste à mettre en place un pacte de responsabilité financée par des baisses de dépenses publiques est incontestablement la bonne voie à suivre. Pour autant, il y a un problème de crédibilité de la parole publique. Tous les acteurs économiques français et étrangers que je rencontre pensent que ces promesses gouvernementales ne seront pas tenues. Pour restaurer cette crédibilité, il faudrait que le gouvernement précise rapidement quels postes budgétaires seront concernés, ce qui n'a pas été fait jusqu'à présent. Il ne suffit plus de tracer des grandes lignes.

Lors de son discours de politique générale, Manuel Valls a évoqué des réformes ambitieuses : diviser par deux le nombre de régions d'ici 2017 et supprimer à horizon 2021 les Conseils départementaux. Ces annonces sont-elles crédibles et potentiellement efficaces ?

N.B : Oui, il n'est pas illogique de faire remonter les prérogatives des départements au niveau de la région et de diminuer le nombre de ces dernières. A mon sens, il aurait été plus judicieux de remplacer les communes par les intercommunalités. Les gains auraient été plus substantiels et la réforme plus facile à mettre en ½uvre. Les collectivités locales ne concernent toutefois que 20% de la dépense publique, alors que le gouvernement est resté très flou sur les économies à faire sur la Sécurité sociale, et notamment sur les retraites qui représentent à elles seules 14% de la dépense publique. Il aurait fallu annoncer sur ces sujets des mesures d'économies plus simples et précises.

Le scénario échafaudé par le gouvernement repose sur des prévisions de croissance jugées « réalistes » en 2014 et 2015 par le Haut conseil des finances publiques mais « optimistes » en 2016-2017. N'est-on pas à nouveau dans la méthode Coué alors que les prévisions de Bercy ont régulièrement été revues à la baisse au cours des années précédentes...

N.B : Parfaitement. Pour mettre en place son Pacte de stabilité, le gouvernement devrait s'en tenir à la croissance potentielle de l'économie française qui ressort à 1,25% et non faire cette prévision de 2,25% à partir de 2016. J'en profite pour saluer l'instauration de ce Haut conseil des finances publiques, instance parfaitement indépendante et qui fournit un travail de qualité. A ce titre, le gouvernement a raison de poser sur la table le sujet du niveau de l'euro, qui a parfaitement le droit d'être discuté. En effet, si l'euro perdait 10 à 15% par rapport au dollar, la France pourrait gagner mécaniquement 0,2 à 0,4 point de croissance... C'est un sujet légitime débattu par toutes les banques centrales du monde mais qui reste hélas plutôt tabou en Europe.

Outre le problème du niveau de l'euro, la France a-t-elle encore des marges de man½uvre pour relancer plus fortement sa croissance ?

N.B : Oui. Si l'on se décidait à mettre vraiment en ½uvre le « choc de simplification ». Un exemple ? Je fais une proposition très simple : il faudrait repousser le seuil à partir duquel une PME est tenue de créer un Comité d'entreprise, de 50 à 75 salariés. Cela pourrait provoquer des embauches assez rapidement et sans dépenser d'argent public.

Votre réaction aux propositions du rapport Thévenoud (géolocalisation des taxis, encadrement des VTC etc.). Vont-elles dans le bon sens ?

N.B : Non, bien sûr et je le regrette. C'est l'exemple type d'une rente de situation (celle des chauffeurs de taxi) qui continue à être protégée au détriment des créations d'emplois potentielles. Soyons clairs, l'interdiction de la géolocalisation des VTC revient à porter un coup fatal au business model de cette profession.

Depuis jeudi, on évoque une possible OPA de General Electric sur Alstom. Des discussions sont en cours et le week-end risque d'être décisif. Si le groupe français de transport et d'énergie traverse actuellement une période délicate, il reste néanmoins l'un des rares fleurons industriels de notre pays grâce à la vente de ses TGV ou de ses turbines électriques à travers le monde. Si l'OPA était confirmée, le gouvernement devrait-il réagir ou laisser faire les forces du marché ?

N.B : C'est un sujet complexe et il convient de ne pas se montrer trop dogmatique. Laisser partir de France une entreprise comme Alstom serait très regrettable. Après, je ne suis pas sûr que la méthode employée par Arnaud Montebourg lors de la vente de SFR, où le ministre a clairement montré du doigt l'un des candidats à l'acquisition qui l'a finalement emporté, se révèle pertinente. Le travail doit se faire de façon beaucoup plus diplomatique.

Une vague de fusions-acquisitions déferle actuellement à la Bourse de Paris. Parmi les opérations en cours, Lafarge pourrait déménager son siège social à Zurich suite à son rapprochement avec le suisse Holcim, la fusion Publicis-Omnicom reste incertaine mais le siège social devrait déménager à Amsterdam. Ce phénomène n'est-il pas inquiétant tout de même ?

N.B : Oui. Si ces opérations révèlent qu'il y a en France des leaders mondiaux très attractifs, le départ programmé de leur siège social est éminemment regrettable. Ce phénomène traduit les trop grandes disparités fiscales qui existent en Europe. Le débat doit être mis sur la table car le phénomène s'accélère.

Propos recueillis par Julien Gautier

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • Garasixt le dimanche 27 avr 2014 à 09:39

    Revoilà le Bachibouzouk ultra libéral, tout pour la finance rien pour les travailleurs, l'homme qui croit tout savoir et dont les idées vont sauver la France! Je ne félicite pas Boursorama pour le choix de ses chroniqueurs.

  • tgtg65 le samedi 26 avr 2014 à 07:54

    Va dans le bon sens?Quand toutes les monnaies du monde seront en lutte pour s'arracher la croissance qui n'existe plus pour tous, il va se passer quoi?Des économies dans un contexte de ralentissement économique, ça fonctionne?La France peut s'en sortir avec une telle dette dont les 2/3 sont dus à l'étranger. Ces efforts aussi grands soient-ils sont voués à l’échec de par une compréhension économique médiocre et aucune vision à long terme.

  • fouche15 le vendredi 25 avr 2014 à 17:10

    Il est regrettable qu'avec une politique interventionniste de l'Etat français en permanence et du délitement de l'actionnariat dû à la fiscalité confiscatoire. Rendez-vous compte 41 ou 45 % de tranche marginale plus 3 à 5 % de surtaxe Sarkozy plus 15,50 % de PS et enfin l'ISF, c'est très motivant pour un épargnant de se voir tondre à la sortie sans la prise de risque. Alors ce sont les étrangers qui nous rachète logique et ce ne sont pas les PEA-PME qui vont changer la donne.

  • fouche15 le vendredi 25 avr 2014 à 17:02

    suite-Ce qui est cocasse dans l’histoire du taux de croissance attendue, c’est qu’avec un taux moyen de prélèvement de 40 %, on arrive à un peu plus de 50 milliards (exactement 57,6) de recettes fiscales supplémentaires. C’est ça la politique. On a vraiment une bande d’enfumeurs, mais aucun média, aucune opposition ne réagit. C’est triste… ou complice.

  • fouche15 le vendredi 25 avr 2014 à 17:01

    On peut aussi dire que 50 milliards sur 3 ans, c'est 17 milliards par an, escompté sur une croissance 2014 de 1%, puis 1,7% en 2015 et 2,25% en 2016-2017. En final, il ne s'agit que de recettes fiscales escomptées sur la croissance. Bla Bla Bla, il n'était pas nécessaire de changer de premier ministre pour ça.

  • noterb1 le vendredi 25 avr 2014 à 16:53

    Encore un rigolo qui découvre que la liberté de circulation des capitaux ( mais pas celle des hommes faut pas déc...) peut poser des problèmes . Dans 20 ans on découvrira qu'on s'est fait ponctionner tout ce que la France avait construit d'intéressant financièrement . peut être à ce moment là nos descendants auront ils une vision plus réaliste que que la "réalité" de M Bouzou .

  • stricot le vendredi 25 avr 2014 à 16:36

    Moi c'est le gros plan sur ce sourire narquois qui me fait mourir de peur. Le texte lui n'apporte pas grand chose à qui que ce soit... Go trade off this!

  • spanouc le vendredi 25 avr 2014 à 16:34

    C'est quoi l'intérêt de diviser le nombre de régions par 2 si c'est pour muter les fonctionnaires en place ailleurs ? Vont faire des logements HLM pour accueillir encore plus de profiteurs internationaux avec les bureaux des régions transférées ? Pourquoi 2017 voir 2020 ? Y a pas urgence ? Et les communautés de communes qui sont en doublons des mairies et qui coutent 15 milliards à l'état (donc nous) on en fait quoi ?