L'interview de Laetitia Baldeschi (CPR AM) : « Les pays BRIC n'ont pas tenu leurs promesses »

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Les pays émergents ont souffert des retraits de liquidités des investisseurs inquiets de la nouvelle politique monétaire de la Fed. Mais à l'intérieur de la zone émergente, les situations restent très contrastées explique Laetitia Baldeschi, stratégiste chez CPR AM.

Les pays émergents n'ont plus la cote sur les marchés. Comment peut-on expliquer la baisse spectaculaire des devises locales ?

Laetitia Baldeschi : L'annonce en mai dernier de la modification de la politique monétaire de la Reserve Federale (diminution graduelle des rachats de titres) a entraîné des sorties importantes de capitaux des pays émergents. Des investisseurs ont rapatrié une partie de leurs avoirs, ce qui a entraîné une chute de la plupart des devises émergentes, en Inde, en Indonésie et au Brésil en particulier. Face à une zone euro en récession et une économie américaine ralentie, les pays émergents avaient bénéficié d'un attrait considérable. Le retour de bâton est donc violent. Si le changement de ton de M. Ben Bernanke (le gouverneur de la Fed), justifié par le retour de la croissance aux Etats-Unis, et la sortie de la récession en Europe ont indéniablement modifié les allocations d'actifs des investisseurs, il n'en reste pas moins que les économies des pays émergents connaissent aussi leurs difficultés propres...

Justement, sont-ils toujours des « moteurs » de la croissance mondiale ?

L.B : Oui. Les pays émergents représentent environ la moitié du PIB mondial et leur contribution à la croissance mondiale reste essentielle. Néanmoins, leurs performances restent très contrastées. Il y a « des » pays émergents. Traditionnellement mis en avant, les BRIC (acronyme pour Brésil, Russie, Inde et Chine) n'ont pas tenu leurs promesses. Ces pays ont largement déçu les investisseurs avec des prévisions macroéconomiques régulièrement revues à la baisse depuis plusieurs mois. On pensait par exemple que les investissements en vue de la coupe du monde de football de 2014 et des Jeux Olympiques de 2016 allaient soutenir l'économie brésilienne. Il n'en a rien été jusqu'à présent. La croissance n'est ressortie qu'à 0,9% en 2012, un chiffre d'une faiblesse inédite pour un pays émergent ! L'action de la banque centrale n'a pas suffi à relancer l'activité, le pays étant structurellement pénalisé par une inflation forte.

Et la Chine ? Faut-il s'inquiéter ou non de la baisse de son taux de croissance ?

L.B : L'économie chinoise est en phase de « normalisation ». Bien sûr, on est loin des 10,5% de croissance de 2010 mais la croissance devrait se stabiliser autour de 7,5% cette année. La Chine se transforme lentement vers un modèle plus équilibré, reposant davantage sur la demande intérieure. Cela prend du temps car la production des entreprises chinoises est destinée à l'exportation et ne répond pas forcément aux besoins d'une classe moyenne en devenir.

L'Inde peut-il devenir un géant de l'économie mondiale ?

L.B : L'Inde est la plus grande démocratie du monde mais fait face à des difficultés immenses, en particulier au niveau de ses infrastructures. Même si le taux de croissance devrait rester élevé cette année (+5,5% attendu selon CPR AM), la lenteur du processus de décision pénalise les investissements directs. C'est un facteur essentiel pour assurer le décollage d'une économie émergente. Une entreprise étrangère qui s'installe dans un pays émergent y diffuse son expérience, ses capitaux, sa technologie etc. L'Inde fait partie des pays en risque selon nous, au même titre que l'Indonésie, l'Afrique du Sud ou la Turquie. Ce dernier a une demande intérieure très dynamique mais a structurellement besoin de l'extérieur pour se financer. L'inflation y reste trop forte.

Et du côté des bonnes surprises « émergentes », vers quel(s) pays se tourner ?

L.B : Je regarderais du côté de l'Amérique latine. Le Chili, malgré son déficit courant, arrive à cumuler une croissance de 5,6% en 2012 avec une inflation maîtrisée autour de 3%. De même, les performances économiques de la Colombie (la croissance devrait rester à nouveau supérieure à 4% cette année) et du Pérou (croissance supérieure à 6% attendue en 2013 vs. +6,3% en 2012) sont à relever malgré les problèmes structurels inhérents. Pour autant, les investisseurs trouvent peu de valeurs liquides pour investir dans ces pays. Le poids du Brésil reste prédominant dans la zone Amérique Latine. Quant au Mexique, son économie demeure fragile mais les réformes structurelles et la volonté politique d'améliorer le niveau d'éducation de la population constituent des éléments très positifs. Très liée à l'économie américaine, l'économie mexicaine pourrait profiter du regain de croissance enregistré aux Etats-Unis.

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • M78543 le mercredi 18 sept 2013 à 17:51

    cela est du carry trade sur les monnaies

  • M3962878 le mercredi 18 sept 2013 à 15:23

    Merci beaucoup pour ce tour d'horizon sur les pays émergents. Intéressant.