L'interview de Gilles Bogaert (Pernod Ricard) : "Nous restons ouverts à des acquisitions ciblées"

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Pernod Ricard (Absolut, Chivas, Jameson etc.) a tenu ses objectifs financiers en 2012/2013. L'activité du numéro deux mondial des vins & spiritueux est restée dynamique aux Etats-Unis et dans les pays émergents mais a stagné en Europe explique Gilles Bogaert, directeur général adjoint, en charge des finances.

Le chiffre d'affaires annuel de Pernod Ricard ressort en hausse de 4% à 8,57 milliards d'euros pour un bénéfice net en progression de 5% à 1,25 milliard. Quel bilan tirez-vous de l'exercice écoulé ?

Gilles Bogaert : Nous avons réalisé une solide performance et atteint nos objectifs (ROC en hausse de 6%) dans un contexte macroéconomique plus difficile. L'amélioration de notre marge opérationnelle (+42 pb) est la plus forte depuis trois ans. Globalement, nous recueillons les fruits de notre stratégie de « premiumisation » comme le prouve la hausse de 5% de notre effet mix/prix. La dette nette a reculé de 635 millions d'euros et notre ratio d'endettement sur Ebitda revient à ses niveaux de 2008, avant l'acquisition d'Absolut et le début de la crise financière. Au niveau géographique, les pays émergents enregistrent une croissance dynamique (+10%) malgré le ralentissement observé au deuxième semestre. Ils restent les moteurs de l'activité...

Numéro deux mondial des vins&spiritueux, Pernod Ricard ambitionne désormais la première place du secteur. Allez-vous privilégier la croissance interne ou externe pour y parvenir ?

G.B Aujourd'hui, le groupe compte des marques fortes (« Top 14 ») dans toutes les catégories de spiritueux avec une présence géographique globale et un bon équilibre entre pays matures (59% du chiffre d'affaires) et pays émergents (41%). Il n'y a pas de trou stratégique dans notre portefeuille. Dans un environnement macroéconomique incertain et hétérogène, c'est un facteur essentiel. Notre priorité est la croissance interne mais nous restons ouverts à des acquisitions ciblées, de préférence aux Etats-Unis et dans les pays émergents. A deux conditions : que la création de valeur soit suffisante et que nous gardions notre statut « investment grade » (catégorie investissement).

Les ventes en Asie et reste du monde ont progressé de 7%, et celles aux Etats-Unis de 8%... Au-delà de la bonne tenue de l'économie américaine, comment expliquez-vous cette performance ?

G.B : Les Etats-Unis restent de très loin le premier marché mondial de spiritueux (40% du total) avec une croissance toujours forte, y compris sur le segment de la consommation hors domicile. Les barmen sont des grands créateurs outre-Atlantique, ils remettent notamment au goût du jour des cocktails et tendances du passé. Nous sommes très actifs en matière d'innovation (Malibu, Avion, Elyx etc.). Notre fer de lance est le whisky Jameson qui connaît un engouement extraordinaire aux Etats-Unis et reste le principal moteur de croissance sur ce marché avec une hausse des ventes de 26% sur l'exercice écoulé !

Vos ventes stagnent en Europe. Qui avance ? Qui recule ?

G.B : Il y a clairement une ligne de fracture entre une Europe de l'Est -dont la Russie- très dynamique (+11%) et une Europe de l'Ouest en panne (-3%). Le recul est toujours manifeste en Europe du Sud, en particulier en Espagne (-7%). Depuis 2008, nos ventes baissent dans ce pays mais nous observons tout de même des signes d'amélioration sur le plan macro-économique. En revanche, le Royaume-Uni se redresse et l'Allemagne se porte très bien. Nos ventes du Top 14 ont progressé de 8% outre-Rhin.

Et la France ? Comment justifiez-vous ce recul de 7% des ventes ?

G.B : L'environnement est resté difficile mais le chiffre de -7% s'explique d'abord par des effets techniques : la forte hausse des droits au 1er janvier 2012 a entraîné un effet stockage dont les conséquences ont continué à se faire sentir. La météo défavorable au printemps a également impacté négativement l'activité. La performance sous-jacente se situe plutôt à -2%, en ligne avec le recul du marché des spiritueux. Pour autant, certaines marques (Havana Club, Absolut) ont tiré leur épingle du jeu. L'année 2013/2014 s'annonce sous de meilleures auspices...

Des perspectives chiffrées pour l'exercice en cours ?

G.B : Nous donnerons notre « guidance » à l'occasion de la publication du chiffre d'affaires du premier trimestre le 24 octobre. Sur le plan macro-économique, les marchés émergents devraient continuer d'enregistrer une croissance soutenue mais à un rythme moins élevé que l'année précédente et avec des situations contrastées selon les pays. Notre présence géographique globale et équilibrée est un atout qui nous permettra de profiter de la croissance là où elle sera.

Votre politique de dividende ?

G.B : Nous allons proposer un dividende de 1,64 euro par action, en progression de 4%, en ligne avec la croissance du BNPA dilué. Nous poursuivons notre politique de distribution aux actionnaires d'environ 1/3 du résultat net courant du groupe.

Le Medef tient actuellement son université d'été et les critiques fusent à nouveau contre le gouvernement qui vient de dévoiler son plan de réforme des retraites. Pernod Ricard réalise seulement 8% de son chiffre d'affaires en France mais quelle vision portez-vous sur la politique menée ?

G.B : La France est importante pour nous : nous y sommes producteur, distributeur et exportateur et nous y avons notre siège social. Nous attendons du gouvernement qu'il continue certes à réduire les déficits mais davantage par les réformes et la baisse de la dépense publique et non plus par les hausses d'impôts. Au cours de l'exercice écoulé, les nouvelles mesures fiscales françaises nous ont coûté 25 millions d'euros en France et sont venues s'ajouter à la hausse de 14% des droits en 2012. De manière générale, il faut redonner de la visibilité et de la stabilité aux entreprises pour qu'elles investissent en France et créent des emplois.

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • M4328752 le samedi 31 aout 2013 à 01:15

    L'alcool en période de crise , paraît que c'est un bon investissement.

  • froggy83 le vendredi 30 aout 2013 à 10:23

    super article! Notamment le dernier paragraphe sur les conséquences désastreuses de la politique de nos ping0uins... Et BVD dans tout ça ? Une petite acquisition serait bienvenue...