L'interview d'Eric Galiègue (Valquant) : « Le basculement des flux vers les marchés actions va se poursuivre »

le
0
Un double mouvement de rotation des flux est à l'oeuvre : des pays émergents vers les pays développés et dans une moindre mesure, des obligations d'Etat vers les marchés actions. Cette tendance va continuer de pousser à la hausse les Bourses européennes selon Eric Galiègue, président du bureau d'analyse indépendant Valquant et fondateur du Cercle des analystes indépendants.

Cette hausse estivale des marchés actions a-t-elle été trop rapide ? Comment anticipez-vous la rentrée sur les marchés ?

Eric Galiègue : Nous sommes dans une configuration très favorable aux actions. Mon optimisme actuel se fonde sur le constat que nous assistons à une double rotation des flux : d'abord, l'argent placé dans les pays émergents revient dans les pays développés. Ce phénomène de rapatriement de capitaux concerne surtout les Etats-Unis. D'autre part, nous constatons le transfert de nombreux capitaux placés sur des obligations d'Etat, notamment en Europe, vers les marchés actions. Ces mouvements d'arbitrage de flux prennent une importance considérable dans l'évolution des marchés boursiers.

Avez-vous des chiffres qui corroborent votre analyse ?

E.G : Lors de la première semaine d'août, Thomson Reuters Lipper a enregistré le plus fort montant de retrait des fonds obligataires constaté depuis 1992 : -6 milliards de dollars ! La même semaine, les flux entrants sur les marchés actions ont atteint 4 milliards de dollars. La grande rotation a bien commencé et pourrait bien s'amplifier au cours des prochains mois. Le mouvement de hausse des taux longs va se poursuivre. Ces derniers pourraient doubler d'ici 2015. Actuellement, les investisseurs prennent plus de risque à rester positionnés sur les obligations plutôt que de venir sur les marchés actions. La tendance n'a donc aucune raison de s'inverser.

Au niveau macroéconomique, les situations restent toutefois contrastées selon les zones géographiques...

E.G : En effet, la tendance la plus significative des derniers mois est le retour du dynamisme américain. Les inscriptions au chômage ont atteint un plus bas niveau depuis octobre 2007. Une triple révolution est en cours marquée par une reconquête de l'indépendance énergétique avec l'exploitation du gaz de schiste, le rebond du secteur immobilier après des années de marasme et enfin un renouveau industriel dans son ensemble. En Europe, on sort à peine de la récession. Le pire est derrière nous mais la reprise est très lente, laborieuse.

Le retour des flux des pays émergents vers les pays développés est-il simplement conjoncturel ?

E.G : Les pays émergents, loin d'être un moteur de la croissance mondiale, montrent des signes inquiétants de faiblesse. Au-delà des aléas conjoncturels, beaucoup d'investisseurs commencent à revenir du « mirage » de certains pays émergents comme le Brésil dont la croissance est au point mort, sans parler de la Russie dont le modèle économique est largement défaillant. La situation est finalement assez comparable à celle qui a prévalu au début des années 80 : « America is back ». Le moteur de la croissance mondiale revient aux Etats-Unis tandis que les pays émergents et l'Europe sont à la peine.

Propos recueillis par Julien Gautier

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant