L'interview de Gilles Guibout (Axa IM) : « L'Italie est en situation d'équilibre instable »

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Fruit d'un compromis, le nouveau gouvernement italien dirigé par Enrico Letta pourrait durer plus longtemps que prévu et permettre une normalisation de la prime de risque estime Gilles Guibout, responsable de la gestion actions euro chez Axa IM.

Le nouveau gouvernement dirigé par Enrico Letta aura-t-il les coudées franches pour sortir l'Italie de la crise politique ?

Gilles Guibout : L'Italie est en situation politique « d'équilibre instable ». Ce gouvernement résulte d'un compromis, d'une entente nationale autour de quelques réformes structurelles clés dont celle de la loi électorale. Le contexte reste compliqué et les deux grands partis -Parti démocrate au centre-gauche et Peuple de la liberté à droite- ont intérêt à s'entendre dans l'immédiat pour contenir la fièvre populiste et ne pas redonner la main à Beppe Grillo.

Le mouvement Cinq étoiles de Beppe Grillo est-il vraiment une menace pour la démocratie italienne ?

G.G : Jusqu'à présent, Beppe Grillo s'est surtout manifesté par son opposition systématique aux partis de gouvernement. S'il veut capitaliser sur son succès électoral, il va devoir faire des propositions. Or, que veut-il réellement ? Son principal économiste est favorable au maintien de l'Italie dans la zone euro alors que lui-même est contre. En se découvrant, il risque de décevoir une frange non négligeable de ses partisans. Son succès vient surtout d'un rejet de la classe politique par les électeurs italiens mais il s'est bien gardé jusqu'à présent de faire des propositions crédibles.

Le gouvernement Letta peut-il durer ?

G.G : Contrairement à ce qu'attend un grand nombre d'observateurs qui parient sur de nouvelles élections à brève échéance, je pense que ce gouvernement ne devrait pas être renversé dans l'immédiat. Il pourrait tenir au-delà des élections allemandes prévues en septembre. C'est le prochain rendez-vous crucial attendu dans la zone euro et qui pourrait marquer un infléchissement ou non des politiques d'austérité menées actuellement en Europe.

Spécialiste des marchés italiens, qu'en attendez-vous dans les prochains mois ?

G.G : Si, comme je le pense, le gouvernement Letta n'est pas renversé dans les prochaines semaines, la normalisation de la prime de risque pourrait permettre à la Bourse italienne de s'apprécier étant donné le poids des valeurs financières dans l'indice. C'est un marché encore très décoté.

Des voix en France souhaitent une « confrontation » avec l'Allemagne à propos des politiques menées en zone euro. Des déclarations qui ont suscité un certain émoi de part et d'autre du Rhin. Comment les jugez-vous ?

G.G : Certains pays d'Europe du Sud ont montré leur attachement à la zone euro en réalisant des efforts considérables. Aujourd'hui, le vrai talon d'Achille de la zone euro est le manque de vision commune, principalement entre l'Allemagne et la France. Ce manque de vision se traduit notamment par un refus de tout abandon de souveraineté pour sortir de l'ornière. De son côté, la France n'a pas encore réalisé le début d'une vraie réforme structurelle. Quant à l'Allemagne, elle doit accepter l'étalement de ses réformes dans le temps car un ajustement trop brutal pourrait produire des effets catastrophiques. Les deux pays doivent se mettre d'accord sur un agenda et une vision commune pour aller de l'avant. Nous en sommes encore loin.

Globalement, les marchés actions européens peuvent-ils poursuivre leur hausse ?

G.G : Les progrès de l'intégration en zone euro se poursuivent au gré des crises et les marchés vont continuer d'évoluer dans un contexte de volatilité élevée. Les interventions de Mario Draghi en 2012 ont permis toutefois de faire baisser cette volatilité, à l'exception de l'épisode chypriote qui a ravivé la tension... Mais à moyen-long terme, les actions européennes restent incontournables, peu chères et elles permettent surtout de jouer la thématique de la croissance mondiale.

Pourquoi ?

G.G : 55% des revenus des sociétés de l'Eurostoxx 50 sont réalisés hors d'Europe. On l'oublie souvent mais l'Europe est bien plus ouverte sur l'économie mondiale que ne le sont les Etats-Unis ou la Chine. Les marchés européens sont donc davantage en prise sur la croissance mondiale que la plupart des Bourses des autres zones géographiques.

Où investir de préférence ?

G.G : A titre d'exemple, il peut être judicieux de revenir sur les opérateurs télécoms délaissés par les investisseurs. Le secteur avait été largement plébiscité par ceux qui recherchaient du dividende. Certes, les dividendes ont baissé mais le régulateur est aujourd'hui mieux disposé à l'égard de ce secteur.

Propos recueillis par Julien Gautier


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  • cecelia le samedi 11 mai 2013 à 15:52

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  • hriey le jeudi 2 mai 2013 à 18:22

    Quel génie ! Personne ne s'en était aperçu...

  • M4358281 le jeudi 2 mai 2013 à 18:11

    il m'a l'air sérieux ce LETTA .. et puis 46 ans ..pas un jeune c.. ni un vieux Barbon !

  • M4630859 le jeudi 2 mai 2013 à 16:34

    Ou "L'Italie est en situation instable d'équilibre »