L'interview de Guillaume Menuet (Citi) : « Les marchés n'avaient pas anticipé ce scénario en Italie »

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Le vote italien crée de l'incertitude. Les Européens devront s'accorder pour atténuer l'effet des plans d'austérité et relancer la croissance, seule condition pour réduire les déficits à terme selon Guillaume Menuet, économiste eurozone chez Citi.

L'Italie n'a pas de majorité claire à l'issue des élections générales. Le regain d'inquiétude des marchés observé à l'issue du scrutin est-il justifié ?

Guillaume Menuet : Les marchés ont décroché parce qu'ils détestent l'incertitude. On peut néanmoins émettre l'hypothèse qu'un gouvernement minoritaire dirigé par Pier Luigi Bersani (le leader du Parti démocrate, centre-gauche) arrive à se mettre en place dans les prochaines semaines et reçoive l'appui occasionnel de certains parlementaires pour voter des réformes structurelles que l'Italie doit mettre en oeuvre en tant que membre de la zone euro. Un gouvernement de "grande coalition" entre la droite et la gauche dépendra du bon-vouloir de certains députés s'il veut rester en place mais cela ne devrait pas durer un an !

Ce scénario était-il anticipé par les marchés ?

G.M : Pas de majorité claire, percée des listes populistes et anti-euro, il est clair que nous sommes confrontés au pire des scénarios... La probabilité d'un tel résultat était de l'ordre de 30% mais la majorité des opérateurs l'a clairement sous-estimé. Et la réalité macroéconomique italienne n'est guère prometteuse. Malgré ses excédents primaires, l'Italie cumule toujours une dette publique de plus de 120% du PIB. Théoriquement, le pays dispose de vingt années pour revenir à 60%, soit une effort de réduction de la dette qui équivaudrait à 3% du PIB par an. L'absence de croissance de l'économie italienne ne pourra pas permettre d'atteindre cet objectif.

La zone euro peut-elle retomber dans une crise de nature systémique ?

G.M : Il faudrait assister à plusieurs semaines de tensions sur les taux italiens pour provoquer une nouvelle phase d'inquiétude majeure. Nous n'en sommes pas encore là. Toutefois, il est sûr que l'incertitude politique va accentuer l'incertitude économique. Nous étions peu optimistes concernant les capacités de l'Italie à enregistrer de la croissance avant 2015. La crise politique n'arrangera pas les choses. L'investissement des entreprises et la consommation des ménages pourraient souffrir de l'absence de visibilité.

Une attaque des marchés contre la France est-elle aussi envisageable ?

G.M : Pour la France, nous prévoyons une hausse légère des taux à 10 ans au cours de l'année. L'écartement avec les taux allemands devrait rester modeste. La France profite de la nécessité pour les investisseurs internationaux de diversifier leurs portefeuilles obligataires qui ont déjà fait le plein de dette allemande. Or, la dette allemande offre des rendements proches de zéro et la dette française reste une référence en Europe. Cependant, les marchés attendent de la part du gouvernement français une trajectoire claire de réduction des dépenses publiques car la France devra trouver 50 milliards d'euros d'ici la fin du quinquennat de François Hollande.

Votre scénario pour la zone euro en 2013 ?

G.M : Notre scénario est inchangé pour cette année : une récession de -0,6% qui suit une récession de -0,5% en 2012 (-0,2% attendu pour la France en 2013 après 0.0% l'an dernier). Et l'année 2014 devrait être blanche (+0.2%). Une situation qui devrait conduire à un accroissement du nombre de demandeurs d'emplois sur le Vieux continent. Or, l'économie européenne doit générer une croissance d'au moins 1% pour stabiliser le niveau du chômage...

Que faudrait-il faire aujourd'hui en Europe pour sortir du marasme actuel ?

G.M : Il faudrait d'abord que les dirigeants européens s'accordent pour diminuer l'intensité des programmes d'austérité budgétaires. Dans un contexte de forte contraction de l'activité économique, il n'est pas nécessaire de rajouter des objectifs intenables de réduction des déficits budgétaires. L'effet est d'autant plus négatif que tous les gouvernements appliquent les mêmes politiques au même moment. L'issue peut venir d'un changement de politique économique impulsé par l'Allemagne mais cette éventualité est conditionnée aux résultats des prochaines élections en septembre.

En attendant, quelle stratégie mener sur les marchés actions ?

G.M : Nos stratégistes prévoient un Euro Stoxx 600 à 330 fin 2013 (environ 290 au 28/02). Nous surpondérons les bancaires, le secteur de la santé, les médias... Nous sommes neutres sur le secteur automobile, les valeurs technologiques, le secteur de la distribution... Enfin, nous sous-pondérons le secteur pétrolier & gazier, les foncières, les télécoms ou encore les utilities.

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • marshaka le lundi 4 mar 2013 à 13:57

    Intéressant ces analystes, tout va mal en Europe, le chômage explose, les déficits sont énormes etc... mais ils prévoient une hausse des indices ! L'opération de Saint Esprit peut-être ( ou saint bernanke ! )

  • M8725649 le dimanche 3 mar 2013 à 14:19

    Dommage que Berlusconi n'est pas remporté du premier coup la victoire.

  • dgui2 le samedi 2 mar 2013 à 11:32

    Mais cette fois, je copie son article avec la date et je le conserve. A toutes fins (in)utiles....

  • inextens le vendredi 1 mar 2013 à 15:46

    Lamy = minc= attali plus les grands stratéges que vous connaissez! seuls les Italiens peuvent faire p.eter l'euro

  • LERINS le vendredi 1 mar 2013 à 14:30

    Pour retrouver croissance compétitive et emploi, les pays européens surendettés devraient stimuler au maximum l'investissement privé en adoptant sans tarder le principe fiscal décrit dans le blog intitulé : REMBOURSER LA DETTE PUBLIQUE SANS APPAUVRIR LES CITOYENS.

  • a.duboi1 le vendredi 1 mar 2013 à 14:08

    Depuis que l'euro est en place les dettes de la france ont explosé!L'euro nous fait vivre au dessus de nos moyensRevenons au franc qui sera dévalué et nous n'aurons plus les moyens d'acheter les belles allemandes et autres produits étrangers.il faudra acheter français et nos produits redeviendront compétitifsQuant à la mondialisation de M Lamy qui met en concurrence l'ouvrier indien ou chinois avec l'ouvrier français il faut d'urgence y mettre fin.

  • jean.coq le vendredi 1 mar 2013 à 13:00

    pendant plusieurs annees faisant suite a la reunification, l'allemagne avait fort a faire chez elle et les exportations avaient faibli. il y a eu une annee ou la balance commerciale france-allemagne etait a l'equilibre. mais les francais ont roupille tout ce qu'ils pouvaient. maintenant nous avons les chiffres que nous connaissons.

  • jean.coq le vendredi 1 mar 2013 à 12:51

    alainb57 - si les socialistes etaient au pouvoir au moment de la reunification de l'allemagne. mitterand ne voulait pas d'une allemagne reunifiee trop dangereuse a ses yeux. il fallait encadrer ce pays de 83 millions d'habitants, d'ou la creation de la monnaie unique.

  • alainb57 le vendredi 1 mar 2013 à 10:30

    Au point où on en est, et pourquoi pas dire aussi que l'Euro est un REICH MARK ?On dit vraiement n'importe quoi sur ces forums : c'est toujours la faute des Socialistes et , alors qu'ils n'éataient pas au pouvoir, rien n'a pu être fait par nos dirigeants de droite ?